‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 164 sur 175 · Arch. nat., G · texte numérisé non relu

Arch. nat., G

possibilité de fournir au service par le manque d'espèces, suppléer à ce défaut par une ordonnance qui donnât cours aux liards jaunes comme aux rouges. Il y en a même en ce pays de flamands qui y ont cours comme les autres.

J'espère, Monseigneur, si vous agréez que ces liards se fabriquent, que vous trouverez bon qu'ils soient employés aux très pressants besoins de l'artillerie en ce pays-ci et aux dettes que nous y avons contractées ci-devant, quand les fonds n'y sont venus presque qu'en papier depuis du temps. Ce manque de payement nous a fait absolument perdre notre crédit, et, lorsque vous trouverez bon que l'on travaille de deçà, cette apparition nous en fera trouver, lorsque l'on verra que nous pourrons payer, et ce fonds, quoique petit, nous sera très efficace dans la conjoncture présente, pour pourvoir à nos besoins les plus pressants et travailler pour les menus approvisionnements de la quantité de places de ce pays-ci, qui en sont absolument dénuées depuis bien du temps, à quoi je ne puis satisfaire sans moyens et sans crédit, et les places manqueront des choses essentielles à leur défense; carie gros ne suffit pas seulement. Et là-dessus permettez-moi de vous faire la comparaison d'un chariot qui, quoique complet, ne sauroit rouler si les essieux manquent d'esses. Les besoins pressants d'espèces que nous avons en ce pays-ci m'autorisent encore à vous demander la grâce qu'elles s'y fassent; car de porter les matières à Paris, puis rapporter les espèces, cela consommera beaucoup de temps et de dépense, et le bénéfice s'y perdroit. Le temps passe, et nos nécessités augmentent journellement.

Quant aux frais de ces établissements, j'entreprends de les faire faire pour quatre cents livres, pourvu qu'on nous fournisse de Paris, où je sais qu'il y en a de relais, deux moulins à liards avec leurs balanciers, deux coupeurs avec leurs coupoirs et leurs instruments, et deux monnoyeurs. Nous trouverons ici des gens à un prix modique pour faire

aller les balanciers, el on les payera aussi bien que les autres sur le pied de la Monnoie de Paris. Je vous demande aussi la grâce d'envoyer sur les lieux une espèce de directeur pour cette petite monnoie, et je fournirai des voitures, qui ne coûteront rien au Roi, pour aller chercher les instruments de monnoie à Paris. Je prendrai plutôt les chevaux de mon équipage, et je puis vous assurer que par mes soins cette dépense coûtera beaucoup moins qu'à Paris. Notre fonderie est un lieu très propre à cet usage. J'ai l'honneur, etc.

Sainct-Hilaire.

Le Contrôleur général demanda encore l'avis de M. Hosdier, qui envoya, le 29 août, les observations suivantes : «... On a souvent trop de prévention à vouloir voir l'exécution de ce qu'on a projeté et proposé. L'objet paroît bien léger pour v insister; celte fabrication ne doit être regardée ni pour assez lucrative, ni pour assez prompte pour pouvoir, ce semble, s'y arrêter. — 1° Elle sera très peu lucrative. On n'a point de moulins de relais et inutiles dans la Monnoie de Paris, non plus que des balanciers où, dans certains temps, on pourroit bien travailler à ces menues monnoies, avec embarras pourtant, mais qu'on n'en pourroit pas déplacer. Ainsi, il enfaudroit faire la dépense et la construction en entier dans un lieu où il n'y a jamais eu de monnoie, et qui dans la suite ne pourroient être bons qu'à être transportés ailleurs, où l'on n'en prévoit pas de besoin. Tous leurs équipages à faire, les fondations et autres constructions pour placer les blocs des balanciers, les ustensiles nécessaires, le transport des hommes et le reste des dépenses à faire pour un nouvel établissement de monnoie, les gages et droits qui seroient à paver, le tout accumulé fait conclure que la meilleure partie du fonds qui proviendroit, la première année, de celte fabrication s'absorberoit en dépenses à prélever; — 2** cette fabrication ne pourroit être que très lente par

rapport aux besoins, et c'est sur quoi M. de Saint-Hilaire, à qui on en a écrit, ne répond rien. Un balancier ne pourroit faire au plus par jour que vingt mille pièces, et en toute une année ne pourroit rendre de produit que quarante mille livres. Sur ce pied, y a-t-il lieu de se donner les mouvements nécessaires pour une si stérile et si infructueuse entreprise, et d'envoyer directeur de monnoie et monnoyeurs et autres ouvriers, même quelque inspecteur et juge-garde et officier public, qu'il faudroit de nécessité V établir, attendu que tout ce qui s'appelle fabrication de monnoie doit se faire avec règle et est d'une importance infinie par toutes les opérations qui en font partie et dont chaque instrument et ustensile ne doit point se perdre de vue. — M. Desmaretz a mandé à M. de Saint-Hilaire que, s'il se trouvoit une assez grande quantité de matières à Douay pour faire connoître de l'avantage dans sa proposition, on pourroit au plus y faire un moulin afin d'y dégrossir les lames des fontes de la belle fonderie qui y est et y faire ajuster les flans, et qu'il n'y auroit qu'à les envoyer à Paris pour y être monnoyés sur les petits balanciers qui ne seront pas toujours occupés, ce qui retrancheroit beaucoup la dépense qu'on ne pourroit se dispenser de faire à Douay, si on donnoit dans sa proposition. Il combat cette pensée en disant que cela seroitplus à charge. Les quatrevingt-douze milliers de cuivre ne paroissent point du tout un objet suffisant pour aller faire ce nouvel établissement. On n'est point accoutumé à voir des liards de cuivre jaune, et ce seroit une nouveauté qui rendroit cette espèce très méprisable. »

Saint-Hilaire au ministre de la Guerre^.

A Mons, le 24 août 1709.

Monseigneur,

En passant en dernier lieu à Valenciennes, j'y ai appris 1. Vol. Guerre 2152, n" 94.

que M. de la Frezelière prétendoit y retenir dix mortiers de huit pouces et six mille quatre cents bombes de ce calibre, au par-dessus de ce qui a été réglé pour l'approvisionnement de cette place, lesquels mortiers et bombes proviennent de l'évacuation de Douay et dévoient passer outre, conformément aux ordres que j'ai reçus. Je ne sais si Sa Majesté a consenti à ce superflu en l'état où est la place, et par rapport au besoin qu'il pourroit ci-après en faire ailleurs; mais il est certain que mondit sieur de la Frezelière, qui commande dans cette place et qui voudroit bien être dans l'abondance desdites choses, ne les laissera pas sortir que par l'ordre que vous lui en envoierez, si vous le jugez à propos.

Il a aussi retenu quatre mille livres de salpêtre et une quantité de soufre de la campagne, qui dévoient passer au moulin de Brebières pour y faire de la poudre, quoiqu'il me paroisse que d'ailleurs la place est assez approvisionnée de ces espèces.

J'ai l'honneur, etc.

Sainct-Hilaire.

Réponse en apostille : La laisser à Valenciennes, et le mander à M. de Saint-Hilaire ; on verra à la fin de la campagne ce qu'il faudra faire.

Saint-Hilaire au ministre de la Guerre^.

Au camp près le Quesnoy, le 14 septembre 1709. Monseigneur, J'ai muni toutes les places du Roi ainsi qu'il m'a été ordonné. Nous sortons d'un combat dans lequel j'ai rempli tous mes devoirs. J'ai reformé l'équipage d'artillerie de l'armée. J'avois obtenu avant la campagne un congé pour prendre des eaux et tâcher de rétablir ma santé qui s'al-

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