‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 76 sur 175 · Helchin est sur l'Escaut entre Tournay et Audenarde · texte numérisé non relu

Helchin est sur l'Escaut entre Tournay et Audenarde

3. Wattripont est dans la direction de Renaix en venant d'Helchin; la Rosne est un petit affluent de droite de l'Escaut.

roit les gros bagages sous Dunkerque et qu'on laisseroit au comte de la Motte un petit camp volant, pour la conservation de Gand et de Bruges; que toute l'armée décamperoit et marcheroit à Hérinnes, près d'Enghien, où le maréchal de Berwick devoit se trouver avec toutes ses troupes. Cette jonction se fit sans aucun empêchement; de là l'armée se rétablit sur Tournay, où elle passa l'Escaut, [le 1^"^ septembre, et acheva le lendemain à midi ;] elle campa à environ trois quarts de lieue de cette ville, et de là à Orchies^ Sur ces nouvelles, le duc de Marlborough [repassa l'Escaut à Helchin et] vint se camper à Pont-à-Tressin^, où il passa la Marque.

Projet de M. de Vendôme pour secourir Lille. — Il faut un peu parler à présent du projet de M. de Vendôme pour venir secourir Lille ; ce qui auroit peut-être réussi, car, au décamper d'Orchies, il prétendoit passer brusquement la Marque vers sa source et entrer incontinent dans la plaine de Lille, puis marcher droit aux lignes des ennemis, les faire battre et ouvrir par sa grosse artillerie, secondée de toute la petite ^ et y faire donner l'assaut, si les ennemis ne levoient pas le siège. Mais ce projet fut interrompu, et il en arriva tout autrement, peut-être par un peu trop de prudence de la part de notre cour, à qui ce dessein avoit été communiqué et qui apparemment aima mieux qu'il

1. Orchies est un gros bourg au sud-est de Lille, entre cette ville et Valenciennes.

2. Hameau de la commune actuelle de Chéreng, dans le canton de Lannoy.

3. Vendôme, dit Saint-Simon (t. XVI, p. 314), « ne compta de venir à bout des ennemis qu'en les écrasant par un feu d'enfer ».

444 MÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. [i708

lui en coûtât Lille que de risquer un combat très hasardeux, dont la perte auroit entraîné celle de la plupart de nos places de Flandres et ouvert une entrée facile dans notre ancien domaine. C'est pourquoi le Roi fît partir M. Ghamillart, son ministre, en toute diligence^-, à l'insu de M. de Vendôme, pour joindre notre armée et voir les choses dessus les lieux et mûrir davantage le projet, en cas qu'il en fût besoin et qu'il y eût apparence de réussir. Mais, comme ce ministre n'arrivoit pas assez tôt dans la situation où étoit notre arm'ée à Orchies, elle n'en décampa que sur les dix heures du matin, au lieu de l'en faire partir dès minuit, comme il convenoit. Encore lui fit-on prendre un détour, en la faisant marcher du côté du pont de Bouvines^, d'où elle ne se rendit que fort tard à Mons-en-Pévèle, près le Pont-à-Marque^, où elle campa et séjourna quatre ou cinq jours, sans aucune action. On se saisit pourtant, le soir en arrivant, du passage du ruisseau du Pontà-Marque, où les ennemis avoient jeté quatre ou cinq cents hommes, qui ne soutinrent point et se retirèrent. Les ennemis surent bien profiter de ce temps perdu ; car M. de Marlborough coula hâtivement de son côté tout le long de la Marque et vint se camper au delà de cette petite rivière, en front parallèle au nôtre, leur gauche sur la Marque, au pont de Bouvines, et

1. Ghamillart quitta secrètement Versailles le vendredi 7 septembre à huit heures du soir et arriva le 8 à six heures du soir à Mons-en-Pévèle, où était Vendôme.

2. Bouvines, célèbre par la victoire gagnée par Philippe- Auguste sur les Allemands en 1214, est un petit village sur la Marque, au nord de Cysoing.

3. Mons-en-Pévèle et Pont-à-Marque sont deux localités sur la rivière de Marque.

leur droite appuyée à un marais contre le canal de Douay à Lille; tout leur camp [étoit sur la crête d'une hauteur, dont la pente] étoit un talus naturel, qui formoitun glacis entrecoupé de ravins ou chemins creux, dominant sur un grand fond, par lequel il falloit passer pour aller à eux; tellement que la situation de leur armée sur ce terrain leur donnoit un grand avantage.

Dès que les ennemis furent arrivés, ils commencèrent à se retrancher solidement sur la crête de tout leur front de bandière, aussi bien dans le village d'Ennetières^ contigu à leur retranchement, qu'ils accompagnèrent de redoutes et de batteries de canon, et de tous les ouvrages qu'ils voulurent; car nous leur en laissâmes tout le temps.

Notre armée, au camp de Mons-en-Pévèle, avoit sa droite contre la Marque, débordant un peu la chaussée qui va de Douay à Lille, et la gauche se prolongeant tout le long de cette petite rivière jusques contre le canal, ayant le village de Seclin^ devant elle et au delà le camp des ennemis, qui étoit à une bonne portée de canon, et lequel fut encore fortifié par la personne du prince Eugène et d'une partie des troupes qu'il avoit au siège, qui ne discontinua pas, quoique poussé avec moins d'activité.

Les ennemis ne doutèrent point, nous voyant ainsi sur eux, que l'événement du siège de Lille ne fût décidé par une bataille et s'y préparèrent sans aucune négligence; car je ne m'arrêterai pas à dire qu'il se répandit un bruit que, sur les nouvelles de notre approche, ils avoient songé à lever le siège de Lille et à se reti-

Page 1