‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 180 sur 187 · Vol. Guerre 610, n · texte numérisé non relu

Vol. Guerre 610, n

alloient au marché l'escopette sur l'épaule, et, les jours de fête, à la messe dans le même équipage, les laissât embarquer tranquillement, pour être le moment d'après à la discrétion des Espagnols.

Outre cet intérêt qui touchoit les malvices, il y avoit encore celui de ceux que l'on nommoit merles. Les premiers, quoiqu'à regret, eussent mieux aimé tâché d'affoiblir leur crime et ménager leur pardon par la défaite des François que d'abandonner leur patrie, leurs familles, et venir en France fort incertains de leur fortune. Les derniers eussent volontiers couronné leur fidélité par de secondes Vêpres siciliennes.

Le peuple de Messine est très spirituel, très méfiant, fort glorieux, et surtout bien persuadé que Messine est la capitale du monde. Les deux tiers des bourgeois et de la noblesse ont pour occupation de s'assembler sur la place du Change, deux ou trois fois le jour, pour raisonner sur ce qu'ils savent et sur ce qu'ils imaginent.

Toutes ces circonstances rendoient l'affaire difficile ; mais ce qui paroissoit insurmontable, c'étoit la brièveté du temps; car il falloit finir en cinq semaines...

Outre toutes ces oppositions, il s'en présentoit encore une considérable, qui étoit de faire agir chacun comme de concert pour l'embarquement, sans néanmoins se confier à personne, non qu'il n'y eût des sujets capables de garder un secret, mais S. M. crut qu'il ne falloit point faire de confidence, et commanda au duc de la Feuillade de ne s'en ouvrir que quand il ne pourroit plus s'en défendre. Chacun croira aisément qu'il étoit dangereux que les ennemis eussent connoissance du dessein ; mais ce qui étoit bizarre , c'est que trois années à Messine avoient donné à la plupart des François ou des maîtresses, ou des amis intimes, ou un mélange d'intérêt par le commerce, ce qui demandoit un redoublement d'application pour les éloigner de la pensée d'une retraite...

La (Hiricullé éloil de rassembler les troupes et de faire goûter aux Messinois qu'on abandonnât ou dégarnît les postes, et de trouver des prétextes pour embarquer la cavalerie, les malades, les bagages de tous les officiers, tous les agrès et vivres destinés pour les vaisseaux et galères et tout ce qui étoit dans des magasins particuliers pour les troupes de terre. On peut juger de la quantité des choses embarquées par les états que M. d'Oppède, intendant, a signés, qui se montent à cinq cent quatrevingt et tant de mille livres d'agrès, à quatre cent vingtsix mille livres de vivres pour la marine, à deux cent cinquante et tant de mille livres de vivres pour les troupes de terre, sans compter pour près de cinquante mille écus d'argent comptant et pour plus de vingt-cinq mille écus de farine, que ion a rapportée en France...

M. de la Feiiillade au Roi^.

[18 mars 1678.] Pour rendre compte h Votre Majesté de ma retraite, je lui dirai que, après avoir fait embarquer la cavalerie, les équipages des officiers généraux et autres, et tout ce qui étoit dans les magasins, tant pour la terre que pour la mer, avoir mis dans les vaisseaux, tant de guerre que de ceux dont je me voulois servir, des vivres pour six semaines et de l'eau, et dans les galères pour cinquante jours, et ne restant plus à Messine que mon seul équipage, ayant envoyé à Auguste des affûts de canon, des bœufs et des mulets, le tout pour le siège de Carlentine, j'ai envoyé, le 2 de ce mois, M. de Montauban à Taormini pour faire sauter les portes, tant de la ville que du château, et envoyé chercher par la marine quatre pièces de canon de 24, que M. de Vivonne y avoit fait porter des vaisseaux.

Page 1