En
2. Sur ce siège, on peut voir le Mercure de mars et d'avril; les Œuvres de Louis XIV, t. V, p. 561-563 ; les Lettres de Pellisson, t. III, p. 157-173; l'Extraordinaire 27 de la Gazette; un journal contemporain publié par L. Cellier; Vauban, par G. Michel, p. 114-119; V Histoire de Louvois, p. 283-290, etc. Les correspondances sont dans les vol. 531 et 544 du Dépôt de la guerre.
3. Qui défendait la porte dite d'Anzin, en avant de la citadelle.
On tua d'abord quelque monde dans les ouvrages, et on en prit beaucoup ; le reste tâcha de se sauver dans la ville. Ils furent suivis de si près par les plus échauffés des attaquants, qu'ils n'eurent pas le temps de fermer la porte. On y entra pêle-mêle ; on gagna non seulement cette porte, mais aussi le rempart du dessus. Il eût été fort à propos de s'y retrancher; car il n'y avoit pas encore deux cents François dans la place, tous soldats débandés ou officiers qui n'avoient que leurs épées; mais il n'y avoit point de travailleurs, et l'on ne savoit pas encore au dehors ce qui se passoit au dedans. A la fin, à force de crier, on se fit entendre, ce qui donna lieu à un autre inconvénient : tout le monde vouloit entrer à la fois, et, comme on n'avoit pu baisser la bascule de l'avancée, il n'y avoit qu'un petit guichet d'ouvert à moitié, couvert de corps morts; la presse y étoit si grande qu'on ne pouvoit entrer. Cependant, le baron de Lumbres^, qui commandoit alors dans la ville, parce que le marquis de Richebourg avoit été blessé, se présenta à la tête d'un escadron, à cent pas de la porte, sur le bord d'un petit pont, qu'il entreprit de passer pour nous venir charger. Heureusement il se trouva quelques mousquetaires, qui firent leur décharge si à propos, qu'ils tuèrent les premiers chevaux de l'escadron. Le pont, qui étoit étroit, en fut embarrassé, de sorte que cette cavalerie ne put plus passer. Pendant ce temps il entroit toujours du monde dans la ville. Alors on
1. Ce personnage est-il Antoine de Tiennes, baron de Lumbres, qui remplit plusieurs missions diplomatiques pour le compte de la France, à Trêves en 1635, à Liège en 1646, enfin en Pologne de 1656 à 1661 ?
s'étendit sur le rempart, et l'on courut s'emparer d'un cavalier où quelques bourgeois étoient revenus, pendant que d'autres, au-dessous d'eux, garnissoient le rempart, où ils ne firent pas grand séjour. Comme on trouva du canon sur le cavalier, on le tira contre eux : ce qui les ébranla si fort, qu'ils jetèrent leurs armes et se sauvèrent dans la ville. L'escadron qui s'étoit tenu sur le bord du pont se retira de même, et les bourgeois battirent la chamade ^ Cela arrêta tout; car, la troupe de ceux qui étoient entrés n'étant pas encore fort grosse, on craignoit de s'engager trop avant. Dans le même moment, on parvint à abattre la bascule, et les troupes réglées commencèrent d'entrer dans la ville. Les volontaires descendirent du rempart et se jetèrent dans icelle, et environ deux cents que nous étions courûmes à la place d'armes pour nous en rendre maîtres. Nous y trouvâmes la cavalerie ennemie en bataille ; nous la sommâmes de mettre les armes bas et pied à terre, autrement point de quartier. Ils ne se le firent pas dire deux fois : chacun de nous s'approcha d'eux et prit qui il voulut. Le baron de Lumbre m'échut entre les mains, et, comme j'appris que c'étoit lui qui commandoit dans Valenciennes, je le conduisis au Roi, que je trouvai hors de la \dlle, près de l'attaque.
Quoiqu'on puisse dire que cette ville fut prise d'assaut, il s'y commit peu de désordre, par le bon ordre qu'on y apporta. Il n'y eut de maisons pillées que celles qui se trouvèrent plus près de la porte par où l'on entra, et tout fut apaisé en très peu de temps. Le
1. Voyez le récit de ce fait d'armes dans V Histoire de Louvois, t. II, p. 287-288.
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marquis de Bourlémont, colonel du régiment de Picardie, fut tué à ce siège; on le regretta beaucoup, car c'étoit un très brave et honnête gentilhomme. Du reste, on perdit peu de monde à ce siège.
Après que le Roi eut pourvu à sa nouvelle conquête, dont il donna le gouvernement à M. de Magalotti, lieutenant général , il vint assiéger Gambray avec trente mille hommes et donna les autres vingt mille à Monsieur, son frère, pour assiéger Saint-Omer.
Siège et 'prise de Cambray et de Saint-Omer. — La ville de Cambray ne tint que quatre jours; mais la citadelle fit une assez belle défense, vu le temps ^. Pour ce qui est de Monsieur, qui étoit arrivé devant Saint-Omer, il tàta d'abord cette place, parce que le Roi avoit avis que le prince d'Orange assembloit une armée pour tâcher de la sauver; mais, la prise de Gambray l'ayant mis en état de soutenir Monsieur, il lui envoya ordre de faire ouvrir la tranchée du côté de la porte qui regarde le Boulonnois^. Elle commençoit d'approcher la place, quand Monsieur fut averti que le prince d'Orange venoit à lui : il leva aussitôt sa tranchée et transporta son attaque du côté du Fort-
1. Bardo de Bardi, comte de Magalotti (1629-1705), avait longtemps servi aux gardes françaises; il possédait le régiment Royal-Italien depuis 1671 et avait été fait lieutenant général en 1676. M. Henri Tausin lui a consacré récemment une Notice historique très complète (Paris, 1903, in-4°).
2. Gazette, p. 250, 279-280, 295-296; Mercure de mai; Histoire de Louvois, p. 290-293 et 301-302 ; Lettres de Pellisson, t. III, p. 197-199, 214 et 295; Dépôt de la guerre, vol. 544 et 545.
3. Voyez le Mercure de juin, p. 95-203, et l'étude spéciale que M. de Lauwereyns de Roosendaele a consacrée à ce siège.
aux- Vaches, qu'on avoit déjà pris, afin qu'elle pût être couverte par la situation qu'il vouloit donner à son armée en allant au-devant des ennemis. Monsieur, ayant laissé ce qu'il falloit d'infanterie pour garder ses nouvelles tranchées et quelque cavalerie qui devoit la soutenir et s'opposer aux sorties que l'ennemi pourroit faire, partit à la tête de son armée et marcha du côté de Cassel. Dix mille hommes, détachés de celle du Roi et commandés pai" M. de Luxembourg, le joignirent en chemin et à point nommé ; cai" le combat commença quelques heures après, et les forces devinrent égales.
Bataille de Cassai. — Les deux armées se rencontrèrent à une lieue en deçà de Cassel^. La droite des ennemis attaqua la gauche de notre armée, que M. de Luxembourg commandoit, et voulut s'emparer de l'abbaye de Peene^. Il y eut là un combat fort disputé; mais^ la droite, que le maréchal d'Humières conduisoit, s'étant étendue, elle prit la gauche des ennemis en flanc et la culbuta de manière qu'elle ne put se ralher. L'infanterie, se voyant abandonnée de sa gauche de cavalerie, jeta ses armes et s'enfuit, sans qu'il fût au pouvoir du prince d'Orange de la retenir;
1. Le 11 avril 1677. Voyez le Mercure d'avril et de mai; la Gazette, p. 311-324; les Lettres historiques de Pellisson, t. II, p. 230-240; la Correspondance de Bussy-Rabutin, t. III, p. 242-246; Guillaume III, par le comte de Lort-Sérignan, p. 248-256; les Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. VIII, p. 338, etc. Il y a un plan de la bataille dans Y Histoire militaire de Quincy, et les correspondances et les relations sont dans le vol. 545 du Dépôt de la guerre.
2. Prieuré d'Augustins, sur la commune actuelle de Nord- Peene.
il fut même emporté par les fuyards assez loin. Voyant alors l'impossibilité de rétablir le combat, il fît, avec son aile droite de cavalerie, une retraite qui parut belle, mais qui fut facile, parce que Monsieur, qui fit fort bien en ce combat, ne voulut pas qu'on poursuivît l'ennemi et lui fit un pont d'or, disant qu'il vouloit prendre Saint-Omer à coup sûr et ne pas se mettre au hasard de faire ressembler cette journée à celle de Seneffe^ ; paroles et conduite très sages, mais qui ne laissoient pas d'être mortifiantes pour Monsieur le Prince, qui s'étoit déjà retiré à Chantilly, ne pouvant plus supporter les hauteurs de M. de Louvois, qui, de son côté, fut ravi d'être défait d'un homme pour lequel il étoit obligé d'avoir des égards et qui le contraignoit.
Prise de Saint-Omer et de la citadelle de Cambray. — Monsieur revint, après sa victoire, achever le siège de Saint-Omer, qui dura encore huit jours ^. Il en sortit environ trois mille hommes sous le prince de Robecque^, qui en avoit été gouverneur. Ce siège et la bataille coûtèrent trois mille hommes au Roi, qui se rendit maître, à pareil jour que Saint-Omer, de la citadelle de Cambray. Elle ne laissa pas que de coûter du monde : on y perdit M. le marquis de Renel, de la maison de Clermont d'Amboise, lieutenant général et mestre de camp général de la cavalerie légère^. Ce