Ci-dessus, p
que cette restitution se feroit aussitôt après l'échange des ratifications, quand même les autres alliés n'accepteroient pas la paix. Cette contestation arrêta tout court la signature du traité, et les Hollandois en informèrent le roi d'Angleterre par un exprès, qui eut ordre de presser le monarque de se déclarer sur un point dont dépendoit le repos de la chrétienté et la sûreté de la Flandre en particulier, à laquelle l'Angleterre ctoit si intéressée.
Sur cette nouvelle, le roi de la. Grande-Bretagne et son Conseil parurent déterminés à entrer en guerre. Le roi conclut avec tous les alliés un traité *, par lequel il s'engageoit de fournir sur mer, contre la France, un tiers plus de vaisseaux qu'eux, et sur terre un tiers moins de troupes que la Hollande, en cas que la France, devant le 1 0 août suivant, ne se relâchât pas absolument sur le temps de la restitution des six villes, et il envoya ordre à ses troupes débarquées en Flandres de joindre l'armée du prince d'Orange. On compta alors la paix absolument rompue ; car les Hollandois refusèrent d'entrer dans de nouvelles négociations sur cet article, quoique Louis XIV offrît de s'avancer à Saint-Quentin ou à Gand pour en traiter en personne avec de nouveaux députés, qu'il demanda.
[On crut d'ailleurs qu'il ne se relàcheroit jamais sur la satisfaction de la Suède, et que l'Angleterre étoit absolument embarquée, quoique les plus éclairés n'en fussent pas persuadés. Aussi ne se trompoient-ils pas] ; car, presque dans le même temps, il
1. Ce traité fut signé le 26 juillet [Corps diplomatique, t. VU, V" partie, p. 348).
arriva d'Angleterre à Nimègue, aux ambassadeurs médiateurs de cette couronne, un paquet de dépêches, dont le contenu fut diMilgué à dessein par celui qui l'apporta, avant même de leur remettre. Elles contenoient un ordre précis à ces ambassadeurs de faire les derniers efforts pour porter les ministres de Suède à déclarer à ceux de France qu'ils coosentiroient non seulement que le Roi fit évacuer les six villes, mais même que, pour le bien commun de la chrétienté, il oubliât, quant à présent, les intérêts de leur couronne, afin que cette paix ne fût point différée, sous la promesse que la France, dès que la paix seroit signée, feroit les derniers efforts pour obtenir à la Suède la restitution de tout ce qu'elle avoit perdu. Ces instances, publiées avec tant d'affectation, servirent à manifester à toute la Hollande qu'elle ne devoit faire aucun fonds sur l'alliance conclue avec le roi d'Angleterre, et c'étoit là le but principal de cette dépêche. Cependant il n'y eut encore rien de déterminé sur le point contesté. Enfin le 10 août arriva, jour fameux qui devoit décider ou de la paix ou de la continuation de la guerre. M. Boreel, député d'Amsterdam^, fut dès le grand matin chez MM. le maréchal d'Estrades, d'Avaux^ et Colbert de Croissy^, plénipotentiaires de
1. Jacques Boreel, sénateur et bourgmestre d'Amsterdam, avait eu une mission en Moscovie en 1665; il mourut le 19 mars 1691, grand bailli de Putten.
2. Jean-Antoine de Mesmes, comte d'Avaux (1640-1709), avait déjà été envoyé comme ambassadeur à Venise en 1672; il le fut plus tard en Hollande (1679) et en Suède (1692).
3. Charles Colbert, marquis de Croissy (1625-1696), frère du ministre, devint secrétaire d'Etat des affaires étrangères en 1679, lors de la disgrâce de Pomponne.
France, et eut quelque conférence avec eux. Incontinent après son départ, les trois ambassadeurs allèrent chez ceux de Hollande et leur déclarèrent qu'ils avoient reçu ordre de Sa Majesté de se relâcher sur la Suède, d'acquiescer à l'évacuation des six villes et de signer la paix. Cette déclaration, à laquelle les plénipotentiaires ne s'attendoient pas, les surprit, et ceux d'entre eux qui étoient les moins bien disposés voulurent contester sur quelques articles; mais M. Van Beverningk aplanit toutes les difficultés, et le traité fut mis au net avec toute la diligence possible.
Les ambassadeurs de France allèrent ensuite chez ceux d'Angleterre pour leur communiquer cette importante nouvelle et leur offi^ir de signer le traité chez eux, afin qu'ils y eussent la part qui étoit due à la médiation d'Angleterre. Ceux de Hollande y vinrent aussi pour le même sujet; mais, de plus, M. Van Beverningk se plaignit fort des incertitudes et des contretemps de l'Angleterre. Les ministres de cette couronne s'excusèrent de paroître dans le traité, sur ce que leurs instructions portoient seulement de procurer une paix générale et ne leur permettoient pas d'assister à la conclusion de ce traité particulier, qui ne laissa pas d'être signé à Nimègue, le même jour, entre onze heures et minuit, par les plénipotentiaires de France et ceux des États-Généraux des Provinces-Unies.
Traité de paix entre la France et la Hollande signé à Nimègue. — Il contenoit dans ses principaux articles, outre la restitution stipulée pour l'Espagne, celle de Maëstricht et de ses dépendances en faveur des Hollandois. Les autres regardoient le conmierce, et les intérêts du prince d'Orange en ce qui concernoit sa
principauté et les terres qu'il possédoit en France ^ .
Combat de Saint-Denis^. — Quoique toutes les apparences soient, et, je puis même dire, qu'il soit certain que ce prince eut avis de la paix au plus tard le surlendemain qu'elle fut signée, il ne laissa pas que d'engager un combat le 14 août avec l'armée du Roi, commandée par M. de Luxembourg, espérant, s'il lui réussissoit, que cette paix n'auroit point lieu, [ou autrement de témoigner aux alliés que, cette paix s'étant faite malgré lui, il avoit fait tout ce qui étoit en son pouvoir pour la rompre^].
M. de Luxembourg campoit sur la bruyère de Casteau^, sa droite vers l'abbaye de Saint-Denis^, où il
1. Le texte du traité avec la Hollande se trouve dans le Corps diplomatique de Du Mont, t. VII, f^ partie, p. 350-355, avec les protestations de l'électeur de Brandebourg et du roi de Danemark. M. Henri Vast, dans ses Grands traités du règne de Louis XIV [t. II, p. 22-142), en a donné une nouvelle édition d'après les originaux du Dépôt des Affaires étrangères; il y a joint un exposé des négociations et une bibliographie étendue.
2. Sur cette bataille, on peut voir la relation de ï Histoire militaire, p. 590-595, celle de la Gazette, p. 747-748 et 757- 758, V Histoire de Louvois, p. 516-528, et surtout le récit de M. de Ségur dans le Maréchal de Luxembourg et le prince d Orange, p. 492-538, avec une bonne carte du terrain.
3. C'est exactement ce que dit le mémoire inédit de Chamlay cité par M. de Ségur, p. 494. Il semble bien établi que Guillaume d'Orange connaissait la signature de la paix lorsqu'il livra la bataille [ibidem, p. 495-500).
4. Cette localité et celles dont les noms vont suivre sont situées dans la région nord-est de la banlieue de Mons, dans un rayon d'une à deux lieues.
5. Saint-Denis-en-Brocqueroye, abbaye de bénédictins fondée en 1081 par une comtesse de Hainaut.
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s'étoit lo<^é, et sa gauche aux marais. Il avoit derrière lui les bois de Mons et de Glin, (ju'il couvroit, aussi bien que Nimy, où il avoit des quartiers qui servoient au blocus de Mons, et il se trouvoit à portée du poste d'Obourg et des ponts qu'il avoit fait faire pour passer la rivière de Haine, en cas qu'il en fût besoin.
Le front de l'armée étoit couvert par un grand fond escarpé des deux côtés en précipices, et ce double escarpement étoit encore planté de bois sur sa droite. Il se trouvoit aussi dans ce fond un ruisseau qui formoit un étang près de l'abbaye ; plus haut, où le bois finissoit, étoit un petit pont et un moulin sur le ruisseau ; plus haut encore il y avoit un grand chemin assez difficile qui descendoit de la bruyère où étoit le camp dans le fond, et remontoit la plaine de Thieusies. C'est ce qu'on appelle le défilé du Gasteau, à cause de ce village, qui est situé sur le penchant de la hauteur, du côté de la bruyère ' .
M. de Luxembourg, qui savoit que la paix étoit signée, ne se tenoit plus guère sur ses gardes et ne s'attendoit pas à donner ce jour-là un combat qui pouvoit changer la face des affaires. Il dînoit tranquillement dans l'abbaye-, lorsqu'on vint lui dire que l'ar-
1. L'exactitude de tous ces détails topographiques se vérifie facilement sur la carte reproduite dans l'ouvrage de M. de Ségur.
2. Ce détail, quoique les chansonniers du Pont-Neuf s'en soient emparés, semble inexact. M. de Ségur s'est efforcé d'établir que le maréchal de Luxembourg ne fut pas surpris au sens absolu du mot; mais il ne s'attendait pas à être attaqué, et il en résulta un certain désordre au début du combat : c'est ce qui ressort des divers récits. Il faut se rappeler que notre auteur n'était point présent à cette bataille ; il servait alors en Allemagne.
mée des ennemis paroissoit dans la plaine de Thieusies et qu'elle marchoit à lui. Il crut d'abord que cela ne pouvoit pas être, et ne laissa pas que d'envoyer ordre à une brigade d'infanterie qui couvroit son quartier du côté de Thieusies de décamper promptement et de venir repasser le défilé près de l'abbaye, afin de rejoindre l'armée, à laquelle il donna ordre de prendre les armes.
Quoique cette brigade fit diligence de suivre son ordre, elle ne laissa pas d'être atteinte par les ennemis, dans le fond près de l'abbaye, et poussée jusqu'à mi-côte le long du chemin qui venoit du camp à l'abbaye; mais M. de Luxembourg, arrivant fort à propos avec un corps d'infanterie, dégagea cette brigade, et il se donna en cet endroit un grand combat, où il y eut bien du monde de tué de part et d'autre. Les ennemis furent rechassés dans le fond, et l'on en fit un grand carnage. Ils voulurent faire encore quelques tentatives de ce côté-là; mais on s'y maintint toujours avec beaucoup d'avantage. Le combat se ralentit et dégénéra en simple escarmouche ^
On vint dire à M. de Luxembourg que les ennemis s'étendoient du côté du pont d'Obourg, gardé par M. du Montai, qui commandoit le blocus de Mons^. Comme il y avoit apparence qu'ils feroient de grands
1. Tout ce récit et celui qui va suivre sont absolument conformes aux deux relations de la bataille que rédigea le maréchal et que M. de Ségur a longuement citées, d'après les volumes 601 et 602 du Dépôt de la guerre.
2. Dès le milieu de mai, le maréchal d'Humières avait insulté les dehors de cette place et pris plusieurs redoutes, et, au commencement de juin, la ville avait été complètement bloquée [Gazette, p. 463 et 532).
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eftorts pour tâcher de dégager cette ville, M. de Luxembourg envoya la seconde ligne sur la Haine, afin c|u'elle fût à portée de joindre M. du Montai, s'il étoit nécessaire. Les ennemis, qui ne faisoient qu'une feinte pour faire diversion, se rabattirent sur le défilé du Gasteau, poussèrent vivement les François, s'emparèrent de l'église, du château, d'une partie du village et du pont du moulin. Alors M. de Luxembourg fit revenir la seconde ligne en grande diligence, et, dès qu'elle fut arrivée, il fit charger vigoureusement les ennemis, qui perdirent beaucoup du terrain. A cette charge, il en succéda une seconde, qui chassa les ennemis de tout le village et des haies du Gasteau. Gette action et la nuit qui survint mirent fin au combat, et M. de Luxembourg se retira en très bon ordre sur Mons, pour empêcher qu'on n'y jetât aucun secours.
Le prince d'Orange se logea à l'abbaye de Saint- Denis. On combattit avec toute la valeur possible de part et d'autre. Entre les ennemis, les Anglois se distinguèrent particulièrement, et les deux généraux firent à l'envi l'un de l'autre tout ce qui se pouvoit attendre de leur valeur et de leur capacité : l'un vouloit effacer la honte et le reproche d'avoir été surpris, et l'autre, par un combat décisif, empêcher la ratification de la paix ; mais il ne fit qu'un sacrifice à son honneur et à ses alliés, dont sept à huit mille hommes furent les victimes.
Le lendemain du combat, le prince d'Orange envoya dire à M. de Luxembourg qu'il venoit de recevoir avis de la signature de la paix ^ et demanda de s'aboucher
1. Ce fut M. Dijckweldt, député des Etats-Généraux à l'ar- I 20
le même jour avec lui entre les deux camps ^ M. de Luxembourg se rendit avec une nombreuse cour au lieu dont on étoit convenu, et, en abordant le prince d'Orange, il le salua très profondément. On remarqua que ce prince, en lui rendant son salut, ne se baissa point, et qu'il ne distingua, parmi les officiers généraux qui avoient accompagné M. de Luxembourg, que M. du Montai, auquel il parla avec de grands témoignages d'estime^. Après cette conférence, les armées ne tardèrent pas à se retirer, chacune dans les pays de la dépendance de leurs maîtres ; le blocus de Mons fut levé, et la paix ratifiée. Le prince d'Orange retourna en Hollande et ne prit aucune part dans les traités de paix qui succédèrent.
Traité de paix entre la France et V Espagne. — Le premier fut celui d'Espagne, dont les États-Généraux étoient médiateurs. On le signa à Nimègue le 17 septembre^, et par ce traité, outre les six villes et leurs dépendances, les Espagnols eurent encore le duché de Limbourg, dont la capitale fut démolie, la ville de Lewe, Puigcerda et Saint-Ghislain, qui furent aussi rasés. Le roi d'Espagne s'engagea à faire consentir l'évêque de Liège* d'abandonner Dinant à la France et
mée, qui vint trouver le maréchal (lettre de Luxembourg à Louvois citée par Rousset, p. 529).