Paul Godet des Marais, directeur de M'"'^ de Maintenon
5. Malgré l'anomalie de trouver cet épisode d'histoire religieuse dans des Mémoires presque exclusivement militaires, nous le conservons néanmoins dans l'œuvre de notre auteur comme une trace de l'importance qu'eut la destruction de Port-Royal dans l'opinion contemporaine, et aussi comme un
de la maison de Montmorency, en partant pour la guerre de la Terre-Sainte, laissa à Mathilde de Garlande, sa femme, une somme d'argent pour employer en des œuvres pies, ainsi que cela se pratiquoit assez communément en ce temps. Cette dame s'étant conseillée à Odon de Sully, évêque de Paris, de l'usage qu'elle en devoit faire, elle commença la fondation de ce monastère, par l'acquisition et la donation d'un fief appelé Portois, situé dans une vallée près de Ghevreuse, et y joignit quelques autres revenus. En 1204, l'église fut en état d'être consacrée, sous le nom de Notre-Dame-de-Port-Royal-des-Ghamps ; on y bâtit un monastère, qui fut en état, en 1208, d'y recevoir des religieuses. En 1214, Pierre de Nemours, évêque de Paris, donna à ce monastère le droit de paroisse et, y ayant fait une visite, il trouva qu'il y avoit assez de revenu pour la subsistance et entretien de douze à treize religieuses ; il permit qu'on y élût une abbesse, conformément à l'intention des fondateurs. Il y en avoit déjà une en 1216, et la direction de cette maison pour le spirituel fut donnée aux religieux de l'ordre de Cîteaux de l'abbaye des Vaux-de-Gernay, qui n'en étoit éloignée que d'une lieue. Le pape Honoré III donna à cette abbaye plusieurs privilèges, et, entre autres, il défendit aux évêques d'empêcher les élections régulières des abbesses et d'en déposer aucune élue canoniquement, annulant les suspenses et excommunications qu'ils pourroient lancer contre elles et ceux qui leur appartiennent, leur permettant de célé-
témoignage des sentiments intimes de l'écrivain; Saint-Hilaire, sans être janséniste, se retrouve avec beaucoup de gens de son temps sur la pente qui mène au jansénisme.
brer les divins offices, même pendant un interdit général, défendant au surplus qu'on arrêtât personne, et qu'on exerçât aucune violence dans leurs maisons, ni dans l'enclos de leurs Granges, excommuniant ceux qui troubleroient ce monastère et s'empareroient de leurs biens et qui les retiendroient. Du depuis, Grégoire IX déclara par une bulle qu'il prenoit l'abbesse et ses religieuses sous sa protection et celle du saintsiège, avec tous leurs biens. Philippe-Auguste. Louis VIII, saint Louis, Marie de Bourbon, femme de Jean, comte de Dreux, Renaud de Gorbeil, évêque de Paris, et plusieurs autres personnes du premier rang usèrent de tant de libéralités envers ce monastère qu'il se trouva, en l'année 1233, des biens suffisamment pour l'entretien de soixante religieuses. Je ne rapporterai point ici la suite des abbesses jusques à l'année 1660. Il me suffira de dire que leurs biens reçurent de grands accroissements, dont d'aucunes usèrent bien, et d'autres mal, comme il arrive toujours pendant le cours d'un grand nombre d'années. Je saute tout cela pour abréger, et je viendrai tout d'un coup à l'année 1600 qu'Angélique Arnauld, petite fille âgée seulement de onze ans, fut élue abbesse de ce monastère, et qu'elle fut la cause innocente de la destruction de cette abbaye.]
[Elle étoit d'une famille odieuse à la Société* dès son établissement en France. Ayant pris l'habit, elle fit ses vœux à huit ans, fut nommée coadjutrice de l'abbesse, qui mourut deux ou trois ans après et laissa sa place à une enfant de onze ans; il n'y avoit plus
1. Il veut parler de la famille Arnauld et de la Société ou Compagnie de Jésus.
alors que dix religieuses dans ce monastère, dont trois imbéciles et deux novices.]
[Six années s'étant écoulées, l'abbesse prit des sentiments dignes de son état et entreprit de rétablir la discipline dans son monastère. Cette bonne conduite lui attira bientôt des ennemis, qui ne purent arrêter son zèle, et la réforme qu'elle avoit établie à Port- Royal avec succès la fît choisir pour en faire une pareille à Maubuisson, autre abbaye près Pontoise, qui n'en avoit pas moins de besoin que la sienne, et, comme cette occupation la devoit tenir du temps, elle fit élire sa sœur Agnès sa coadjutrice à Port-Royal-des- Champs.]
[Quelque temps après, l'abbesse ayant cru que sa présence étoit nécessaire à Port-Royal, elle quitta Maubuisson et en emmena une vingtaine de novices qui ne voulurent point la quitter. Elle fit, peu de temps après, encore un autre voyage pour le même sujet, et, comme Port-Royal-des-Ghamps se trouvoit malsain à cause des eaux et des marécages dont on avoit négligé l'écoulement depuis longues années, et qu'il n'y avoit pas assez de bâtiments pour un si grand nombre de religieuses, elle alla s'établir à l'extrémité du faubourg Saint- Jacques, dans une grande maison que sa mère lui donna : voilà l'origine de la maison de Port-Royal de Paris. Elle la fit réédifier en monastère et obtint des lettres patentes de Louis XIII avec permission d'y transférer la communauté, avec le consentement de l'archevêque de Paris et de l'abbé de Cîteaux, ce qu'elle fit avec soixante-dix religieuses, ne laissant à Port-Royal-des-Champs qu'un chapelain pour desservir l'église et conserver le droit de paroisse
avec des officiers de justice pour y recevoir les toi et hommage et autres droits seigneuriaux.]
[Cet établissement fait, la mère Angélique fut encore employée à réformer d'autres monastères selon les pratiques de dévotion qu'elle avoit introduites parmi ses religieuses. Elle trouva tant d'opposition dans les moines qui les dirigeoient, qu'elle prit un parti qui parut bon alors ; mais les suites ont fait connoitre du depuis qu'elles furent bien funestes pour le monastère : ce fut de se démettre de sa dignité d'abbesse, pour rétablir la liberté de l'élection, et de se remettre sous la juridiction de l'ordinaire ^ Elle obtint en 16^7 une bulle d'Urbain VIII, qui la tiroit de la juridiction de l'ordre de Giteaux pour la soumettre à l'archevêque de Paris. Le roi Louis XIII donna ses lettres patentes pour l'enregistrement deux ans après ; et, par l'entremise de la reine Marie de Médicis, sa mère, Sa Majesté renonça à son droit de nomination en faveur de la réforme, pour accorder l'élection triennale d'une abbesse. Celle-ci donna donc sa démission pure et simple en 1630, et Agnès sa sœur se démit aussi de sa coadjutrice, l'une et l'autre sous condition que la réforme subsisteroit.]
[Il survint à cette dernière une dévotion particulière, qui lui fît naître l'envie de former un institut qu'elle appela l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement; elle alla s'établir en 1636, en une maison près du Louvre, avec quatre religieuses qu'elle tira de Port- Royal, et quelques autres filles qui se joignirent à elle; mais, n'ayant pu s'accorder avec l'évêque de