‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 53 sur 175 · Dans notre tome III, p · texte numérisé non relu

Dans notre tome III, p

bourg, comme le plus proche parent du prince d'Orange par le côté maternel, entra dans ses droits comme héritier de la niaison de Chalon ^ et se fonda, pour en exclure tous les autres prétendants par la requête qu'il présenta aux trois états de la principauté de Neuchàtel, sur les raisons alléguées par la sentence qu'ils rendirent en faveur de ce prince, dont je vais rapporter le précis au mieux qu'il me sera possible.]

[Premièrement, ils l'autorisèrent en ce qu'elle portoit que quelques-unes des parties avoient fait retraite et volontaire désertion en cause, nonobstant la reconnoissance de leur tribunal et l'exécution de plusieurs sentences contradictoi rement rendues et agréés de leur part, au moyen de quoi elles étoient déchues de leurs prétentions, et y ajoutoient que les trois états, après avoir donné leur attention à l'importance de la matière et fait réflexion que cette souveraineté et le domaine direct a appartenu originairement à la maison de Chalon, que l'utile a été réuni et consolidé au direct, tant par le décès sans enfants de Jean de Fribourg, arrivé en 1 457, que par diverses ouvertures suivantes ; que ces droits n'ont pas été prescrits, parce qu'ils sont de leur nature imprescriptibles, de l'aveu même de l'agent du prince de Garignan^ qui prétendoit aussi à cette succession; à quoi ils ajoutèrent encore que les droits de la maison de Chalon ont été transmis légitimement en la personne de Guillaume de Nassau, dit de

1. On peut voir dans les Mémoires de Saint-Simon, t. XV, p. 135 et 141, quels étaient les degrés de descendance de la maison de Chalon que faisaient valoir les divers prétendants.

2. Emmanuel-Philibert-Auiédée de Savoie, prince de Carignan : voyez les Mémoires de Saint-Simon, p. 118.

Belgique, qui a été reconnu généralement par toutes les puissances de l'Europe l'héritier universel des biens et droits de la maison de Nassau-Orange, dont lui et ses successeurs ont joui librement et dans les- (juels ils ont été réintégrés lorsqu'ils ont été troublés; que, par ce décès sans enfants de Guillaume lil, roi de la Grande-Bretagne, dont le père Henri II étoit fils de Frédéric-Henri et petit-fils de Guillaume de Belgique, le roi de Prusse, du chef de Louise de Nassau, sa mère , fille aînée de Frédéric-Henri , se trouvoit incontestablement le véritable et légitime héritier à cet égard de la maison de Nassau-Orange.]

[Sur quoi, les trois États, se fondant de l'exclusion du prince de Carignan, adjugèrent à S. M. prussienne, électeur de Brandebourg, par sentence souveraine et absolue, l'investiture de cet État et souveraineté, pour être par elle possédée comme indépendante, inaliénable et indivisible, en conservant les libertés, franchises, privilèges et immunités, tant des bourgeois que des autres peuples de cet État, comme aussi les concessions accordées par les précédents souverains et les traités d'alliance et de combourgeoisie faits et dressés avec les États voisins.]

[Tous les autres compétiteurs protestèrent contre cette sentence, et le roi de France déclara, par un de ses ministres qu'il fit agir, qu'étant demeuré neutre tant qu'il avoit cru que les États prononceroient en faveur de quelqu'un de ses sujets, il se tenoit au même état.]

[C'est ainsi à peu près que le Roi se débarrassa de cette affaire dans la conjoncture malheureuse de la présente guerre; mais la concession de cette principauté

a été confirmée depuis au roi de Prusse par le traité de paix fait à Utrecht, en vertu duquel il en est encore en possession aujourd'hui.]

[Je crois avoir fini ici tous les principaux événements de 1707 et je m'en vais venir à 1 708.]

Année 1708. — Pour commencer cette année, je dirai que, l'Angleterre étant pour ainsi dire l'âme de la grande alliance pendant cette guerre contre nous, il se présenta une occasion qu'on crut favorable pour y allumer un feu qui pouvoit nous causer une heureuse diversion; ainsi la cour ne voulut pas la négliger. Je vais expliquer le fait.

Entreprise inutile sur l'Ecosse. — La reine Anne d'Angleterre qui régnoit alors, après avoir surmonté beaucoup de difficultés, étoit venue à bout à force de peines de réunir à l'Angleterre les couronnes d'Irlande et d'Ecosse; mais cela ne se put faire sans que plusieurs seigneurs de ce dernier royaume ne crussent y perdre beaucoup et que leurs conditions étoient empirées par cette union. Cela jeta dans les esprits de ce royaume des semences de division, dont notre cour crut profiter; car, par les lettres que les seigneurs mécontents y écrivirent, ils la flattoient que jamais elle ne trouveroit une occasion plus favorable de se décharger du fardeau qu'elle avoit en la personne du fils de Jacques II, roi de la Grande-Bretagne, en le replaçant sur un trône qui lui appartenoit, et que, l'Ecosse étant l'ancien héritage de ses ancêtres, elle se déclareroit pour lui; c(u'un parti nombreux n'attendoit que son arrivée pour lui rendre la couronne.

Ces propositions étoient trop du goût et de l'intérêt

de la cour poiii* qu'elle n'y prêtât pas volontiers l'oreille. Cependant elle voulut encore qu'on lui envoyât secrètement quelques députés pour lui exposer plus au long un plan solide de l'état de toutes choses et de la manière dont il s'y t'audroit prendre pour concourir au succès de l'entreprise. Ces députés arrivèrent, et, après leur exposition, qui parut très plausible, on se prépara à faire passer le Prétendant en Ecosse avec des troupes et les moyens qu'on crût nécessaires pour l'y établir avec solidité.

A cet effet, on donna ordre au chevalier de Forbin de préparer son escadre à Dunkerque pour la remettre en mer. On la munit de vivres, d'armes et de munitions, avec tant de précautions et de secret, que l'Angleterre ni la Hollande ne se doutèrent de rien autre chose, sinon que le chevalier de Forbin se préparoit à faire quelque nouvelle course, ce qui lui étoit ordinaire.

En attendant que tout fût prêt, le chevalier de Nangis, capitaine de vaisseau ^ fut envoyé secrètement à Edimbourg, capitale d'Ecosse, avec des lettres de créance et des instructions, pour reconnoître la disposition de la noblesse et du peuple. Il fut reçu par ceux du parti avec de grands témoignages de joie, et tout lui parut favorable pour une révolution. Il y débarqua même quelques armes et des munitions, et on lui fit espérer que Jacques III , autrement le chevalier de Saint-Georges, trouveroit à son arrivée trente mille Écossois prêts à prendre les armes pour son service.

1. Pierre-César de Brichanteau, chevalier de Xangis (1683- 1728), entré dans Tordre de Malte en 1698, était capitaine de vaisseau depuis le 17 mai 1707.

Le chevalier de Nangis, étant de retour, rendit compte de son voyage d'une manière que l'on ne doutoit plus du succès.

Douze bataillons françois furent nommés pour s'aller embarquer à Dunkerque sous les ordres du comte de Gacé, lieutenant général', trois maréchaux de camp françois et quatre anglois ou écossois-.

Le chevalier de Saint-Georges, ayant pris congé du Roi, qui l'aida de beaucoup d'argent et de toutes sortes de provisions, telles qu'il convenoit à un tel prince, partit de Saint-Germain-en-Laye en chaise de poste et arriva le 9 mars à Dunkerque, où la petite vérole le prit incontinent après son arrivée; mais il en fut quitte en peu de jours. Cela auroit été un contretemps très fâcheux pour une prompte expédition où la diligence étoit si nécessaire, s'il n'eut pas fallu attendre quelques jours après des vivres que M. de Pontchartrain, secrétaire d'État de la marine, devoit faire embarquer et qui se trouvoient encore manquer par une mésintelligence entre M. de Chamillart et lui, ce qui fut encore cause du retardement de l'expédition^, dont le dessein ne se put cacher à l'Angleterre, dès que le chevalier de Saint-Georges eût pris congé du Roi.

On y arma, en grande diligence, sous l'amiral Bing^,

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