Louise-Françoise Le Blanc de la Baume, duchesse de la
neurs où la passion du Roi l'avoit élevée, dont elle fit trente ans durant une pénitence très austère aux Carmélites, où elle se fit religieuse et où elle mourut avec des sentiments tout à fait chrétiens et exemplaires.
Ghaumont, homme de grand mérite et qui avoit été ambassadeur à Siam\ mourut, ainsi que l'abbé Fléchier^, évêque de Nîmes, personnage illustre par sa science, son éloquence, sa piété et son grand esprit, qui lui concilièrent également les catholiques et les protestants^. [Je n'omettrai pas non plus un incident qui survint et que je vais expliquer sommairement.]
[La cour de Rome, toujours attentive à se prévaloir sur ses intérêts, lâcha deux brefs du Pape et condamna par l'un le livre du Traité de la régale, par Audoul^, et par l'autre un mandement de l'évêque de Saint- Pons' touchant la dernière constitution contre le
Vallière, née en 1644, mourut le 6 juin 1710; elle était entrée en avril 1674 au couvent des Carmélites du faubourg Saint- Jacques.
1. Il a été parlé du chevalier de Chaumont dans notre tome II, p. 47; il mourut dans le courant de janvier.
2. Esprit Fléchier, né en 1632, avait d'abord été associé par Bossuet à l'éducation du Dauphin et avait eu l'évêché de Nîmes en 1687; il mourut à Montpellier le 16 février 1710.
3. Saint-Simon loue son savoir, ses ouvrages, ses mœurs, sa vie « très épiscopale ».
4. Cet ouvrage, intitulé Traité de l'origine de la régale et des causes de son établissement, avait pour auteur Gaspard Audoul, avocat au Parlement de Paris; il avait paru en 1708, à Paris, in-4°, et était fort estimé. L'exemplaire que possède la Bibliothèque nationale est relié aux armes du duc de Bourgogne.
5. Pierre-Jean-François de Percin de Montgaillard était évêque de Saint-Pons-de-Tomières, dans le Bas-Languedoc, depuis 1664; il mourut le 13 mars 1713.
prétendu Jansénisme*. Sur cela, l'avocat général Joly de Fleury^ représenta au Parlement qu'on pouvoit douter de la vérité de ces brefs, en ce que les formalités essentielles y étoient négligées.]
[A l'égard du livre, il n'entreprit point de- le défendre, quoiqu'il alléguât que le droit de régale fût un des plus anciens droits de la Couronne et des mieux établis, mais qu'il ne convenoit pas à toutes sortes d'auteurs de traiter une matière si importante; à quoi il ajouta que dans cet ouvrage il pouvoit bien y avoir des choses dignes de répréhension, cet auteur ayant voulu établir des droits incontestables par des moyens et des motifs qui en pou voient faire douter; que, quant à ce bref, il y avoit d'ailleurs des clauses contraires aux maximes de France et aux libertés de l'Église gallicane ; qu'il ne pouvoit avoir aucune exécution légitime en ce royaume ; que cependant, comme il s'en étoit répandu plusieurs copies, dont quelques malintentionnés pourroient abuser, il estima qu'il étoit du devoir de la Compagnie d'y pourvoir.]
[Il ne s'éleva pas moins contre celui qui regardoit le mandement de l'évêque de Saint-Pons, sans l'approuver. Il conclut que le bref qui le flétrissoit n'étant adressé ni au Roi, ni aux évêques, ni revêtu d'aucune des solennités accoutumées, ne pouvoit avoir aucune autorité dans le royaume, d'autant plus qu'il y avoit des clauses contraires aux maximes de la France qui
1. Les écrits de l'évêque avaient déjà été à diverses reprises condamnés à Rome.
2. Guillaume-François Joly de Fleury (1675-1756) était avocat général au Parlement depuis 1705 et devint procureur général en 1717.
marquoient un pouvoir immédiat du Pape sur les diocésains de Saint-Pons.]
[La cour supprima les deux brefs, sans toutefois approuver le mandement de l'êvêque, où il y avoit quelques ambiguïtés, ni le Traité de la régale, et défendit d'imprimer et faire débiter aucuns brefs et bulles de la cour de Rome sans lettres patentes du Roi pour en ordonner la publication, registrées en la cour. Cet arrêt fut rendu le l*"" avrils]
[Le Pape trouva mieux son compte dans la brouillerie qui s'éleva entre trois évêques et le cardinal de Noailles, qui a eu d'étranges suites; mais je ne veux pas anticiper ici cette querelle, qui pourra passer, pour ce qui s'en est suivi, pour un des plus grands fléaux dont la France ait été affligée.]
Êdits bursaux. — Entre les édits bursaux de cette année, pour aider à fournir aux dépenses immenses de la guerre, celui qui établissoit le paiement du dixième sur tous les revenus fut le plus considérable^. Cette taxe eut quelque rapport avec un projet de dîme royale présenté par le feu maréchal de Vauban% avec cette différence que cette dîme devoit se prendre en nature de chaque espèce de denrée, suivant son système, avec
1. L'arrêt du Parlement, avec le très long réquisitoire de l'avocat général, est dans le registre X^*8426, fol. 141 v° à 151 v", aux Archives nationales.
2. L'impôt du dixième fut établi par l'édit du 14 octobre 1710; l'appendice V du tome XX des Mémoires de Saint-Simon, p, 447-480, est consacré à l'histoire de l'établissement de cet impôt.
3. Voyez les mêmes Mémoires, t. XIV, p. 323-344, et surtout le commentaire qu'a fait M. de Boislisle du récit de Saint- Simon.
abolition de tous les autres impôts, ce qui ne se pouvoit établir qu'en pleine paix et avec beaucoup d'examen et de temps, au lieu qu'on leva celui qui fut imposé tout en argent comptant et en termes fort brefs, par le grand besoin présent qu'on en avoit. Mais il en advint, ce qui arrive presque toujours, que, par le peu de soin et faute d'une égalité proportionnelle et juste, et les menées des plus puissants, avec la malfaçon de ceux qui le levèrent et auxquels il fut adjugé, on n'en tira pas autant qu'on croyoit qu'il devoit rendre; mais ce fut toujours un grand secours présent qui acheva de mettre bien du peuple à la besace. Il est vrai que le Roi tint parole et qu'il ôta cet impôt aussitôt que la paix fut faite, ainsi qu'il le promit en l'établissant.
Lettres relatives a la bataille d'Almanza^.
M. de Mouchan au ministre de la Guerz-e^.
A Almanza, ce 27« avril [1707].
L'on détendit et l'on ne marcha point, la nuit du 20^ au 21^, faute de pain; le 22® l'on tint un grand conseil de guerre pour décider si l'on iroit faire lever le siège de Villena, et il fut conclu de ne point marcher, prétextant que les ennemis étoient postés avantageusement, mais plutôt pour attendre M. le duc d'Orléans. Le 23® l'on marcha ici. Le 24®, les ennemis levèrent le siège de Villena et vinrent camper à Caudete. Ce même jour, nous faisions attaquer Ajora, distant de trois lieues d'ici. A la première nouvelle de leur marche, nous fîmes rejoindre nos troupes en toute diligence, brûler la ville et abandonner le château; Courville, colonel du Maine, y eut le bras cassé. Le 25®, les ennemis se mirent en marche à cinq heures du matin, et, quoiqu'ils n'eussent que trois lieues à faire, leur disposition a été longue, et la bataille n'a commencé qu'à trois heures après midi. Ils marchèrent, sur quatre colonnes et sans s'arrêter, à notre front, s'allongèrent par leur droite pour occuper des hauteurs et nous prendre par notre flanc