‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 27 sur 187 · Le Portugal, soumis à l'Espagne depuis 1580, avait · texte numérisé non relu

Le Portugal, soumis à l'Espagne depuis 1580, avait

monarchie espagnole occupée et d'empêcher qu'elle ne s'agrrandit, commencoit d'assister sous main le Portugai. Les Espagnols se plaignirent que la France contrevenoit au traité des Pyrénées, dans lequel il étoit stipulé en termes exprès qu'elle ne le feroit directement ni indirectement. Ce fut un commencement de mésintelligence entre les deux couronnes. D'ailleurs, la politique qui faisoit agir la France requéroit que les Espagnols lui rendissent la pareille, en la traversant dans le commencement d'un règne dont on auguroit de grandes choses. Ainsi leur jalousie se réveilla, et ils cherchèrent tous les moyens de nous susciter des ennemis. Dans cette pensée, ils crurent que le roi d'Angleterre, depuis peu remonté sur le trône par un retour de fortune', conservoit encore du ressentiment de ce que la France, ou plutôt le cardinal Mazarin, avoit paru ne se pas trop soucier de ses intérêts à la pEiix des Pyrénées, et qu'une occasion, qui se présenta alors, le détermineroit à entrer en guerre contre la France, ou bien qu'il y seroit contraint par la nation angloise, qui y étoit intéressée [et dont la haine contre les François sera, je crois, éternelle].

Cette occasion fut au sujet des nouvelles manufactures que M. Golbert venoit d'établir en France, où auparavant les Anglois et les Hollandois faisoient le principal débit de leurs draperies et autres marchandises. Les Espagnols voulurent profiter de cette conjoncture ;

recouvré son indépendance dès 1640; mais l'Espagne ne la reconnut qu'en 1668, à la suite des victoires d'Amexial et de Montes-Claros.

1. Charles II, que Monk avait replacé sur le trône d'Angleterre en mai 1660.

ils sollicitèrent les deux puissances de se déclarer contre la France. Le parlement d'Angleterre y prêta l'oreille; mais les États-Généraux des Provinces-Unies furent plus réservés et ne répondirent ni oui ni non, voulant voir auparavant à quoi aboutiroient les grands desseins de M. Golbert et s'ils leur pouvoient apporter autant de préjudice que les Espagnols tâchoient à leur persuader. Le roi d'Angleterre, qui aimoit personnellement Louis XIV ^ et étoit bien aise de goûter un peu de repos après tant de traverses, ne voulut pas entendre parler de rupture, et s'opposa même aux désirs de sa nation. Ainsi les Espagnols, ayant manqué leur coup, eurent recours à une autre manœuvre, par laquelle ils prétendoient brouiller tout de nouveau et intéresser ces puissances dans leur querelle particulière.

Pour exécuter leur dessein, ils envoyèrent ordre au baron de Watteville^, leur ambassadeur à Londres, d'y précéder celui de France de quelque manière que ce pût être, désirant même que cela se fît avec éclat. Ils se fondoient, pour cette préséance, sur ce que l'empeur Charles-Quint, qui étoit en même temps roi d'Espagne, en avoit joui. Gela étoit bien vrai ; mais c'étoit en qualité d'empereur, et non de roi d'Espagne. Philippe II, son fils, qui lui succéda en cette monarchie, prétendit tirer avantage de ce qui s'étoit passé en ce

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