Ci-dessus, p
2. L'édition de 1766 disait : « Passant sur la croupe du cheval de mon père, lui emporta le bras gauche. »
3. Le 27 juillet. Voyez la Gazette, p. 582 et 616, et les Lettres de M'^^ de Séi'igné, t. 111, p. 534-538, et t. IV, p. 1-5 et 10. On trouvera à l'Appendice quelques lettres relatives à
Un spectacle aussi tragique me pénétra d'une affliction et d'une douleur si vive, que j'éprouve encore aujourd'hui qu'il est plus facile de la ressentir que de la bien exprimer. Je ne savois auquel courir du général ou de mon père. La nature en décida; je me jetai à mon père, et je lui cherchois un reste de vie, que je craignois de ne lui plus trouver, lorsqu'il m'adressa ces paroles, que toute la France trouva si belles, qu'elle compara le cœur qui les avoit dictées à ceux des anciens et véritables Romains, et je crois que la mémoire s'en conservera longtemps :
« Ah! mon fils, s'écria-t-il, ce n'est pas moi qu'il faut pleurer; c'est la mort de ce grand homme. Vous allez, apparemment, perdre un père; mais votre patrie ni vous ne retrouverez jamais un pareil général. » En achevant ces mots, les larmes lui tomboient des yeux*.
« Que vas-tu devenir, pauvre armée? » ajouta-t-il ; puis, en se remettant tout d'un coup : « Allez, mon fils, laissez-moi. Je deviendrai ce qu'il plaira à Dieu ; remontez à cheval, je vous le commande. Le temps presse; allez faire votre devoir; et je ne désire plus de vie qu'autant qu'il m'en faudra pour apprendre que vous vous en serez bien acquitté. »
cet événement, d'après les registres du Dépôt de la guerre. Le marquis de Quincy, dans son Histoire militaire, dit que Saint- Hilaire portait un manteau rouge et que cette couleur fut cause de la mort du maréchal, parce que les ennemis la prirent comme point de mire. Un passage des Mémoires du chevalier de Quincy (t. II, p. 42) prouve que les canonniers visaient habituellement les habits rouges.
1. M™* de Sévigné (t. IV, p. 33-34) donne un texte presque identique, et elle fait, comme notre auteur, une comparaison avec la magnanimité romaine.
Quelque instance que je fisse pour demeurer auprès de lui jusqu'à ce qu'il fût venu un chirurgien et qu'on l'eût emporté, il ne le voulut jamais permettre ; il fallut obéir et le laisser entre les bras de mon jeune frère. Je courus aux batteries faire tirer, afin de venger la perte irréparable qui venoit de se faire, et la mienne particulière.
Des officiers ennemis que je vis peu après m'assurèrent que le canonnier qui avoit fait le coup fut tué le même jour ^ par un des nôtres. Nous entendîmes de grands cris sur la hauteur où étoit la droite des ennemis, et nous vîmes un officier tomber d'un de nos coups de canon. Il y accourut bien du monde. On le releva aussitôt; mais il ne fut point blessé : il n'y eut que son cheval qui eut la tête emportée. Nous sûmes que c'étoit M. de Montecuculli qui l'avoit échappé si belles
On ne peut imaginer qu'imparfaitement le trouble et la consternation d'une armée qui perd, en présence de l'ennemi, un général en qui elle a une si grande confiance et qu'elle chérit, honore et respecte également. Le premier mouvement de tout le monde, dès que cette déplorable mort fut connue, étoit d'aller venger sa perte en donnant le combat, quelque péril qu'il y eût à entreprendre de surmonter les difficultés qui s'y opposoient. [Puis, une consternation générale s'empara de tous les cœurs, une tristesse universelle se répandit sur les visages; la douleur régnoit partout. Chacun, comme s'il fût devenu stupide, tomboit dans
1. Le 2 août seulement, d'après une lettre de M. Frémont d'Ablancourt (vol. Guerre 460, n" 20).