Saint-Simon répète la même chose à diverses reprises
à eux seuls; il prit aussi les avis des principaux officiers militaires, et surtout de M. de Turenne, qui contrecarra souvent ces deux Messieurs, [pour lesquels il avoit beaucoup de méprisa Ils eurent le chagrin de voir leurs projets réi'ormés par ce général, qui en savoit plus qu'eux]. De là naquit cette rancune qu'ils ont du depuis témoignée contre lui, [Il est vrai que M. de Turenne ne s'en est jamais fort soucié et a continué de mépriser leurs personnes; mais ils lui ont revalu en toutes les occasions qu'ils ont voulu, et principalement dans les guerres suivantes, pendant lesquelles, pour satisfaire à leur ressentiment particulier, ils ont eu peu de souci du bien de l'État, en ne donnant que de petites armées à commander à M. de Turenne, lesquelles ils laissoient encore, le plus qu'ils pouvoient, manquer de toutes choses.]
Mais laissons à part ces réflexions, pour nous renfermer dans mon sujet. Je dirai que le Roi, ayant ainsi pris les avis, fit pour ses troupes plusieurs beaux règlements qui commencèrent à introduire cette belle discipline qui les a rendues les plus belles et les meilleures de l'Europe. Il renouvela aussi les anciennes ordonnances contre la fureur des duels et les mit si bien en vigueur, qu'on les peut dire éteints à présent. A l'égard de la justice, il fit dresser ce nouveau code que nous avons sous le nom de code Louis, et publia quantité d'ordonnances pour le bien public et le rétablissement d'une bonne police dans tout le royaume.
1. L'inimitié de Turenne et de Louvois a été signalée par tous les contemporains; voyez notamment les Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. XII, p. 294, et XV, p. 225. I 2
[Les parlements furent humiliés et réduits aux affaires ordinaires] , et, comme le cardinal Mazarin avoit marqué dans ses mémoires que le Roi ni ses ministres ne seroient jamais bien absolus, à moins qu'on n'abaissât les grands et la noblesse, et que cela étoit du goût présent, on trouva le moyen de les attacher entièrement à la cour en semant adroitement quelques pensions et quelques honneurs parmi eux, qui servirent de leurre à tout le reste. Chacun s'empressa de venir à la cour et de s'attacher au service du prince; mais, pour un qui y fit fortune, mille se sont ruinés de fait et réellement, dans l'espérance d'en faire autant ^ Ainsi on peut dire que tout le profit en est resté au Roi, et que cette politique a été admirable pour rendre sa puissance tout à fait arbitraire et tenir tout le monde dans la dépendance des ministres, qui ont été les canaux par où ont coulé toutes les grâces. Mais, avant que tout cela pût être exécuté, il arriva bien des événements, [et, dès le commencement, on crut que la guerre alloit recommencer entre les deux couronnes^. Ce fut au sujet d'un événement qui survint à Londres, et qu'on peut dire avoir été un dessein prémédité par les Espagnols. Pour le mieux expliquer, il faut reprendre les affaires d'un peu plus haut].
Toute l'Europe étoit en paix, à l'exception du Portugal, à qui l'Espagne faisoit la guerre, prétendant que cette couronne s' étoit soustraite à sa domination légitime^. La France, dont l'intérêt étoit de tenir la
1. Saint-Simon exprime la même idée : Mémoires, éd. 1873, t. IX, p. 221.