XVIII NOTICE PRÉLIMINAIRE
formise dans une narration réglée et compassée, qui n'est guère plus développée pour les armées où l'auteur se trouvait que pour celles qui opéraient dans une région très éloignée, en Italie ou en Espagne par exemple. L'historien s'est substitué, — malheureusement, — au mémorialiste et au conteur, et nous devons le regretter, parce que nous n'avons plus qu'un froid récit d'événements presque toujours bien connus par ailleurs, au lieu d'une narration vivante et primesautière, dont l'intérêt et la valeur historique auraient été très supérieurs. Cette différence dans la rédaction doit avoir pour cause que, pour la période qui se termine à la paix de Ryswyk, Saint-Hilaire avait dû prendre des notes et recueillir des « mémoires », ce qu'il n'a pas fait sans doute, ou n'a pas eu les mojens et le loisir de faire, pour la guerre de la Succession d'Espagne ; il a dû alors se contenter des relations publiées et même peut-être tout simplement de la Gazette. Il est très étonnant cependant qu'il n'y ait inséré presque aucun souvenir personnel, et fort peu de ces traits qui caractérisent le témoin oculaire. Sauf dans quelques circonstances fort rares, et particulièrement lorsqu'il veut justifier sa conduite, il est impossible de savoir, en lisant cette troisième partie, si le narrateur accompagnait l'armée de Flandre ou celle d'Italie, s'il servait sur le Rhin ou en Catalogne, ou s'il était simplement à Paris. Cette manière de faire paraît l'effet d'une volonté déterminée : Saint-Hilaire a voulu écrire l'Histoire des guerres de son temps et non point des Mémoires de sa vie ; c'est pour cela que nous avons dit plus haut que le titre de Mémoires de Saint-Hilaire ne nous paraissait pas exact; celui d'Histoire des guerres de Louis XIV, ou tout autre exprimant la même idée, leur conviendrait mieux.
Le récit, dans cette troisième partie, présente cependant
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des inégalités qu'il est bon de signaler et qui, pour un historien de profession, mériteraient quelque reproche. Le développement de certains faits est exagéré; d'autres d'égale importance sont condensés en quelques lignes. Cela est frappant surtout pour les sièges de places fortes : nous en trouvons, par exemple ceux de Verrue et de Verceii en 1704- 1705 et de Lille en 1708, qui sont exposés dans tous leurs détails et presque jour par jour, tandis que celui de Barcelone en 1706, pour n'en citer qu'un, est mentionné en quelques phrases. La cause doit en être dans l'inégale récolte des matériaux du travail ; quand l'auteur avait en main un journal ou une relation détaillée, il l'utilisait; s'il n'en avait pas, il s'en passait.
Ceci nous amène à examiner sur quels documents Saint- Hilaire a échafaudé son récit, à quelles sources il a puisé. Il y a lieu de faire encore une distinction entre les deux premières parties d'une part et la troisième de l'autre. Nous avons déjà dit que les parties I et II ont un caractère plus personnel que la dernière ; l'auteur s'y met plus volontiers en scène ; ses souvenirs et les « mémoires » qu'il avait gardés sont donc à la base du récit des événements auxquels il a pris part. Pour ceux qu'il n'a pas connus par lui-même, il a utilisé parfois des relations particulières qui lui avaient été communiquées; nous en avons relevé, chemin faisant, des traces manifestes, et l'exemple le plus frappant en est probablement la description de la position du prince de Bade, près d'Heilbronn, sur la rive droite du Neckar, au commencement d'août 1693 (tome II, p. 304-305). Mais, pour ne pas errer dans la succession chronologique des faits, il a dû avoir un guide permanent, et nous croyons qu'il l'a trouvé dans les correspondances et les Extraordinaires de la Gazette de France. C'est là qu'il a rencontré les dates, les faits, les