Le 17 août
port de mer, dont on lui avoit effectivement envoyé le projet.
Quelques troupes filèrent en cette province, sous prétexte d'aller commencer les travaux, et Sa Majesté partit pour s'y rendre, accompagnée des principaux de sa cour et de son Conseil. Arrivé à Nantes, M. Foucquet fut arrêté en sortant du Conseil et conduit, sous bonne garde, au château d'Angers, d'où, peu de temps après, il fut transféré à Vincennes, puis à la Bastille ^ Le Roi s'assura de Belle-îsle, changea le gouverneur et la garnison, et revint à Paris.
Alors il y eut un grand dérangement parmi tous les gens d'affaires. On en mit à la Bastille et dans d'autres prisons ; on établit une Chambre de justice à l'Arsenal, devant laquelle ils furent recherchés de leurs malversations ~. Il ne leur en coûta que de l'argent ; mais on les taxoit si haut, qu'on demandoit aux uns jusqu'à dix millions, aux autres moins, à proportion du maniement qu'ils avoient eu. MM. de Guénegaud^ et de la Bazinière*, l'un secrétaire d'État et
1. Les détails de l'arrestation et du procès de Foucquet ont été trop souvent rapportés pour qu'il y ait lieu d'y insister; outre les Mémoires du temps, on peut consulter les Mémoires sur Foucquet, par Chéruel, et Nicolas Foucquet, par M. J. Lair.
2. La Chambre de justice, créée en novembre 1661 et présidée par le chancelier Séguier, découvrit pour 380 millions de détournements; plus de cinq cents financiers furent condamnés à restitution.
3. Henri de Guénegaud, seigneur du Plessis, avait succédé au comte de Brienne, en 1643, comme secrétaire d'Etat. C'est seulement en 1669 qu'il consentit à se défaire de sa charge en faveur de Colbert.
4. Macé Bertrand, sieur de la Bazinière, a son historiette dans Tallemant des Réaux, t. VII, p. 426 et suiv.
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l'autre trésorier de l'Épargne, lurent aussi enveloppés dans cette ruine et mis à la Bastille. On pressa si bien toutes ces éponges, et l'on en tira de si grosses sommes, qu'elles suffirent non seulement pour acquitter les dettes du Roi, mais qu'il en eut un gros argent de reste.
Ce tut M. Colbert qui ordonna de toutes ces choses; car il avoit été installé à la place de M. Foucquet dès qu'il fut arrêté ; il eut aussi la charge de secrétaire d'État de M. de Guénegaud\ et il réussit si bien dans l'administration des finances, qu'en fort peu de temps les revenus du Roi montèrent au double par le bon ordre qu'il y mit.
Cependant la Chambre de justice travailloit au procès de M. Foucquet, et M. Colbert, qui vouloit le perdre, afin d'être plus assuré dans sa place, fournissoit toujours de nouveaux mémoires contre lui. Il n'en eut pourtant pas toute la satisfaction qu'il en espéroit ; car, soit que M. Foucquet fût puissamment secouru par ce grand nombre d'amis qu'il s'étoit acquis, soit que ses juges ne le trouvassent pas si coupable, ils le condamnèrent seulement au bannissement et à la confiscation de ses biens. On l'envoya en prison dans la citadelle de Pignerol, où il fut gardé très étroitement, et y mourut environ quinze ans après ^.
1. Ci-dessus, p. 12, note 3. Afin d'obliger M. de Guénegaud à céder sa charge à Colbert, on lui intenta un procès en restitution de sommes qu'il avait indûment, disait-on, reçues de Foucquet pendant la surintendance de celui-ci. Pour éviter la ruine, Guénegaud finit par céder et accepta les six cent mille livres que lui offrait Colbert [Journal d'Olivier cï Ormesson, t. II, p. 563; Mémoires de Gourville, t. II, p. 54).