Tout cela est parfaitement conforme à la relation que le
Il y a apparence que le général Stahrenberg ne sut rien de cette capitulation ; car il avoit fait tirer, chemin taisant, neuf volées de canon, afin d'avertir les Anglois de son approche, qui fut un peu retardée par la précaution, qu'il sembloit avoir prise d'un peu trop loin, de faire marcher en bataille (ce qui rendit sa marche plus lente), sur ce qu'il apprit que la nôtre étoit en cette posture dès le jour précédent, et qu'il craignit qu'elle ne vînt au-devant de lui et ne le trouvât en marche en quelque désordre qu'il auroit peine à réparer.
Bataille de Villaviciosa, près Brihuega. — Dès que les deux armées furent à la portée du canon, il tira fort de part et d'autre, et ce ne fut que sur les deux à trois heures après midi que l'action fut entamée. Elle dura jusques à la nuit ; le combat fut fort sanglant et parut équivoque, en ce que les deux partis s'attribuèrent mutuellement la victoire. On a assuré pourtant que les ennemis passèrent la nuit suivante sur le champ de bataille et que les Espagnols perdirent un peu de terrain ^
Retraite du général Stahrenherg. — Mais, sans m'arrèter à cette vérification, je dirai seulement que le général Stahrenberg décampa le lendemain de l'action à la vue des Espagnols, sans être suivi que de quelques
roi d'Espagne envoya le 12 à son grand-père Louis XIV (publiée en appendice dans le Saint-Simon, p. 422).
1. En réalité, la nuit survint avant la fin du combat et les divers corps passèrent la nuit sur leurs positions; mais Stahrenberg se reconnut vaincu, puisqu'il se retira dès le lendemain dans la direction du nord.
partis, qui ramassèrent quelques traîneurs et des débandés, et regagna diligemment l'Aragon en corps avec sept ou huit mille hommes d'infanterie et environ mille chevaux qui lui restoient. Il en retira les garnisons qu'il y avoit laissées et se hâta d'arriver à Barcelone, où l'Archiduc étoit déjà de retour, dérobant sagement au duc de Noailles, qui étoit en Catalogne avec un petit corps d'armée, l'occasion de le couper pendant sa marche. Ainsi il mit cette ville et le prince qui étoit dedans en sûreté pour le temps présent.
Un petit corps de troupes des ennemis débarque à Cette, en Languedoc; mais les ducs de Roquelaure et de Noailles y marchent et les contraignent de se rembarquer avec perte. — Pendant cette campagne et pour faciliter au général Stahrenberg l'expédition de Madrid que le conseil des Alliés avoit méditée et qui ne leur réussit pas, ainsi qu'on vient de le voir, ils avoient fait embarquer sur une de leurs escadres environ trois mille hommes de troupes réglées, de l'argent et des armes, et débarquèrent à Cette, au moyen de quoi ils avoient prétendu pénétrer plus avant et les distribuer aux mécontents des Cévennes, où le feu leur sembloit plutôt amorti qu'absolument éteint ^ . Le duc de Roquelaure, qui commandoit en Languedoc, ayant eu avis que quelques vaisseaux paroissoient sur les côtes, assembla promptement les milices et la noblesse^; et,
1. La flotte anglaise débarqua seize cents hommes devant Cette le 24 juillet; ils étaient commandés par un déserteur français, Gautier de Seissan. Les Mémoires de Sourc/ies, t. XII, p. 288-289, 294-297 et 318, donnent de très curieux détails sur cette tentative.