Ci-dessus, p
cent quatre-vingts officiers tant tués que blessés ou faits prisonniers et sept mille tant cavaliers, soldats que dragons. Les ennemis prirent aussi trente-quatre étendards, vingt-cinq drapeaux et cinq paires de timbales * .
Ils ne publièrent point ce qu'ils avoient perdu ; mais, à la réserve du nombre des prisonniers, j'estime que leur perte fut à peu près pareille à la nôtre.
Le maréchal de Berwick vient en Flandre avec des troupes qu'il amène de l'armée d'Allemagne. — Dès qu'on eut apprit à la cour que le prince Eugène assembloit un corps d'armée de vingt-cinq à trente mille hommes sur le Mein et sur le Rhin et faisoit courir le bruit que son dessein étoit de la faire agir du côté de la Moselle, le maréchal de Berwick eut ordre de prendre une partie de l'armée qui servoit en Allemagne sous l'électeur de Bavière et de l'amener sur cette rivière, pour s'opposer à ce prince ; et du depuis, ayant appris qu'il s'acheminoit du côté de la Flandre, où nous étions supérieurs et où nous paroissions avoir de grands desseins, il y mena aussitôt son armée, qui se rassembla vers Mons et prit les devants, sur les nouvelles qu'il eut de ce qui s'étoit passé au combat d'Audenarde. Il alla visiter Tournay et Lille, qui se trou voient menacés de sièges, en attendant la venue du maréchal de Boufflers, qui en étoit gouverneur, aussi bien que toute la Flandre françoise. Il en augmenta les garnisons au fur et à mesure que ses troupes arrivoient,
1. Tous ces chiffres varient selon les relations; les gazettes étrangères indiquèrent pour l'armée française des pertes bien plus élevées : voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. XVI, p. 195, note 2.
1708J MÉMOlllES UE SAINT-HILAIRE. 139
et il pourvut à tout, au mieux qu'il lui fut possible. On pou voit bien s'en rapporter à lui^
Les Alliés rasent les lignes d'Ypres. — Cependant les ennemis, après le combat, s'en allèrent camper à Espierres, et, ne jugeant pas à propos de venir attaquer notre armée derrière le canal, ils furent quelques jours en suspens du parti qu'ils prendroient et commencèrent leurs opérations par envoyer un gros détachement raser nos lignes, depuis Ypres jusqu'à Comines^, sur la Lys. C'étoit un méchant bourg, qu'ils occupèrent, aussi bien que Warneton, et ils envoyèrent quelques partis dans l'Artois, pour établir des contributions, qu'ils prirent presque toutes en grains. Puis, s'étant déterminés à faire le siège de Lille, leur première démarche fut de faire charger à Bruxelles un convoi de six mille chariots de vivres et de munitions de guerre, qui en partirent sous une si bonne escorte et avec tant d'ordre, que l'on ne put l'empêcher de passer et d'arriver à leur armée, quoiqu'on eût envoyé à cet effet un gros détachement pour s'y opposer; car le duc de Marlborough passa l'Escaut et alla au-devant.
Investiture de Lille par l'armée des Alliés. Le prince Eugène commande l'armée du siège et le duc de Mariborough celle d'observation. — Après cela^, il fut résolu
1. On remarquera que Saint-Hilaire fait volontiers l'éloge de Berwick.
2. Comines est aujourd'hui une commune du département du Nord, sur l'extrême frontière, ainsi que Warneton (ci-après).
3. Le lieutenant Sautai a fait paraître en 1899 un excellent ouvrage sur le Siège de la ville et de la citadelle de Lille en 1108, auquel on ne peut rien ajouter d'important. Il faut aussi voir le commentaire des Mémoires de Saint-Simon, t. XVI, p. 286 et suivantes.
que ce général anglois commanderoit l'armée d'observation, [qui fut de soixante-quinze mille hommes,] et le prince Eugène celle du siège, [d'environ cinquante mille, après que les troupes de l'Empereur y furent arrivées, comme je le dirai dans la suite.] Il fît doiic investir la ville de Lille le 12 août, avec trente bataillons et trente-cinq escadrons et, le lendemain, l'investiture de cette place étant achevée, il se mit à faire travailler à ses lignes, qui prenoient à Larabersart sur la Basse-Deule, passant par Haubourdin, sur la Haate- Deule^ a Fâches et Fiers-, et venant se fermer à l'abbaye de Marquette^. Ces lignes tenoient environ trois lieues de pays.
Le maréchal de Boufflers défend Lille. Détails du siège. — Deux jours après, les assiégeants, ayant achevé d'investir la ville, firent attaquer un petit fort détaché des ouvrages de la place par deux mille hommes détachés. Le maréchal de Boufïlers, [qui s'étoit réservé l'honneur de la défendre et en étoit gouverneur, comme je l'ai déjà dit,] fît faire une sortie à propos sur ces deux mille hommes, qui furent obligés de se retirer avec beaucoup de perte.
Un jour ou deux après, il y eut une action plus vive, les assiégeants ayant entrepris de rompre une digue qui soutenoit des eaux destinées a former une inonda-
1. Lambersart est au nord-ouest de Lille, près de la oitadf'lle, et Haubourdin au sud-ouest.
2. Fâches est au sud et Fiers à lest de la ville; le manuscrit porte Secq ou Fecq et non Fâches.
3. Marquette était une abbaye de cisterciennes, au nord de Lille, fondée au milieu du xnv"- siècle par Jeanne, comtesse de Flandre.
tion du côté de la ville; les ennemis furent encore repoussés, avec une perte considérable.
Depuis ce jour jusqu'au 221, les assiégeants s'employèrent à perfectionner leurs lignes et à se préparer à l'ouverture de la tranchée, qui se fît la nuit du 221 au 2l3, du côté de la porte de la Madeleine^, avec deux mille travailleurs soutenus par quinze bataillons et cinq cents chevaux. Les assiégés ne s'en aperçurent que sur les deux heures après minuit et firent voir d'abord, par un feu terrible, qu'ils feroient acheter cher cette place aux assiégeants, qui, ayant voulu s'emparer d'une maison voisine entourée d'un fossé, en furent repoussés avec une grande perte.
Les deux nuits suivantes ne furent pas moins funestes aux ennemis; caries assiégés, à la faveur delà lumière d'un moulin, qui étoit au dehors de la place, où ils mirent le feu, en firent un si grand de canon et de mousqueterie que les assiégeants furent forcés d'interrompre leurs travaux, à cause de la quantité de monde qu'on leur tua et qu'on leur blessa.
Pendant ce temps-là, je m'en allai à Douay pour y faire préparer jusqu'à cent pièces de [gros et petit] canon pour l'exécution du projet de M. de Vendôme, dont je parlerai bientôt^.
Le maréchal de Berwick rassemble un corps d'armée sous Mons et Saint-Ghislain. — Le maréchal de Berwick, ayant rassemblé un corps d'armée d'environ quatre-vingts escadrons et de vingt-trois ou vingtquatre bataillons, tant des troupes qu'il avoit amenées