‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 19 sur 187 · AVERTISSEMENTS · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENTS

La paix de Ryswyk étant survenue et m'ayant laissé un grand loisir, j'ai cru ne pouvoir mieux l'employer qu'à rédiger par écrit les principaux événements de mon temps, desquels j'avois conservé des mémoires. Ce n'est pas que j'aie la prétention d'écrire l'histoire, ni de rien donner au public. Je suis convaincu de mon ignorance, et je sais, par une connoissance assez distincte de moi-même, que je n'ai pas les talents nécessaires pour une aussi grande entreprise. Tout au plus, je me pourrois piquer d'une grande fidélité et d'avoir observé soigneusement toutes les choses ; [mais j'avouerai en même temps que je ne suis point savant des intrigues du cabinet, où se forgent, pour ainsi dire,

1. Les passages et paragraphes mîs entre crochets ne figuraient pas dans l'édition de 1766; ils ont été rétablis ici d'après les manuscrits. Je dois dire en outre que le texte a été profondément modifié, sinon comme fond, du moins comme forme, et ramené aux leçons primitives de l'auteur, qui avaient été corrigées par l'éditeur de 1766.

les ressorts secrets qui font mouvoir les princes, ces arbitres du genre humain, dont ils se jouent pour satisfaire à leurs passions ou à leurs intérêts, et y sont très souvent plus incités encore par ceux que leurs ministres y ont indirectement] .

Mon but est donc de me récapituler les guerres de mon temps, jusques aux moindres circonstances que j'en ai pu connoître, afin que, les ayant devant les yeux et dans l'esprit, je puisse profiter des bonnes instructions qu'un homme de guerre tel que je suis y peut puiser, et éviter les pas dangereux qu'on fait souvent autant et plus par faute d'attention et de réflexion que par malheur, [afin que, dans la suite, si quelque chose de considérable rouloit sur moi, je ne tombe pas dans de pareils inconvénients] et puisse encore servir de guide fidèle, pour l'introduction à la guerre et à l'histoire de mon temps, à ceux de ma famille qui me suivent, auxquels cet écrit pourra tomber un jour entre les mains.

Dans ces deux vues, je me suis attaché à des descriptions de terrains et à des détails d'actions où je me £uis trouvé, ou dont j'ai une parfaite connoissance, qui, autrement, seroient fort ennuyeuses et inutiles pour le lecteur. C'est un écueil que la plupart des historiens évitent soigneusement, quoiqu'il fût à désirer, pour l'instruction des gens de guerre qui peuvent lire, qu'ils s'étendissent un peu davantage sur ces matières; ou ils les coupent court, peut-être aussi parce que, n'ayant pas été du métier, ce détail leur est inconnu.

[Je me suis aussi imaginé qu'il n'étoit pas inutile d'entrelacer dans cet ouvrage quelques portraits des

principaux ministres qui, de mon temps, ont gouverné l'État sous le Roi. Leur influence a été trop grande pour ne pas les détailler, afin de donner d'abord une idée de leur ministère. Je m'en serois pourtant dispensé, si j'avois la moindre pensée que cet écrit pût devenir public ; car, outre la bienséance et le respect qui leur est dû, je sais que les hommes ne pardonnent jamais à ceux qui les ont fait voir dans tout leur jour, et que le ressentiment s'en conserve de postérité en postérité.]

[Je dépeins aussi les deux plus grands capitaines du siècle^l'un avec quelques défauts, que mille grandes qualités anéantissoient , l'autre infiniment au-dessus des autres hommes. Je m'en suis tenu à cet échantillon, n'en ayant point trouvé jusques ici qui en ait approché, et remettant à faire connoître les autres capitaines par leurs actions.]

[Je divise cet ouvrage en deux parties : la première commence à la mort du cardinal Mazarin, qui est proprement l'époque du commencement du règne du Roi, et finit à la paix de Nimègue inclusivement ; la seconde, à celle de Ryswyk. Si Dieu me donne plus de vie et du loisir, je me propose d'en écrire une troisième^.]

Il s'est passé de grandes choses pendant le long et mémorable règne sous lequel j'ai vécu. On verra que, sous un roi belliqueux et avide de gloire, la nation s'est confirmée dans la réputation de tenir, dans tout le monde, le premier rang pour la valeur, et qu'elle a

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