Sur la Seille, à deux lieues en aval de [Vomény
serré, les coups qui manquoient les premiers attrapoient les autres. La nuit venue, M. de Lorraine songea à se tirer du péril auquel il s'étoit exposé; il décampa à la sourdine pour se retirer dans son vieux camp, et y arriva en bon ordre, sans que son arrièregarde pût être chargée.
La manœu\Te que le maréchal de Créquy venoit de faire donna à penser qu'il s'étoit avancé sur l'ennemi dans l'intention seulement de l'obliger à quitter la Lorraine, où, quoiqu'on eût pourMi à tout, son séjour ne laissoit pas de donner de l'inquiétude. [Effectivement cela lui réussit ; car, comme il avoit fait jeter des ponts sur la Seille, derrière la gauche de son armée, les convois de vivres, que les ennemis étoient contraints, par le bon ordre qu'on avoit mis dans le plat pays, de tirer de Trêves, éloigné d'eux de vingt lieues, ne pouvoient leur arriver qu'avec un grand péril,] étant nécessités de passer le long du flanc de l'armée du maréchal, toujours prête à tomber sur eux par le moyen de ses ponts. Cette difficulté, jointe à tout ce qu'avoient souffert les Impériaux de l'éloignement de leurs vivres, obligea M. de Lorraine à leur faire repasser la Seille et à mai^cher pour les en rapprocher. En faisant chemin, la tête de son armée tomba sur les redoutes qui couvroient les ponts de cette rivière, que le maréchal de Créquy n'avoit pas encore rompus. Il y eut à ce sujet une grosse escarmouche, dont le canon se mêla. Cependant les ponts furent rompus, et l'armée impériale continua sa marche du côté de Metz. Le maréchal alla, ce jour-là même, camper vis-à-vis d'eux, la Seille entre les deux camps. Le lendemain, les Impériaux continuèrent leur route, vinrent passer
près de Metz, où ils tirèrent quelques coups de canon, et se campèrent depuis le château d'Ennery* jusques vers Metz, ayant la Moselle en tète. Le maréchal de Créquy passa aussitôt la rivière sur les ponts de Metz et se campa vis-à-vis, depuis le village d'Hagondange^ et un peu au-dessus jusques près du château de Ladonchamps^, faisant aussi face à la rivière. De là, il envoya quelques troupes à M. de la Haye, lieutenant général^, qui commandoit à Thionville, avec ordre de tenter d'enlever les convois des ennemis, qui venoient toujours de Trêves. M. de la Haye se mit en campagne et tomba sur un de ces convois, qui fut fort endommagé; mais le pauvre M. de la Haye y perdit la vie^.
Les Impériaux demeurèrent environ trois semaines dans leur même camp, où ils furent fort harcelés par les paysans du pays Messin, qui tuoient ceux qui s'en écartoient et prenoient quantité de chevaux au décamper. Les Impériaux, ayant rencontré des barrières partout, allèrent traverser la Moselle sur des ponts
1. A trois lieues au nord de Metz, à peu de distance de la rive droite de la Moselle.
2. A quatorze kilomètres au nord de Metz, sur la rive gauche de la rivière.