Il commandait un régiment de hussards
3. Geoffroy de Ximenez, colonel du régiment de Royal- Roussillon.
plaine où nos troupes se mettoient en bataille, à mesure qu'elles arrivoient, [et surent bien profiter de la faute de notre brigadier.]
Pendant que ceci se passoit, un maréchal de camp espagnol, accompagné du même brigadier François, qui avoit une grande envie de réparer sa faute, de quelque manière que ce pût être, se persuadèrent qu'il étoit aisé d'enlever quatre bataillons ennemis qui leur parurent trop avancés vers le château de Boham ^ , et obtinrent facilementdeM. le duc de Bourgogne, [qu'ils rencontrèrent, la permission de les aller enlever, ainsi qu'ils se le proposoient de faire, sans pourtant rien engager, avec deux de nos brigades qui se trouvoient là; ce prince, encore sans expérience militaire, le leur permit.] Mais l'affaire devint plus difficile qu'ils n'avoient cru : quatre autres bataillons ennemis avoient joint les premiers, et étoient suivis encore par d'autres, et nos officiers généraux, consultant en ce moment plus leur valeur que le nombre des ennemis, les chargèrent avec vivacité ; mais ils furent contraints de céder. L'infanterie du centre voulut soutenir nos deux brigades qui étoient poussées par les ennemis, et, par un contretemps, un aide de camp, s' étant figuré quec'étoit par ordre de M. de Bourgogne que tout cela se faisoit, l'alla persuader à M. de Vendôme, qui, de dépit, fit attaquer de son côté les ennemis par vingt bataillons de sa droite protégés par les seules dix pièces de canon quej'avois envoyées de mon chef joindre l'armée à Gavere avec les vingt charrettes composées de munitions de guerre; et il n'y en auroit
1. Saint-Hilaire veut probablement parler de Browaan, sur la commune J'Eyne.
point eu à l'armée sans cette précaution; car, quand le combat commença, je n'étois encore qu'à une demilieue en deçà de Gand avec toute l'artillerie, faisant route de mon chef pour joindre l'armée, qui en étoit à six lieues. Revenons au combat.
Nos dix pièces de canon, qui tirèrent fort à propos sur les bataillons ennemis que M. de Vendôme faisoit attaquer, contribuèrent beaucoup à les faire plier; on s'empara même du canon qu'ils avoient devant eux; mais, favorisés par l'avantage du terrain qu'ils occupoient, ils firent de derrière les haies, où l'on ne pouvoit pénétrer, de si effroyables décharges, que nous fûmes obligés de reculer. Cependant, on revint à la charge plus d'une fois, et M. de Vendôme, qui les faisoit faire, s'exposa comme s'il n'eût été qu'un simple soldat. Notre cavalerie ne pouvoit charger ni pénétrer sur les ennemis, à cause des haies et autres empêchements dont j'ai fait ci-dessus la description, et la gendarmerie, qui se trouva exposée au plus grand feu des ennemis, le soutint longtemps avec une valeur et un sang-froid d'autant plus grand qu'elle n'étoit pas échauffée par la chaleur de l'action, qui ne laisse pas le temps d'envisager le péril.
Quoique le terrain avantageux que les ennemis occupoient ne permît pas à notre cavalerie d'agir en corps, il y eut pourtant quelques attaques particulières d'escadrons qui furent avantageuses pour nous. Et la clôture de la journée se fit sous la conduite du prince Eugène qui, ayant remarqué un vide entre notre centre et le village de Mooregem^ fit couler par des chemins