‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 8 sur 175 · Il a été parlé de ce village dans le tome IV, p · texte numérisé non relu

Il a été parlé de ce village dans le tome IV, p

marquis de Bareith, le prince de Bade étant mort pendant l'hiver précédent*.

Les ennemis gardoient l'île de Dalonde, qui étoit parfaitement bien retranchée, d'où ils communiquoient par un pont à l'armée qui occupoit les lignes de Stoliioffen ou de Biihl, auxquelles il y avoit plusieurs années qu'on travailloit, et elles se trouvoient en un si haut point de perfection, qu'elles avoient été regardées jusqu'alors comme inexpugnables, et pouvoient se soutenir avec peu de troupes ; tellement qu'ils jugèrent en avoir encore de reste pour en répandre le long des bords du Rhin de leur côté, depuis leur armée jusque vers Philipsbourg, et nous empêcher d'y faire des ponts et de pénétrer dans l'Empire, regardant cette opération comme un point capital ; mais, quelques précautions qu'ils eussent prises, elles se trouvèrent inutiles, ainsi que je le vais dire.

Avant d'en venir là, j'estime assez à propos de faire une courte description de la situation de ces fameuses Hgnes, qui avoient coûté tant de peine et de travail, et qui, malgré cela, furent emportées sans presque de défense, par les bonnes dispositions, la vigilance et la fortune du mai^échal de Villars, qui y eut aussi beaucoup de part.

Description des lignes de Stolhoffen ou de Bûhl. — Ces lignes étoient fort étendues et commençoient au pont que les ennemis avoient sur le Rhin, au moyen duquel ils communiquoient avec l'île de Dalonde, ainsi que je l'ai déjà dit, et la pouvoient soutenir en cas d'attaque. Ces mêmes lignes le mettoient totalement à

1. Le prince de Bade était mort dans son château de Rastadt, le 4 janvier, à cinquante-deux ans.

couvert ; ensuite elles passoient au village de Stolhoffen, et tout l'espace entre ce lieu et le Rhin étoit inondé, au moyen de bonnes digues maçonnées, qui avoient été faites par des Hollandois que le prince de Bade avoit fait venir exprès. Quoique ces inondations fussent impraticables d'elles-mêmes, elles étoient encore défendues par de bons retranchements à redans et des redoutes d'espace en espace bien palissadées. La chaussée qui conduit à StolhofFen étoit défendue par des ouvrages de terre palissades, et les mêmes inondations et fortifications continuoient tout le long des lignes depuis Stolhoffen jusqu'au petit bourg de Biihl, qui étoit bien retranché, et fortifié par des ouvrages de terre palissades. Ces mêmes lignes continuoient depuis ce lieu jusqu'au sommet des montagnes, qui étoient retranchées jusques au haut; mais les inondations finissoient à Biihl, où le terrain commençoit à s'élever jusques au haut des montagnes.

Le maréchal de Villars se met en mouvement pour commencer la campagne et passe le Rhin sur le pont de Kehl. — Il faut à présent revenir au maréchal de Villars, qui partit de Strasbourg le dernier mai, et alla joindre le camp qu'il avoit à Kehl, et qu'il mena camper proche Offenbourg. Il affecta d'y parler au bourgmestre, et s'avança ensuite avec un détachement jusqu'à un village, qui n'étoit qu'à deux lieues des lignes ennemies, afin que les paysans leur donnassent avis, comme ils ne manquèrent pas de le faire, qu'il étoit là, qu'ils l'avoient vu, et se persuadassent qu'il vouloit faire sa principale attaque aux lignes du côté de Biihl.

Vivans est détaché avec un corps considérable de troupes pour aller faire un pont sur le Rhin entre Neu-

bourg et Hagenbach et surprend ce passage aux Impériaux. — Pendant ce mouvement, le marquis de Vivans^ aidé du comte de Broglio^, avoit assemblé auprès de Lauterbourg vingt bataillons, quarante-cinq escadrons, trente-quatre pièces de canon, avec les bateaux nécessaires pour faire un pont sur le Rhin, entre Neubourg et Hagenbach. Péri, qui commandoit en l'île du Marquisat, où nous avions neuf bataillons et quantité de pièces de canon, eut ordre de faire faire un grand feu sur les ennemis du côté de StolhofTen, au jour convenu. Lée^, qui avoit eu ordre de se poster vis-à-vis de l'île de Dalonde, avec plusieurs bataillons et dix pièces de canon, eut aussi ordre de faire grand feu sur les ennemis, et de tâcher, au moyen de plusieurs barques qu'on avoit fait descendre de Strasbourg par le Rhin, de leur faire croire qu'on les vouloit attaquer dans cette île, afin de les obliger à faire diversion, en y jetant une augmentation de troupes. Ainsi les attaques de Péri et de Lée ne dévoient être proprement que de fausses attaques dans la même intention, et le marquis de Vivans étoit chargé de la

1. Jean de Vivans de Noaillac, marquis de Vivans, fils du Vivans dont il a été parlé dans le tome II, p. 337, avait servi comme mestre de camp de cavalerie depuis 1689; brigadier en 1696, maréchal de camp en 1702, il était lieutenant général depuis octobre 1704. C'est lui qui, en 1706, avait déjà fait partie de l'armée d'Allemagne, et c'est par erreur que, dans notre tome IV, p. 337, nous l'avons identifié avec son père.

2. 11 s'agit ici de François-Marie, comte de Broglie, fils de Victor-Maurice; il était alors maréchal de camp de la promotion de 1704; il devint maréchal de France en 1734, eut le titre de duc de Broglie en 1742 et mourut en 1745.

3. Il a été parlé de MM. de Lée et de Péri dans le tome IV, p. 68 et 127.

véritable, et de la besogne la plus lente, la plus difficile et la moins certaine pour un parfait concert de toutes les attaques en même temps, ainsi qu'il avoit été résolu.

Il arriva sur les bords du Rhin au lieu dont j'ai déjà parlé avec ses troupes et son équipage de pont. Il s'y trouvoit une petite ile, qui avoit été reconnue pendant l'hiver, et qui étoit toute couverte de broussailles qui ôtoient la vue de ce qui se pouvoit passer entre elle et la rive du fleuve de notre côté, dans laquelle on savoit que les ennemis n'avoient établi aucun poste, comme cela se trouvoit effectivement. Vivans y fit passer dans ses bateaux des détachements d'infanterie, qui s'y retranchèrent d'abord, et on commença le pont jusqu'à cette île, sans que les ennemis s'en aperçussent; on y fit passer aussi dix pièces de canon.

Incontinent après cela, il fit passer de l'autre côté du Rhin dans des bateaux un grand nombre de grenadiers, qui abordèrent sans aucun obstacle ; d'autres grenadiers se jetèrent à la nage pour aller joindre les autres, et il y passa des corps entiers dans les bateaux qui alloient et revenoient sans cesse. Ils se retranchèrent incontinent sur le bord de la rivière. Environ deux mille hommes des ennemis se présentèrent pour attaquer cette tête, et furent obligés de se retirer bientôt après une légère escarmouche. On fit le pont sur le bras du Rhin du côté des ennemis, et toutes les troupes de Vivans passèrent.

Le 22^ jour de mai, sur les six heures du soir, avoit été choisi pour attaquer les ennemis de la manière qui avoit été projetée et dont je viens de parler*. Le

1. Sur cette affaire, on peut voir le récit de la Gazette, V 2

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maréchal s'étoit avancé ce jour-là à demi-lieue de Bùhl avec ses troupes, jusqu'à une <;arde de cavalerie des ennemis, qui se trouva à la tête du villaj^e d'OttersweierS et la fît pousser. Il alla se camper à une portée de canon de Biihl ; puis il monta sur une hauteur voisine, et reconnut très distinctement de cet endroit la partie des lignes qui étoit entre Bûhl et le sommet de la montagne. Il ne vit en cet espace que six bataillons, deux régiments de dragons et un de cavalerie.

Le prince de Dourlach^ commandoit dans les lignes de ce côté-là. Il mit des troupes en mouvement pour leur faire prendre leurs postes, dès qu'il vit celles du maréchal de Villars, qui examina avec attention toute leur manœuvre, malgré plusieurs coups de canon qu'on lui tiroit, et qui portoient sur la hauteur où il étoit.

Pendant ceci, le maréchal de Villars attendoit, avec une grande impatience, le bruit du feu qui devoit se faire, tant du côté du marquis de Vivans que de l'ile du Marquisat et de devant l'ile de Dalonde, et, n'en entendant rien, quoique son premier dessein ne fût point de faire attaquer de son côté, il en changea, et fit ses dispositions pour attaquer du côté de Biihi le

p. 260-262, celui du Mercure de juin, p. 314-322, et les Mémoires de Villars, t. II, p. 223-228; mais il convient surtout de rapprocher de nos Mémoires le récit de V Histoire militaire, t. V, p. 289-298, par le marquis de Quincy, qui assistait à l'opération.

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