A une demi-lieue au nord d'Achern
un poste d'infanterie dans l'église. Il fit sommer celui qui y commandoit de se rendre; cet officier refusa d'acquiescer à cette sommation, et on ne put le contraindre, parce que le poste étoit fort bon, et que M. de Turenne n'avoit mené avec lui ni infanterie ni canon. Ainsi il s'en revint à son camp, résolu de faire marcher l'armée le lendemain à Saasbach, par où il prétendoit tomber sur l'armée des ennemis.
Il se mit à la tête de son avant-g£Q'de, après avoir envoyé ordre au comte de Lorge de quitter le camp retranché de Buschen et de le venir joindre avec toutes ses troupes et son canon, et il marcha droit à Saasbach, où il arriva sur les cinq heures du matin. Il fit prendre aussitôt des postes dans les maisons voisines de l'église, qui ne pouvoit être forcée parce qu'elle étoit enveloppée de murailles hautes et épaisses, flanquées aux angles par de vieilles tours, et qu'elle avoit devant elle un fossé plein de bourbe et de joncs, d'où couloit un petit ruisseau : ce qui fit juger qu'il y avoit eu là autrefois un château. Ce ruisseau tomboit à gauche dans un grand marais, et, sur la droite, il y avoit un ravin impraticable en plusieurs endroits, qui continuoit jusqu'à la chaîne des montagnes dont est bordé le pays de Wurtemberg. Le terrain de l'autre côté de Saasbach, que l'armée impériale occupoit, étoit fermé à sa droite par le marais et par un petit bois planté sur une grande hauteur, qui tomboit en pente assez rude; à gauche, tout le terrain où cette armée se mit en bataille conservoit sa hauteur et tomboit en glacis plus ou moins droit jusqu'au ravin. Le canon des François battoit l'enveloppe de l'éghse de fort près, et étoit bien servi; mais il n'y faisoit point
d'effet, parce qu'elle étoit trop épaisse pour son calibre. M. de Turenne, qui le remarqua bientôt, jugea que cette affaire seroit de longue haleine, et envoya ordre de diminuer le feu.
Quelques troupes ennemies parurent bientôt sur les hauteurs contre Saasbach, et jetèrent de l'infanterie dans l'église. On voyoit encore d'autres troupes s'avancer. M. de Turenne passa alors aux batteries où j'étois, et m'ordonna de ne plus faire tirer. Il me fît l'honneur de me dire qu'il ne doutoit pas que toute l'armée ennemie ne s'approchât, quoiqu'il eût pensé d'abord que le poste de Saasbach et les premières troupes qui a voient paru n'avoient été envoyées que pour favoriser le retour des troupes de M. de Gaprara, qui avoit été contraint de revenir d'Offenbourg par les montagnes, le chemin d'en bas lui étant barré par l'armée. On voyoit effectivement descendre des troupes qui menoient leurs chevaux pied à terre, parce que le chemin étoit fort rude et difficile, et couvert d'une petite gorge et du ravin. A mesure qu'elles descendoient, il en arrivoit de nouvelles du camp ennemi, et elles se mettoient en bataille pour favoriser leur jonction avec celles que M. de Gaprara conduisoit'.
M. de Turenne, que je suivois, me dit alors : « Je mettrai ma gauche le plus près de Saasbach que je pourrai, et ma droite tirant vers les montagnes. Allezvous-en le long de ce front reconnoitre les endroits propres à bien poster votre artillerie, et vous y mènerez votre père aussitôt qu'il sera arrivé, afin qu'il juge s'ils sont convenables, et qu'il fasse conduire le