C'est-à-dire de l'évêque du diocèse
Langres* qui l'avoit principalement excitée à cet établissement, cette nouvelle colonie s'en retourna à Port-Royal en 1637.]
[Je reviens à présent à la mère Angélique, à qui le séjour de Paris avoit préparé la connoissance du fameux abbé de Saint-Gyran^. Elle le prit pour directeur, s'étant retirée de dessous la conduite de l'évéque de Langres; et, Agnès Arnauld sa sœur ayant été élue abbesse de Port-Royal, il se fit une liaison fort étroite entre cette communauté, la famille des Arnauld et cet abbé, qui le regardoient tous comme un homme d'une spiritualité fort sublime. Mais, comme il avoit été fort attaché à Jansénius, qu'une partie du clergé traitoit d'hérétique, il n'épargnoit rien de son côté pour justifier la doctrine de cet évêque; d'où s'ensuivit toutes ces fameuses disputes, qui régnent encore de nos jours. 11 y eut tant d'aigreur dans ces premières disputes que ses adversaires eurent le crédit de le faire mettre dans le donjon du château de Vincennes, où il fut détenu longues années, et ne vécut que quatre mois après son élargissement. Auparavant ces deux événements. Le Maistre^, neveu de la mère Angélique, renonça au barreau où il brilloit si fort par son élo-
1. Sébastien Zamet, aumônier de Marie de Médicis, devenu évêque de Langres en 1615 et mort en 1655.
2. Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran en Berry, avait été condisciple de Jansénius et avait adopté ses idées sur la grâce. Très goûté comme directeur de conscience, il fit à cette doctrine de nombreux adeptes en France, surtout dans la haute bourgeoisie et dans les communautés de femmes.
3. Antoine Le Maistre était fils de Catherine Arnauld; avocat au Parlement et conseiller d'État, il quitta le monde de bonne heure et mourut à Port-Royal.
quence, quoiqu'il n'eût que vingt-huit ans, qu'il fût honoré d'une place de conseiller d'État, dont il refusa le brevet et, voulant songer à son salut, fit sa retraite dans une petite maison près le Port-Royal de Paris. Séricourt, homme de guerre, renonça aussi à la profession des armes, et leurs frères, de Sacy et de Vallemont^ se joignirent aussi à eux et y menèrent tous quatre une vie tranquille et exemplaire ; mais la douceur de leur retraite fut bientôt interrompue ; car, étant devenus suspects aux adversaires de l'abbé de Saint-Gyran, Laubardemont^, conseiller d'État, eut ordre de les venir interroger, et les fit déloger de leur refuge, d'où ils sortirent dès le lendemain pour aller se retirer, du consentement de Laubardemont, àPort- Royal-des-Champs, où il n'y avoit plus de religieuses. L'orage regardoit aussi la mère Angélique, qui courut grand risque d'être enlevée ; mais l'archevêque de Paris le dissipa.]
[Le Maistre et ses frères ne furent pas longtemps seuls à Port-Royal -des- Champs; la vie chrétienne qu'ils y menoient grossit leur société, et ils reçurent bientôt une nombreuse compagnie de personnes qui avoient paru avec distinction dans le clergé, dans la robe et à la cour.]
[Le bruit qu'excita Antoine Arnauld, docteur de Sorbonne% par son livre De la fréquente commimion,
1. Simon Le Maistre, sieur de Séricourt, Louis-Isaac Le Maistre de Sacy et leur frère Le Maistre de Vallemont étaient, comnoe Antoine, neveux des Arnauld.
2. Jean Martin, baron de Laubardemont, ancien président de la cour des aides de Guyenne, intendant en Touraine en 1636, puis conseiller d'État, mourut en mai 1653.