Vol. Guerre 2048, n
gauche ou nous déposter, à quoi ils réussirent, ce qui nous dérangea; car, pour reprendre un autre champ de bataille, il fallut se mettre en colonne, qu'ils étoient trop près de nous. Leurs mouvements nous étoient cachés derrière les hauteurs. Ils profitèrent de notre mauvaise manœuvre et marchèrent en ordre de bataille à nous, mais disposés avec plusieurs bataillons dans chacune de leurs ailes de cavalerie. Ils s'ébranlèrent tout d'un temps, et, comme notre centre d'infanterie n'étoitpas encore formé, ils enfoncèrent les brigades d'Orléans et de la Couronne; Sillery et Polastron, les deux brigadiers, furent tués. Notre gauche rompit leur cavalerie; mais ils se rallioient à leurs bataillons. Pour obvier, l'on envoya à M. d'Avaray la brigade de Larre, qui acheva l'entière déroute de leur droite. A notre droite, leur première ligne fut poussée; mais leur seconde ramena nos gens si brusquement, qu'ils se rendirent maîtres de quelques pièces de canon. M. de Silly, qui étoit à cette aile, se surpassa et rallia toute la brigade du Maine, sortie de la seconde ligne à propos, chargea les ennemis, les rompit et remit ce petit désordre. Nous avions dans ce temps absolument battu la gauche, et de ce moment ils ne songèrent qu'à une retraite. M. le chevalier d'Asfeld se dédoubla avec la cavalerie de la droite de la seconde ligne, conjointement h notre cavalerie de la gauche, les fit charger si à propos qu'il ne fut question que de tuer ou prendre des prisonniers. Après cela, M. le maréchal envoya des troupes sur leur retraite, et l'on en a pris par capitulation dans une gorge de montagne treize bataillons, que le comte Dohna, maréchal de camp, commandoit. Ils ont eu trois mille hommes de tués au moins, et neuf mille de prisonniers, vingt-trois pièces de canon, une infinité de drapeaux ou étendards; toute leur armée est dissipée; enfin c'est une victoire bien complète.
Notre gauche et le centre ont souflPert; la droite moins,
parce qu'elle étoit couverte d'un ravin difficile à passer, où elle étoit appuyée, notre seconde [ligne] passant dans Almanza et s'étendant au grand chemin d'Ajora. Notre perte est de deux mille hommes, tant tués que blessés. Je vous ai envoyé notre ordre de bataille, afin que vous puissiez vous rappeler la quantité des troupes et le poste des officiers généraux. Mylord Berw^ick s'y est surpassé.
Les ennemis disent qu'ils n'avoient que quarante-trois bataillons et cinquante-quatre escadrons. Mylord Gallway est blessé. Nous espérons être dans peu maîtres du royaume de Valence. Partie de notre infanterie a marché aujourd'hui et partie de la cavalerie marche demain; il demeure un corps de troupes dans ces environs. Les ennemis rassemblent leur débris à Xativa.
Copie d'une lettre anonyme^.
Au camp d' Almanza, ce 27® avril 1707.
Depuis ma dernière, notre victoire s'est rendue plus complète. M. le chevalier d'Asfeld, avec un corps de cavalerie, ayant coupé la retraite de treize bataillons de la gauche des ennemis qui avoient gagné la montagne, les obligea le lendemain à se rendre tous prisonniers de guerre. Il y en a cinq Anglois, cinq Hollandois et trois Portugais, un maréchal de camp anglois nommé Trimpton, trois brigadiers anglois, deux hollandois et beaucoup d'officiers généraux portugais et une vingtaine de colonels, de sorte que nous avons en tout au moins neuf mille prisonniers, dont il y en a sept cent quarante ou sept cent cinquante officiers. Nous avons cent vingt étendards ou drapeaux et vingt pièces de canon, et presque tous les bagages des ennemis, qu'ils ont abandonnés dans les gorges de Fuente de la Higuera. Les débris de cette armée se sont retirés à