Partisan distingué, qui avoit acquis une capacité éten
de Hombourg\ fait maréchal de camp, ensuite lieutenant général, et il a très bien servi le Roi en cette qualité, dans son armée d'Allemagne.
Campagne de Flandres. — La campagne se continuoit en Flandres par le blocus de Mons. M. de Luxembourg, qui commandoit l'armée, voltigeoit tout autour pour empêcher le prince d'Orange d'y introduire aucun secours-, et ce prince, de son côté, tàchoit de lui faire prendre le change, en lui donnant jalousie sur quelques-unes de nos places ; mais ce fut inutilement.
Le Nord. — Du côté du Nord, les Suédois reprirent sur les Danois, au commencement de la campagne, l'ile de Riigen et Christianstadt^ ; mais les affaires changèrent bientôt de face; car les Danois et les Brandebourgeois regagnèrent non seulement ce qu'ils venoient de perdre, mais enlevèrent encore aux Suédois les villes d'Helsingborg, le Bohus, Stralsund, Dammgarten et Greifswald^
Les dernières conquêtes que le Roi avoit faites en Flandres, et surtout la prise de Gand, déterminèrent
due, et en qui le maréchal de Lorge se fîoit fort » [Saint- Simon, éd. Boislisle, t. II, p. 173).
1. Hombourg, dans le duché de Deux-Ponts, sera pris par les Français en 1679, et deviendra même le siège d'une intendance frontière jusqu'en 1698.
2. M. du Montai intercepta, dans le courant d'avril, un important convoi que le prince d'Orange y envoyait.
3. En Scanie, à deux milles de la mer. Cette ville avait été bâtie en 1600 par Christian IV, roi de Danemark.
4. Les trois dernières villes sont situées dans la Poméranie; le Bohus est une petite province de Norvège, sur le Skager- Rack, dont la ville principale est Marstrand.
les Hollandois à mettre ordre à leurs affaires particulières par une bonne paix, d'autant plus que leurs alliés ne se pressoient pas d'y concourir, se flattant toujours que l'Angleterre se déclareroit en leur faveur, et qu'alors les affaires changeroient de face. On reprit donc si vivement les négociations à Nimègue entre les ministres de France et de Hollande, que toutes les difficultés furent bientôt aplanies, jusque-là que M. Van Beverningk', un des plénipotentiaires des États-Généraux, alla lui-même trouver le Roi^ et convint avec lui des conditions de la paix et d'une cessation d'armes pour six semaines, afin de donner temps aux Allemands et aux Espagnols de se résoudre; mais elle n'eut point lieu, à cause du contretemps qui survint, et dont je parlerai bientôt.
On rendoit en Flandres, aux Espagnols, Gand, Audenarde, Gourtray, Ath, Charleroy et Binche, avec leurs dépendances. Le Roi témoigna même tant d'égards pour les Hollandois, qu'il déclara que, quand même les Espagnols n'accepteroient pas la paix, il prendroit soin qu'on laissât en Flandres la barrière qu'ils jugeoient nécessaire pour leur sûreté, et que, la paix étant faite entre les deux États, il seroit toujours
1. Jérôme Van Beverningk, né en 1614, fut d'abord bourgmestre de Tergau, sa ville natale, puis député de Hollande aux Etats généraux (1651), ambassadeur en Angleterre (1653) et trésorier général des Provinces-Unies de 1654 à 1665; plénipotentiaire hollandais pour le traité d'Aix-la-Chapelle, il eut une mission en Espagne en 1671, fut élu en 1673 curateur de l'académie de Leyde, et, après les négociations de Nimègue, il se retira de la vie publique jusqu'à sa mort, en 1690.
2. Au camp de Deynse, dans les premiers jours de juin [Histoire de Loui'ois, p. 503-504).
prêt à entrer avec eux dans les engagements qu'ils croiroient propres à conserver à jamais leur repos et leur liberté.
Cette déclaration, qui devint publique', acheva de confirmer les soupçons qu'on avoit donnés aux Hollandois contre le prince d'Orange. Ses ennemis surent s'en prévaloir et entraînèrent le peuple à vouloir la paix à toute force. Les oppositions que fit le prince d'Orange, à moins qu'elle ne devînt générale et que lous les confédérés ne fussent contents, ne servirent qu'à le rendre plus suspect, [tellement que l'inclination et les cris du peuple pour la paix se répandirent dans la province d'Hollande, d'où ils passèrent subitement dans toutes les autres de cet État].
Cependant le roi d'Angleterre paroissoit assez indifférent pour la paix, afin de complaire à son peuple, qui souhaitoit fort d'entrer en guerre. L'Espagne étoit forcée, par ses mauvais succès, sa foiblesse, et par l'abandon dont elle étoit menacée de la part des Hollandois, de témoigner quelque inclination pour la paix^. Mais l'Empereur, le roi de Danemark et les autres alliés y demeuroient si opposés, qu'ils en vinrent à de sanglants reproches contre la république de Hollande, et les publièrent dans leurs déclarations, qui contenoient en substance tout ce qu'ils avoient perdu ou hasardé pendant cette guerre, com-
1. Le Roi eut même soin de la faire imprimer et répandre dans les Pays-Bas.
2. Les correspondances de la Gase^^e racontent des émeutes qui eurent lieu à Bruxelles, pendant lesquelles la populace pilla plusieurs maisons de membres du conseil des Pays-Bas qui étaient hostiles à la paix.
mencée uniquement, disoient-ils, pour la conservation des Pro\'inces-Unies. Ils ajoutoient qu'ils ne refusoient pas d'entrer en traité avec la France et de faire la paix à des conditions sûres et raisonnables, mais qu'ils aimoient mieux tout risquer que d'accepter celles qu'on leur proposoit et de souffrir qu'on leur imposât des lois comme à des vaincus. Ils insistoient principalement touchant la Lorraine, que la France ne vouloit rendre à son prince qu'en échangeant Nancy avec Toul et en se conservant en toute souveraineté des chemins au travers de ce duché, [qui en aliéneroient la meilleure partie et le rendroient un État imaginaire^].
Cet orage, excité par les alliés, n'émut guère les Hollandois, qui continuèrent de travailler à leur traité particulier, ne s'attachant pour leurs intérêts propres qu'à ceux de l'Espagne, que la nécessité contraignoit ; mais il survint un incident qui faillit renverser tout l'ouvrage [et engager l'Angleterre, de manière que la guerre se seroit renouvelée avec plus d'animosité et d'égalité qu'auparavant].
La France s'étoit bien obligée, dans le projet de traité, de rendre aux Espagnols les six villes que j'ai nommées^; mais elle n'avoit pas marqué précisément le temps de cette restitution, et, comme on voulut la faire expliquer, elle déclara qu'elle n'entendoit la faire que quand la Suède auroit été satisfaite sur ce qui avoit été pris sur elle pendant cette guerre.
L'Espagne et la Hollande, au contraire, comptoient
1. Voyez la longue note donnée sur ce sujet par M. de Boislisle dans son édition des Mémoires de Saint-Simon, t. II, p. 4.