Tome III, p
2. Ce M. de Champclos ou Chanclos était sans doute un réfugié protestant d'origine française.
1708] MÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. i?5
nous tinmes un conseil do guerre, où il fut agité lequel étoit le plus expédient de défendre le passage de la Dendre, ou bien celui de l'Escaut, en s'approchant de Gand. Ce dernier parti prévalut, et il sembla que M. de Vendôme avoit peine à s'y résoudre en ce que, nonobstant ce parti pris, il séjourna un jour tout entier dans son même camp et jusqu'à ce qu'il eût vu celui des ennemis entièrement levé, et qu'ils tiroient du côté de Grammont et de Lessines. Il avoit même fait partir d'avance toute son artillerie, avec ordre d'aller jusqu'à un quart de lieue de Gand, et de n'en point bouger sans un ordre par écrit, se tenant toujours prêt à marcher d'un côté ou d'autre.
Cependant l'armée resta dans son même camp, où elle passa tout le jour et la nuit suivante, que M. de Vendôme apprit, au point du jour, que les ennemis avoient levé leur camp au commencement de la nuit, et prenoient leur route le long de la Dendre, pour s'acheminer vers Grammont et Lessines. Aussitôt il commença à marcher droit à Gavere, où j'envoyai des ponts sur l'Escaut. Mais, quoiqu'il arrivât de fort bonne heure et que les ponts fussent faits, il ne voulut point passer cette rivière ce jour-là, et campa au delà, laissant encore dans son vieux camp son aile gauche de cavalerie, avec quelques brigades d'infanterie et une d'artillerie, qui gardoient le vieux pont qui avoit été fait sur l'Escaut.
Les affaires restèrent en cet état jusqu'au lendemain matin, que M. de Vendôme eut nouvelle que les ennemis marchoient certainement sur l'Escaut et tournoient sur Audenarde . Il envoya aussitôt ordre aux troupes qu'il avoit laissées dans son vieux camp de marcher sur
Gand; la cavalerie traversa la \nlle et y passa la rivière. Jusque-là, le dessein de M. de Vendôme paroissoit de se camper, après avoir passé l'Escaut à Gavere, de laisser cette rivière devant lui et de faire camper sa droite tirant sur Audenarde, et sa gauche où elle pourroit aller du côté de Gavere ; mais on oublia d'envoyer ordre à l'artillerie de suivre la route de l'armée. Cependant elle ne laissa pas de marcher, et de passer à travers Gand, pour joindre la gauche de l'armée, au plus près qu'elle pourroit; car il étoit déjà dix heures du matin devant qu'elle s'ébranlât, attendant toujours des ordres. Tout ce que je pus faire à l'avance fut de faire marcher, quoique sans ordre, dix pièces de canon et vingt charrettes composées de munitions de guerre, avec des bateaux que j'avois eu ordre d'envoyer à Gavere pour faire des ponts, ne jugeant pas qu'il fût de convenance de laisser l'armée sans canon et sans munitions, [me trouvant aussi éloigné que j'en étois.] Cette précaution fut très utile ; car sans elle il n'y auroit eu ni artillerie, ni munitions de guerre pour le combat, tant on s'y étoit peu disposé.
Cependant les ennemis marchoient toujours vers Audenarde, avec une diligence extrême et sans s'arrêter, afin d'y passer l'Escaut devant l'armée de France ou en même temps, et pour cela ils détachèrent les majors généraux Cadogan^ et Rantzau-, avec seize bataillons et trente escadrons, pour aller jeter des ponts sur cette rivière, près de la ville, et leur en assurer le
i. Tome IV, p. 346.
2. Peut-être Christiei^n, comte de Rantzau, d'une famille danoise, dont un membre, Josias, passé au service de Louis XIII, était devenu maréchal de France.
passage. Chemerault étoit resté presque jusque-là dans son poste devant Audenarde, et, ne pouvant y tenir contre tant de troupes qu'il apprit qui marchoient vers lui, il se retira en diligence et rejoignit heureusement l'armée.
Sur les nouvelles de cette marche, réitérées de toutes parts, M. de Vendôme commença à faire passer l'Escaut à l'armée à Gavere sur les dix heures du matin, paroi ssant avoir dessein de la camper le long de l'Escaut, ou d'aller établir son camp sur les hauteurs contre Audenarde, où le prince de Condé vint se poster autrefois avec l'armée de France, lorsqu'il fît lever le siège d' Audenarde au prince d'Orange.
Le premier paroissoit le plus probable, en ce que, s'il fût venu sur les hauteurs qu'on appelle de Monsieur le Prince, il paroissoit qu'il laissoit aux ennemis les passages ouverts pour aller à Gand. Quoi qu'il en soit, le marquis de Biron, lieutenant général de jour, s'en alla faire marquer le camp.
Combat d' Audenarde, id juillet il 08^. — Quand il fut arrivé à peu près sur les lieux, la plupart des cava-
1. La bibliographie de la bataille d'Audenarde est très abondante : outre les nouvelles qu'on trouve dans la Gazette, dans le Journal de Dangeau ou dans les Mémoires de Sourches, il y eut de nombreuses lettres et relations publiées dans le Mercure, volume supplémentaire d'août, p. 145-284 et 337-391, dans la Gazette d'Amsterdam, n"^ lvii et lxi, et dans d'autres recueils comme le Journal de Verdun; le volume 2081 du Dépôt de la Guerre contient toutes les lettres envoyées à Chamillart par les divers officiers généraux. Le récit de Saint- Hilaire semble assez impartial. Dans les Mémoires de Saint- Simon, t. XVI, p. 182 et suiv., M. de Boislisle a joint un commentaire abondant au texte de l'auteur.
liers et soldats se débandèrent pour aller à la paille et au fourrage, ce qui ayant été remarqué par Cadogan, qui avoit déjà passé l'Escaut avec ses troupes et les avoit postées dans un terrain fort avantageux, [qui étoit une espèce d'amphithéâtre, entouré de haies, de ravins et de watergans, et des défilés du village d'Asper*], il envoya un détachement sur eux et les mit en fuite. Dans ce temps-là, notre avant-garde survint, arrêta le désordre et chassa les ennemis de ce terrain. On aperçut sur une hauteur voisine quatre bataillons, qui étoient soutenus par une quantité d'autres, postés derrière des watergans, des ravins et des haies, sous le canon d'Audenarde. Biron envoya aussitôt à M. de Vendôme pour l'avertir de ce qui se passoit. Ce prince fit marcher aussitôt sept bataillons dans le village de Heurne^, sur le grand chemin le long de l'Escaut, et les fit soutenir de quelques escadrons qui se mirent en bataille dans la plaine, entre Rotz et Mullem^, à mesure qu'ils arrivoient. Cadogan, qui les vint reconnoître, crut qu'il n'y avoit point de temps à perdre, s'ébranla avec seize bataillons et huit escadrons pour les venir attaquer, quoique le gros de son armée ne commençât qu'à passer l'Escaut. Le combat dura environ une demi-heure, et nos troupes, qui furent assez malmenées, furent obligées de se retirer fort en désordre dans un