‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 109 sur 187 · Ferrette, en allemand Pfirt, entre Bâie et Porrentruy · texte numérisé non relu

Ferrette, en allemand Pfirt, entre Bâie et Porrentruy

Brandebourg établit son quartier généra! à Colmar et envoya sommer Brisach de se rendre; au refus qu'en fit celui qui y commandoit, il fît battre la place, le Rhin entre deux, par quelques pièces de canon.

Les affaires étoicnt en tel état, quand M. de Turenne, bien informé de toutes choses, passa, à la tête de son armée, par le défilé de la Petite-Pierre, les montagnes (jui séparent l'Alsace de la Lorraine, et, dans l'appréhension que les ennemis ne \inssent assiéger Belfort, dont les fortifications n'étoient pas achevées et où il y avoit peu de monde, [et qu'ainsi ils ne lui ôtassent cette entrée dans la Haute -Alsace], il y envoya un corps de troupes, dont il assura la marche, [en donnant ordre au marquis de Bourlémont, colonel du régiment de Picardie ^ d'aller occuper avec six cents hommes la tête de deçà du défilé de Sainte -Marie aux-Mines, où étoit le quartier du vieux duc de Lorraine. M. de Bourlémont s'acquitta de sa commission; mais, s'étant avancé un peu plus avant qu'il ne lui avoit été ordonné, il fut attaqué et fait prisonnier^. Cependant le détachement arriva heureusement à Belfort.]

M. de Turenne le suivit de près [avec toute l'armée, qui étoit alors de quarante mille hommes, et prit sa marche par Remiremont, où le duc de Lorraine avoit jeté trois ou quatre cents hommes, qui se retirèrent

Altkirch, gros bourg au croisement des routes de Belfort à Bâle et de Mulhouse à Ferrette.

1. Henri d'Anglure, comte de Bourlémont, commandait ce régiment depuis 1673 ; il obtint le grade de brigadier en 1676.

2. Le 22 décembre : Grimoard, Lettres et Mémoires de Turenne, t. II, p. 622-623.

à l'approche de M. de Turenne. De là, il continua sa marche avec beaucoup de vitesse et entra dans la Haute- Alsace par Thann et Belfort], les derniers jours de décembre^.

Combat de Mulhausen^. — L'électeur de Brandebourg, en étant informé, ne songea qu'à lever ses quartiers et les rassembler dans la plaine de Colmar, où il avoit assigné le rendez-vous. Mais la diligence ne fut pas égale de part et d'autre ; car M. de Turenne, entrant brusquement dans le pays, poussa en avant une tête d'armée, qui aperçut près de Mulhausen, au delà d'une petite rivière, un corps d'environ trois mille chevaux des ennemis, qui venoient de leurs quartiers pour se rendre à Colmar. Quoique les bords de cette rivière fussent hauts et difficiles, et les gués rompus, les troupes de M. de Turenne s'y jetèrent avec impétuosité, et, s'étant reformées au delà, elles chargèrent les ennemis et les mirent en déroute; il y en eut beaucoup de tués, et on leur prit deux paires de timbales, quinze ou seize étendards; mais ils emmenèrent prisonnier M. de Montauban, maréchal de camp^, qui s'étoit trop engagé.

Le régiment d'infanterie de Portia, qui marchoit de conserve avec cette cavalerie, eut le temps de se réfu-

1. Turenne remonta le long des Vosges, reprit Remiremont, dont le duc de Lorraine s'était emparé, et rassembla son armée sous Belfort. Il en partit, le 29 décembre, avec toutes ses forces, pour marcher sur Mulhouse et Colmar.

2. Le 30 décembre [Histoire militaire, p. 405-406 ; Gazette de 1675, p. 24 et 31-32; recueil Grimoard, p. 625-627; vol. Guerre 414).

3. René de la Tour du Pin-Montauban, qui devint lieutenant général en 1677 et mourut en 1687.

gier dans le château de Brunstatt', qui se trouva près de là. M. de Turenne le fit investir sur l'heure; mais, comme il ne se voulut pas rendre sans canon, il fallut y en mener. Aussitôt qu'il fut en batterie, ceux de dedans battirent la chamade et se rendirent prisonniers de guerre. Ils étoient environ quinze cents hommes, avec beaucoup d'équipages^.

Cette expédition n'étoit pas finie, que M. de Turenne poursuivit sa marche vers Golmar, et, à mesure que l'armée avançoit, elle rencontroit grand nombre de traineurs des quartiers qui fuyoient devant elle. On se contentoit de les désarmer, parce que leur nombre étoit trop grand, et qu'on ne s'en pouvoit charger sans beaucoup d'embarras.

Combat de Turckheim. — Le matin du 5 janvier^, les François se trouvèrent en présence des ennemis. Leur armée avoit devant elle une petite rivière, qui, dérivant des montagnes près de la petite ville de Turckheim^, formoit devant son front de bandièreune presqu'ile, et alloit se perdre dans la rivière d'Ill, près de Colmar. Sa gauche avoisinoit cette ville, et l'autre s'étendoit le long de la plaine, ayant la rivière devant dans tout le front. En arrivant, M. de Turenne fit mine de marcher droit à elle ; puis, se dérobant par

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