‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 126 sur 175 · Affluent de gauche du Duero · texte numérisé non relu

Affluent de gauche du Duero

3. Talavera-de-la-Reyna est sur le Tage, en aval de Tolède; Casa-Texada se trouve assez loin vers l'ouest, dans la province de Caceres, entre le Tage et son affluent le Tietar.

Guadalajara^ M. de Vendôme fut averti que les Anglois qui faisoient l' arrière-garde des Alliés s'étoient arrêtés à Brihuega^. Les uns ont dit que c'étoit par raison de commodité, les autres que ce fut pour protéger leurs bagages et le butin qu'ils emmenoient de Castille. Quoi qu'il en soit, M. de Vendôme ne perdit point de temps et fit partir à minuit six régiments de dragons et deux de cavalerie sous les ordres du mar- (juis de Valdecanas, capitaine général 3, et tous les grenadiers et piquets de l'armée sous ceux du marquis de Thouy^, qui furent suivis de près par toute l'armée. Dès qu'on y fut arrivé, on somma la ville de se rendre ; mais Stanhope^, qui y commandoit, ayant sous lui deux lieutenants généraux, deux maréchaux de camp et quelques brigadiers, avec huit bataillons anglois et

1. L'armée espagnole avait fait une très longue marche, de Talavera, qui est à l'ouest de Madrid, pour contourner cette ville et arriver à Guadalajara, qui est au nord-est. Philippe V l'avait quittée pour aller reprendre possession de sa capitale, où il rentra le 2 décembre au milieu « d'un peuple infini et d'acclamations incroyables ».

2. Brihuega, petite ville au nord-est de Guadalajara, sur la Tajuna.

3. Melchior d'Avellaneda, marquis de Valdecaiïas, venait d'être fait capitaine général par le roi d'Espagne pendant le séjour à Valladolid; il fut par la suite vice-roi de Majorque et de Valence.

4. Antoine-Balthazar de Longecombe, marquis de Thouy, était parvenu en France au grade de lieutenant général lorsqu'il passa en 1704 au service d'Espagne; Philippe V venait de le nommer capitaine général.

5. Jacques Stanhope, lieutenant général des troupes anglaises, commandait le corps auxiliaire de cette nation à l'armée de Catalogne (ci-dessus, p. 93).

huit escadrons de cette nation, répondit qu'il se déf endroit jusques à la dernière extrémité, comnne en effet il le fit. La nuit, qui commençoit, suspendit l'attaque jusques au lendemain, et ceux de dedans en profitèrent pour faire des retranchements derrière les portes, aux endroits les plus foibles, et dans les rues; car cette ville n'étoit enceinte que de vieilles murailles, sans fortifications extérieures. On fit tirer le canon dès le matin, qui fit quelque brèche et rompit une des portes, et, à l'aide de quelque fougade faite à la hâte, on acheva d'enfoncer la porte et de faire ébouler quelques pans de muraille. On donna brusquement l'assaut; car il n'y avoit point de temps à perdre. On savoit que le général de Stahrenberg n'étoit qu'à cinq lieues de là, et on croyoit fort qu'il ne laisseroit pas forcer Brihuega impunément. M. de Vendôme envoya des partis sur lui pour en avoir des nouvelles, et apprit que les ennemis venoient à lui ; il fit mettre une bonne partie de son armée en bataille sur une hauteur qui se trouvoit sur l'avenue de l'ennemi. Cependant, la ville étoit vivement assaillie et défendue de même. M. de Vendôme, qui s'aperçut, de dessus la hauteur où il mettoit ses troupes en bataille, que le feu des Espagnols commençoit à se relâcher par le redoublement de celui de l'ennemi, s'en revint vite pour le ranimer par sa présence et se porta lui-même aux attaques sans aucun ménagement pour sa personne, à quoi il étoit accoutumé. Le premier retranchement des Anglois fut emporté de cette reprise, et le terrain fut fort bien disputé aux attaques de rue en rue, avec grande perte de part et d'autre. Les Anglois tâchèrent inutile-

ment de se retirer dans le château; car ils en trouvèrent la communication fermée par les Espagnols. Alors ils battirent la chamade et capitulèrent*. Les conditions qui leur furent imposées étoient qu'ils ouvTiroient sur-le-champ la porte du château aux troupes du Roi ; que les généraux et les officiers seroient prisonniers de guerre et que toutes les troupes, tant à pied qu'à cheval, seroient à discrétion et sortiroient le lendemain de la \ille pour être conduits en tel endroit qu'il plairoit à Sa Majesté; que les officiers, cavaliers, dragons et soldats, qu'on désarma et démonta surle-champ, emporteroient avec eux les hardes et bagages qu'ils avoient quand ils entrèrent en Castille. Cet article tint du temps à examiner et pensa être bien préjudiciable ; car la garnison ne put sortir que le lendemain sur les onze heures, qu'on vint avertir M. de Vendôme que les ennemis venoient à lui en bataille et n' étoient plus cju'à trois quarts de lieue. On fit vite sortir cette garnison, qui fut distribuée depuis dans les places d'Espagne'.

1. Saint-Simon [Mémoires, t. XX, p. 132 et suiv.) a raconté la prise de Brihuega (9 décembre) et la bataille de Villaviciosa (10 décembre), en diminuant le rôle de Vendôme et en attribuant la victoire bien plus au hasard et à la valeur des troupes qu'à l'habileté de Vendôme, qui, prétend-il, avait donné dans un piège tendu par Stahrenberg en attaquant Brihuega, et ne dut la victoire qu'au peu de résistance de Stanhope et de ses Anglais dans cette ville. Les récits et relations que M. de Boislisle a énumérés dans son commentaire (p. 137, note 2) sont d'accord avec Saint-Hilaire sur la décision et l'énergie que montra Vendôme. Philippe V avait rejoint la veille son armée.

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