‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 29 sur 175 · Cette rivière séparait la Provence du comté de Nice · texte numérisé non relu

Cette rivière séparait la Provence du comté de Nice

3. Aymard-Louis, marquis de Sailly (1655-1725), brigadier en 1691 et maréchal de camp en 1696, était lieutenant général depuis 1704.

arrivé avec dix escadrons et quelques milices, qui y parurent dans le dessein de disputer le passage, et la continrent pendant quelques jours jusques à l'arrivée de M. de Savoie et du reste de l'armée. Alors Sailly fut obligé de se retirer du côté de Toulon, toujours l'observant et manœuvrant avec beaucoup de science et de fermeté.

Le duc de Savoie passe le Var et s'achemine lentement vers Toulon. Le maréchal de Tessé y jette treize bataillons sous Saint-Pater, lieutenant général, qui a le temps de s'y fortifier. Le maréchal de Tessé le suit avec presque tout le reste de l'armée, qui a le temps de fortifier les hauteurs et de retrancher son camp. Disposition de l'armée de France contre Toulon. — Le duc de Savoie, ayant le passage du Var libre, fit jeter des ponts et le traversa, puis s'achemina vers Toulon avec tant de lenteur S qu'il donna le temps au maréchal de Tessé d'y faire arriver avant lui treize bataillons sous Saint- Pater, lieutenant général-. La plus grande partie de son armée suivoit de près et fut jointe successivement par toutes les troupes qu'il attendoit de toutes parts. Il leur fit occuper les hauteurs qui dominoient la ville du côté de la terre; on s'y retrancha, et pareillement sur toutes les autres qu'on jugea favorables; on eut aussi le temps de faire faire un chemin couvert à la

1. Celte lenteur du duc de Savoie à s'acheminer vers Toulon est confirmée par le chevalier de Quincy, témoin oculaire {Mémoires, t. II, p. 251 et suiv.), qui en indique comme cause probable le peu de désir qu'avait le duc de voir les Anglais s'emparer de Toulon.

2. Ces bataillons vinrent de Dauphiné à marches forcées, faisant douze et quinze lieues par jour; aussi, en arrivant, leur effectif était singulièrement réduit.

totc de la place, et de retrancher un camp le long de la plage, sur le chemin qui alloit à Marseille, en la vallée le long du bord de la mer, lequel communiqua avec la place, et fut si bien retranché, qu'il ne pouvoit être forcé sans un extrême péril ^ .

Il y avoit dans la ville les treize bataillons que Saint- Pater y avoit amenés, deux mille hommes de troupes de marine, avec quantité d'officiers de ce corps, et huit mille hommes de milices, que l'on posta, avec quelques troupes réglées, sur les hauteurs bien retranchées qu'on borda d'une grande quantité de canon, dont il y avoit abondamment dans la place, aussi bien que de munitions de guerre et de vivres, et, les vaisseaux étant désarmés, on les mit sous l'eau dans le port pour les empêcher d'être endommagés par le canon des ennemis-. Sailly fut posté, avec sa cavalerie, derrière les retranchements, sur le chemin de Marseille, pour assurer cette ville et y donner une communication libre. Ainsi, quand M. de Savoie arriva contre Toulon, il ne put circonvaller la place que du côté par où il étoit venu, et trouva des difficultés insurmontables d'en faire le siège dans les formes et d'y réussir; ce qui fut cause que plusieurs personnes jugèrent peu favorablement de sa conduite dans cette expédition, et en attribuèrent le mauvais succès au dépit qu'il eut que les sommes qu'il avoit exigées des

1. Le chevalier de Quincy [Mémoires, t. II, p. 255-258) donne beaucoup de détails sur les fortifications qu'on éleva et sur la position des troupes pour la défense de la ville.

2. Journal de Dangeau, t. XI, p. 445; Mémoires de Quincy, p. 260-261. Les vaisseaux, qu'on releva plus tard, furent fort endommagés par cette noyade.

Alliés, et qui étoient en dépôt sur l'armée navale, n'en avoient point été débarquées, conformément à ce qui en avoit été convenu*; et que la lenteur de l'amiral anglois à satisfaire ce prince sur cet article avoit donné occasion à celle du duc, depuis sa marche du Var jusqu'à Toulon, et lui avoit fait perdre un temps précieux. Il est à présumer que ce raisonnement pouvoit bien n'être pas faux dans toutes ses parties.

Le plus certain est que l'armée du duc fut très fatiguée à passer les défilés et les montagnes qu'elle trouva en son chemin, et qu'elle souffrit beaucoup par la disette des vivres pendant toute cette expédition; [car l'armée navale fut accueillie d'un gros temps, qui la mit hors de portée pendant plusieurs jours de mettre des vivres à terre, et, quand elle le put,] la plupart des farines se trouvèrent gâtées par l'iiumidité des eaux de la mer. 11 arriva encore que notre garnison d'Antibes enleva à cette armée de terre deux convois de mulets chargés de farine, qui lui venoient du comté de Nice. A ces malheurs, il lui en survint encore d'autres, en ce que le duc de Savoie, qui avoit fort ménagé le plat pays par où il avoit passé au commencement de son entrée en Provence, dans l'espérance que les peuples se soulèveroient et se joindroient à lui^, éprouva tout le contraire ; car presque tous les habitants prirent les armes et harcelèrent fort son armée; ce qui fit qu'il leva quelques contributions avec beaucoup de sévérité et

1. Voyez le raol rapporté par le chevalier de Quincy (p. 253).

2. Les Mémoires de Sourchcs (tome X, p. 363-364) confirment en effet que les troupes savoyardes ne commirent aucun dégât en Provence et que le duc fit de grandes promesses aux populations.

que ses troupes brûlèrent quelques bourgs et villages, même arrachèrent les vignes el coupèrent les oliviers, tellement que ces peuples s'aliénèrent encore davantage de lui.

Le duc de Savoie arrive devant Toulon avec son armée. Disposition de son camp. Il fait faire son débarquement à Hyères. — Quoi qu'il en soit, le duc de Savoie, étant arrivé contre Toulon le 26 ou le 27 de juillet, campa son armée depuis la Valette jusques à la hauteur de la Malgue, qu'elle avoit derrière elle, et poussa une ligne tout le long de son front de bandière, afin de couvrir plus librement le débarquement, qui se fit à Hyères, où les bâtiments ne purent aborder que plusieurs jours après, à cause des vents contraires et du gros temps; ce qui nuisit encore beaucoup à son armée, qui manquoit de vivres, et donna aux troupes du maréchal de Tessé le temps nécessaire pour arriver contre Toulon^ et perfectionner les retranchements, qu'elles trouvèrent déjà fort avancés. Le maréchal s'y trouva en même temps et donna tous les ordres qui con\inrent. On jugea alors que les ennemis échoueroient devant Toulon, et, le croyant à couvert de tous risques (comme cela étoit effectivement), le maréchal prit ce temps pour aller visiter quelques autres villes de Provence, sur lesquelles les ennemis auroient pu tomber, et notamment à Aix, sur laquelle ville il forma

1. Sur le siège de Toulon en 1707, on peut consulter les Mémoires du temps, comme Dangeau, Sourches et le chevalier de Ouincy, les nouvelles hebdomadaires de la Gazette et surtout les deux volumes supplémentaires que publia le Mercure en 1707; la Gazette d'Amsterdam donne les renseignements de sources étrangères. La correspondance des généraux français se trouve dans les volumes 2041 et 2042 du Dépôt de la Guerre.

un petit camp des troupes qui lui arrivoient encore du Languedoc, du Dauphiné et autres endroits et qu'il avoit jugé superflues devant Toulon.

Le comte deMédavy, qui servoit sous lui, fut envoyé avec un corps presque tout de cavalerie, entre Bi'ignoies et le Thoronet^ le long delà rivière de Calami^, et on envoya quelques détachements d'infanterie joindre les habitants du plat pays, qui s'étoient jetés en armes dans les montagnes, tellement que les ennemis étoient barrés de toutes parts pour leur subsistance et perdirent bien du monde.

Pendant que le maréchal travailloit à ses dispositions, le débarquement des ennemis se faisoit, et le duc de Savoie, après avoir bien reconnu la situation de Toulon et celle de nos troupes, tint un conseil de guerre, où l'amiral Shovell vint assister.

Les ennemis attaquent le retranchement de la hauteur Sainte-Catherine et le manquent; le lendemain ils l'emportent. — Il y fut résolu qu'on attaqueroit la hauteur de Sainte -Catherine, où nous avions un poste bien retranché. Ils firent faire cette attaque le lendemain par trois mille hommes commandés pour cette opération, qui ne leur réussit pas; mais ils y revinrent le lendemain avec le même nombre de troupes, soutenu de trois mille cinq cents autres. Le Guerchoys^, brigadier, qui commandoit ce jour-là dans le retranchement, le défendit avec vigueur; mais, voyant qu'il alloit être enveloppé par le grand nombre, il abandonna ce poste

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