‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 160 sur 187 · M. de Créquy fit miner le château, qui se rendit le · texte numérisé non relu

M. de Créquy fit miner le château, qui se rendit le

distingué particulièrement en cette campagne par des actions fermes et de bonne volonté ^ Je puis dire qu'il fut fort regretté.

Après cette expédition, l'armée du Roi remonta sur le Rhin, pour tirer sur Brisach. En passant, le maréchal de Créquy ramena les garnisons qu'il avoit mises aux forts de l'Étoile et du Péage, qu'il fît raser, et on ne tarda plus guère de part et d'autre à entrer en quartiers d'hiver.

Les confédérés avoient aussi assemblé dans la Basse- Allemagne une armée de seize à dix-huit mille hommes ; le maréchal de Schonberg fut envoyé pour s'y opposer et forma un corps de dix à douze mille hommes, tant des troupes qu'il amena de France que de celles qu'il tira de la garnison de Maëstricht. Après avoir voltigé aux environs d'Aix-la-Chapelle, il alla camper au village d'Urmond, sur la Meuse 2, où il tint un pont de bateaux. Il fit faire aussi de bons retranchements à la tête de son camp, qui, sans cela, eût été très

15 octobre [Gazette, p. 859-860 et 871; Histoire militaire, p. 611; vol. Guerre 609).

1. L'intendant Bazin écrit le 15 octobre (vol. Guerre 609, n''32) : « Le château de Lichtenberg se défend toujours bien... 11 y a beaucoup d'officiers qui y sont tués ou blessés;... Saint- Hilaire, commissaire d'artillerie, y reçut un coup de canon qui lui emporte les chairs du bras et lui coule tout du long du côté. » Et le maréchal de Créquy, le même jour (n° 34) : « Hier, en visitant un endroit mal reconnu, MM. de Saint- Hilaire et de Tracy, qui étoient avec moi, furent blessés d'un coup de fauconneau, le premier assez considérablement et l'autre légèrement. » Le jeune Saint-Hilaire mourut quelques jours plus tard.

2. Sur la rive droiie du fleuve, entre Maëstricht etMaseijck.

mauvais, à cause de sa situation, et bien lui en prit; car les ennemis l'y vinrent attaquer et furent arrêtés par ses retranchements, devant les({uels ils se mirent en bataille à demi-portée de canon, pendant deux fois vingt-quatre heures, sans oser rien entreprendre. Puis ils se retirèrent vers le Rhin, après avoir détaché M. Ghauvet, l'un de leurs généraux ^ qui, avec quatre ou cinq mille chevaux, alla joindre le prince d'Orange en Flandres.

M. de Schonberg, n'ayant plus d'ennemis en tète, revint à Maëstricht, où il fit rentrer la garnison, et y reçut un courrier de la cour qui lui apportoit l'ordre de passer à Stenay, sur la Meuse, avec son état-major et un régiment de dragons, et d'envoyer toutes ses autres troupes à M. de Luxembourg, en Flandres.

Surprise de Leiue. — Peu de temps après que M. de Schonberg fut parti de Maëstricht, M. de Calvo, qui y commandoit, forma sur la ville de Lewe^ une entreprise qui réussit fort heureusement. Il en chargea M. de la Bretesche, colonel de dragons^, qui sortit un

1. Jérémie Chauvet, d'abord capitaine de cavalerie au service de l'électeur palatin, passa vers 1660 à celui des princes de Brunswick, eut le grade de général-major en 1675, devint maréchal de camp général en 1693 et mourut en 1699, à quatre-vingt-dix ans.

2. Lewe, Lewen ou Leaw, dans le Brabant, à quatre kilomètres de Louvain, sur les frontières du pays de Liège, était défendue par une ceinture de marais.

3. Esprit de Jousseaume, marquis de la Bretesche (1638- 1706), avait un régiment de dragons depuis 1675; il parvint en 1693 au grade de lieutenant général. Saint-Simon [Mémoires , éd. Boislisle, t. II, p. 172-174) raconte une autre expédition dont la Bretesche fut chargé en 1694 et dont il se tira à son honneur.

soir de cette ville avec six ou sept cents hommes choisis et quelques bateaux de paille enveloppés de toile cirée, qu'il avoit fait préparer pour passer le fossé ; mais ils lui furent inutiles ; car, étant arrivé sur le bord du fossé de la citadelle de Lewe vers le minuit sans être découvert, ses gens trouvèrent une lame de terre qui, en traversant le fossé, servoit à retenir les eaux, et qui leur donna un passage plus sûr et plus aisé. De là ils montèrent sur le rempart, qui étoit bas, et entrèrent dans la citadelle, où ils ne trouvèrent que trente hommes, qui ne firent aucune résistance. Il y avoit dans la ville un régiment de Cravates démonté, qui prit les armes et vint se poster dans l'avenue de la ville à la citadelle. M. de la Bretesche fit tirer dessus quelques coups de canon, et faisoit encore escarmoucher contre eux, quand M. de Calvo, qui étoit aussi sorti de Maëstricht, arriva avec un corps de cavalerie et de dragons. Alors les Cravates abandonnèrent leur poste et se retirèrent dans une église. Les troupes entrèrent dans la ville, et les Cravates se rendirent prisonniers de guerre ^ M. de la Bretesche en eut le gouvernement, [et le méritoit bien; car c'est un fort honnête homme, plein de valeur et de bonne conduite^], qui fut, peu de temps après, pourvu de celui

1. Cette escalade se passa dans la nuit du 3 au 4 mai [Histoire militaire, p. 588-589; Gazette, p. 424 et 426-427). Le gouverneur, Don Jérôme Hernandez, se rendit avec sa garnison. Les jours suivants, le prince d'Orange prépara une expédition pour reprendre la place; mais il ne donna pas suite à son projet. On trouve dans le volume 598 du Dépôt de la guerre (n"" 28, 29, 34, 41, 43 et 44) les lettres de M. de Calvo et diverses pièces relatives à la prise de la ville.

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