‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 116 sur 187 · C'est le 5 septembre que Trêves se rendit · texte numérisé non relu

C'est le 5 septembre que Trêves se rendit

2. Il essaya d'abord de se défendre dans l'église, qu'il avait fait retrancher, avec l'aide de quelques soldats fidèles ; mais, accablé par le nombre, il rendit son épée au duc de Zell [Histoire de Louvois, p. 179).

ordre du conseil de guerre ; d'autres furent dégradés des armes et de noblesse, quelques-uns restèrent longtemps en prison, et d'autres prirent la fuite ^ Cette aventure fournit une belle leçon aux généraux et aux subalternes.

Après la victoire et la prise de Trêves, les ennemis ne surent pas profiter de leurs avantages ; car rien ne pouvoit les empêcher de venir brusquement à Verdun, qui ne valoit rien, et même de le prendre. Ainsi, ils seroient entrés en France, ce qu'ils désiroient depuis longtemps; mais le bonheur voulut qu'on ne suivit point l'avis du vieux duc de Lorraine, qui, peu de temps après, mourut de maladie à Birkenfeld^. Les autres princes crurent avoir fait assez de battre l'armée de France et de prendre Trêves; ils voulurent aller faire rafraîchir leurs troupes, en attendant le temps du quartier d'hiver. Voyons présentement ce qui se passa sur le Rhin pendant cette campagne.

Campagne d'Allemagne. — M. de Turenne assembla son armée aux environs de Strasbourg le ^5 juin^. Elle étoit composée de vingt-cinq mille hommes et de trente-quatre pièces de canon de campagne. Sur les avis qu'il eut que les ennemis menaçoient Philips-

1. M. de Boisjourdan, capitaine au régiment de la Marine, fut décapité comme chef du complot [Gazette, p. 690 et 758); les autres officiers tirèrent au billet, et ceux qui ne furent pas exécutés furent cassés [Histoire militaire, p. 454),

2. Charles IV mourut le 17 septembre, dans sa soixante-douzième année.

3. Cette date est fausse, il faut lire : 15 ou 20 mai; voyez V Histoire de Louvois, t. II, p. 153-157, les correspondances du volume 433 du Dépôt de la guerre et les lettres des 16, 21 et 24 juin, publiées dans le recueil Grimoard, p. 665-667.

bourg, il s'avança avec une tête d'armée jusqu'à Landau, qui n'étoit pas encore fortifié; mais, ayant pénétré que leur véritable dessein étoit de passer le Rhin sur le pont de Strasbourg, vers lequel ils faisoient marcher trois mille chevaux sous les ordres de M. de Brandebourg -Bareith*, il rebroussa chemin et vint joindre son armée ~.

Le meilleur moyen qu'il trouva pour contenir les ennemis au delà du Rhin fut de passer lui-même ce fleuve et de s'avancer à la hauteur de Strasbourg. Pour cela, il fit dresser un pont vis-à-vis du village d'Altenheim^. Toute l'armée y passa avec tant de diligence^, que M. de Bareith, [avec ses trois mille chevaux, qu'il avoit campés proche du fort de Kehl], se vit au moment d'être surpris, et eut bien de la peine à regagner son armée.

M. de Turenne fit camper la sienne le long de la rivière de Kinzig^, sur laquelle il fit faire des ponts. Il appuya sa droite à de grands bois, qui traversoient

1. Christian-Ernest, margrave de Brandebourg-Bareith (1644- 1712), avait déjà servi en Hongrie contre les Turcs en 1664; il avait été fait major général des troupes impériales en 1673 et maréchal de camp général au commencement de 1675.

2. La question de la neutralité absolue de Strasbourg et du refus du passage sur le pont de Kehl pour l'armée impériale était une des préoccupations de Turenne ; on trouvera sur ce sujet, à l'Appendice, une lettre de M. Frémont d'Ablancourt, résident du roi à Strasbourg.

3. A deux lieues au sud de Strasbourg, sur la rive droite du Rhin.

4. Le 7 juin (lettres de Turenne et de M. de Vaubrun, vol. Guerre 459, n«^ 22 et 23).

5. Petite rivière qui, sortie de la Forêt-Noire, va se jeter dans le Rhin à Kehl.

en échappe, jusqu'à Lichtenau\ le terrain qui se trouve depuis le Rhin jusques aux montagnes de Wiirtember»', et qui contient un espace d'environ trois heues en travers, coupé de plusieurs ruisseaux; sa gauche tiroit sur le fort de Kehl. Gomme il se préparoit à passer la Kinzig pour aller chercher les ennemis, dont l'armée étoit de vingt-six à trente mille hommes, ils s'avancèrent par l'autre côté du bois que j'ai dit ([ui traversoit le terrain , et parurent encore près d'Offenbourg-, qu'ils tenoient, et ils passèrent la Kinzig. Ils envoyèrent le long de cette rivière un parti de cinq ou six cents chevaux reconnoître M. de Turenne. Ce parti chargea les gardes de l'armée vigoureusement; M. de Montgeorges, brigadier de cavalerie^, fut tué en cette occasion; c' étoit un très galant homme et un bon officier.

Les Impériaux se campèrent, ayant leur droite près d'Offenbourg et leur gauche tirant sur l'abbaye de Schutter'^, leur front couvert par le bois et un petit ruisseau, les montagnes à dos : en sorte que, dans cette situation, M. de Turenne ne pouvoit aller à eux, et

1. A trois lieues au nord de Strasbourg, sur un petit affluent du Rhin.

2. A la sortie des montagnes, à trois lieues au sud-est de Strasbourg.

3. François Gaulrayn, chevalier de Montgeorges, avait eu une compagnie de chevau-légers en 1650, et, en 1668, une commission pour lever un régiment de cavalerie ; il était brigadier depuis le 12 mars 1675. Dans le combat, il eut la cuisse cassée d'un coup de feu, et mourut peu après (vol. Guerre 459, n° 113).

4. Abbaye de bénédictins, à trois kilomètres à l'ouest du bourg de Lahr.

qu'ils lui donnoient une inquiétude égale du côté du pont de Strasbourg et du côté d'Altenheim, par où il tiroit tous ses vivres, et qui étoit à cinq lieues de lui ; mais il sut remédier à cet inconvénient par cette conduite admirable que tout le monde lui a connue, [et il entreprit de pourvoir à l'un et à l'autre sans presque remuer son camp]. Pour en venir à bout, il mit un poste d'infanterie dans le château de Willstedt\ de l'autre côté de la Kinzig, près de sa gauche, et étendit sa droite jusqu'à la rivière de Schutter-, près d'Altenheim : ce qui ne put s'exécuter sans qu'il se trouvât de grands vides et de longs intervalles. Les troupes étoient disposées par quartiers sur le front de bandière, avec beaucoup de communications, et elles furent presque toujours en bataille, prêtes à se porter de droite ou de gauche selon les mouvements des ennemis. Ceux-ci, voyant leur dessein échoué, [et que M. de Turenne, quoique avec beaucoup de peine et de difficulté, faisoit faire des passages pour aller à eux], décampèrent, repassèrent la Kinzig près Offenbourg et allèrent camper à Windschàg^, où ils se couvrirent de la rivière qui y coule et des bois qui aboutissent en cet endroit contre le Rhin et y forment une barrière impénétrable.

M. de Turenne passa aussi cette rivière après eux; et, comme il ne put traverser les bois pour tomber sur leur arrière-garde, et qu'il ne vouloitleur laisser aucun moyen de tomber sur le pont de Strasbourg, il mar-

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