‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 128 sur 175 · Le duc de Roquelaure (notre tome IV, p. 148) commandait · texte numérisé non relu

Le duc de Roquelaure (notre tome IV, p. 148) commandait

en même temps, le duc de Noailles, qui étoit en Roussillon, averti du danger que couroit le Languedoc, s'y en vint avec des troupes et du canon. Il joignit le duc de Roquelaure avec une diligence extrême, puis ils marchèrent à Cette'. Goimne la partie n'étoit plus égale et que rien n'avoit branlé dans le Languedoc, les ennemis furent forcés de se rembarquer avec perte de quelques centaines d'hommes, et des armes et des munitions qu'ils avoient déjà débarquées.

Évasion du cardinal de Bouillon. — Il arriva en France cette année un incident qui sembla fort piquer le Roi. Le cardinal de Bouillon^ étoit exilé de la cour depuis du temps en son abbaye à Tournus, en Bourgogne, où, piqué de son côté et s'ennuyant beaucoup d'un aussi long exil, il s'imagina la conjoncture favorable pour en témoigner du ressentiment^. Sous prétexte de sa santé et de quelques affaires qui l'appeloient à ses abbayes de Flandres, il demanda à la

à quelques troupes qui contenaient les caraisards du Vivarais et des Cévennes; il ne crut pas prudent de s'en servir et utilisa les milices du pays et l'arrière-ban de la noblesse jusqu'à l'arrivée des troupes amenées par le duc de Noailles.

1. Les ennemis, qui s'étaient emparés de Cette et d'Agde, ne restèrent que cinq jours dans le pays; ils perdirent un bon tiers de leur effectif, qui fut tué ou pris, ou se noya en se rembarquant.

2. Emmanuel-Théodose de la Tour d'Auvergne, né en 1643, cardinal en 1669 et grand aumônier de France en 1671, était alors doyen du sacré collège; il mourut en 1715.

3. La cause de la disgrâce du cardinal était sa conduite à Rome en 1699-1700, où il avait gravement désobéi aux ordres du Roi : voyez Mémoires de Saint-Simon, t. V, p. 112-116, VI, p. 148-150, et VII, p. 154-158.

cour la permission de s'y transporter, ce qui lui fut accordé, à condition de ne point approcher de Paris plus près de trente lieues. Ayant reçu cet ordre, il passa par Rouen et se rendit à son abbaye du Mont- Saint-Éloi, près d'Arras^ où il feignit de vouloir aller à son abbaye de Vicoigne^, près Valenciennes. C'étoit dans le temps que l'armée ennemie infestoit l'Artois; il s'étoit concerté avec le prince d'Auvergne, son neveu, transfuge de France et officier général dans cette armée ^. Il vint au-devant de lui avec une bonne escorte et le conduisit au quartier général des ennemis, où il fut reçu avec toutes sortes d'honneurs et de marques d'une grande distinction^. Ce cardinal, naturellement très glorieux, [et qui ne s'étoit pas soutenu avec les mêmes talents que ses ascendants,] écrivit alors une lettre au Roi, dont le sens et le style furent jugés très irrespectueux; car, en lui envoyant la démission de sa charge de grand aumônier de France et de la dignité d'un des prélats commandeurs de l'ordre du Saint-Esprit, il y joignit, dans le même pa({uet, le cordon et la croix de cet ordre. Il disoit dans sa lettre qu'en conséquence de ces démissions il reprenoit la liberté que lui donnoit sa naissance de prince étranger,

1. Cette abbaye, de l'ordre des chanoines réguliers de Saint- Augustin, n'appartenait pas au cardinal de Bouillon; mais il avait l'abbaye bénédictine de Saint-Waast d'Arras.

2. Vicoigne, de l'ordre des Préraontrés de l'ancienne observance, était située dans la commune actuelle de Raismes, département du Nord.

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