Tome I, p
2. En tout, six mille hommes. Saint-Simon, dans ses Mémoires, t. XV, p. 401 et suiv., a longuement raconté les préparatifs de l'expédition.
3. « La marine ne fut pas prête à temps, dit Saint-Simon; ce qui dépendit de Chamillart encore plus tard. »
4. Georges Bing était alors contre-amiral et avait été fait chevalier en 1704 après la bataille navale de Malaga; il devint conseiller au conseil privé en 1721.
n08] MÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. i03
un nombre plus considérable de vaisseaux de guerre que le chevalier de Forbin n'en pouvoit avoir, afin de tâcher de le joindre elle combattre en route.
Cependant on achevoit l'embarquement à Dunkerque. Le prince fut aussi en état de s'embarquer, et la flotte mit à la voile le 1 7 mars et fut arrêtée à la hauteur de Nieuport par les vents contraires jusqu'à la nuit du 210, qu'elle poursuivit sa route vers l'Ecosse avec un vent peu favorable.
On apprit que, le même jour 20, l'amiral Bings étoit parti des Dunes avec quarante-deux vaisseaux de guerre qui furent encore rejoints par huit autres hollandois.
La reine Anne donna ordre en même temps de faire passer d'Angleterre en Ecosse deux compagnies de ses gardes du corps à cheval, neuf bataillons et quatorze escadrons, et Gadogan, qui étoit en Flandres, eut ordre de faire embarquer dix bataillons anglois et hollandois pour les faire passer en Ecosse. Au-dessus de ces troupes, il y avoit encore en Ecosse trois mille Anglois pour la garde ordinaire du royaume ; tellement que toutes ces forces étant assemblées pouvoient composer une armée de vingt-cinq mille hommes. Elle envoya aussi en Ecosse vingt-cinq pièces de canon de campagne, avec les munitions nécessaires pour cette armée; les Hollandois offrirent encore d'envoyer douze ou quinze bataillons de leurs troupes.
L'armée françoise voguoit pendant ce temps-là et arriva le 23 à l'embouchure du golfe d'Edimbourg, et le chevalier de Forbin, sans s'engager plus avant, fit entrer deux frégates pour reconnoitre la rade de
Leith* et prendre les pilotes que les Écossois a voient promis d'envoyer pour faire entrer sûrement les vaisseaux. Mais personne ne parut; ni les feux qu'on alluma, ni les sif,maux que l'on fît n'eurent aucun effet. Sur cela, on assembla un conseil de guerre et on y exposa que le manque de secours auquel on s'étoit attendu venoit sans doute des ordres que la cour de Londres avoit donnés pour enchaîner le zèle des mécontents ; que l'on ne trouvoit que de la froideur et du calme au lieu convenu pour leur débarquement, au lieu de trente mille hommes qu'on avoit promis ; et qu'ainsi il n'y avoit aucune sûreté à débarquer et encore moins à attendre dans une rade une flotte de beaucoup supérieure; que, comme il étoit presque impossible qu'on ne la rencontrât au retour, il y auroit moins de risque à en essuyer le feu dans la recourse. Cet avis ayant prévalu, le 24 dès la pointe du jour, le chevalier de Forbin remit à la voile et, faisant une fausse route, il continua sa navigation vers le nord; ce qui fît croire qu'il vouloit débarquer dans le golfe de Dundee ou à Inverness-; mais cette manœuvre n'étoit que pour éviter la flotte angloise, qui le suivoit de si près que l'avant-garde atteignit un des vaisseaux de son arrière-garde et força le chevalier de Nangis qui le montoit à se rendre , après une vigoureuse défense depuis quatre heures du soir jusqu'à la nuit^.