‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 29 sur 187 · Le 10 octobre · texte numérisé non relu

Le 10 octobre

2. Godefroy, comte d'Estrades (1607-1686), était arrivé à Londres au commencement de 1661 ; il devint maréchal de France après la mort de Turenne (1675).

de donnés de part et d'autre; mais, comme la partie n'étoit pas égale, les gens de l'ambassadeur de France furent fort maltraités, et il en demeura quelques-uns sur la place, au lieu que les autres se tirèrent d'affaire sans avoir personne de tué ni de blessé^.

Le comte d'Estrades dépécha aussitôt un courrier à la cour de France pour l'informer de cet attentat et de cette violence ; il demanda en même temps audience au roi d'Angleterre pour lui porter ses plaintes sur le parti que les Anglois avoient pris en faveur du baron de Watteville. Ce prince accorda l'audience à l'instant, et promit de lui rendre toute la justice qu'il pouvoit désirer. Il n'y manqua pas effectivement; mais ce ne fut rien en comparaison de la hauteur avec laquelle Sa Majesté se proposa d'en avoir réparation. Ses premières démarches furent d'envoyer un courrier à l'archevêque d'Embrun^, son ambassadeur à Madrid, avec ordre de savoir promptement si Sa Majesté Catholique vouloit avouer ou désavouer le baron de Watteville sur ce qui s'étoit passé à Londres. Il demanda incontinent audience; mais le roi d'Espagne, qui venoit aussi de recevoir un courrier du baron de Watte\ille, se doutant bien que l'archevêque vouloit lui parler sur ce sujet, résolut de temporiser pour aviser à sa réponse et cependant être informé de la manière dont

1. Sur cet incident, on peut voir les Mémoires de M^^ de Motteville, t. IV, p. 296-301, ceux de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. m, p. 240-242, et ceux de Louis XIV, t. II, p. 532-540, etc., etc. Une des inscriptions de la statue de la place des Victoires rappela la préséance reconquise sur l'Espagne.

2. Georges d'Aubusson de la Feuillade, nommé archevêque d'Embrun le 12 septembre 1649, était ambassadeur à Madrid depuis 1661; il mourut en fonctions le 4 septembre 1668.

cette affaire seroit prise dans les autres cours de l'Europe et du succès qu'y auroient ses ministres. Pour s'excuser donc de donner si promptement audience, il feignit d'être malade; mais, comme cette contrainte ne pouvoit pas durer autant de temps qu'il en falloit à ses ministres pour lui rendre un compte précis du succès de leur négociation, il assembla son Conseil, où il fut résolu que, quand on ne pourroit plus remettre l'audience que l'ambassadeur de France sollicitoit toujours fortement, Sa Majesté Catholique s'expliqueroit en termes généraux, sans qu'on en pût tirer aucune conséquence qui lui fût désavantageuse, et que, par exemple, il répondroit qu'elle n'aimoit pas les violences, et qu'ainsi elle désapprouvoit celles du bai'on de Watteville, et le révoqueroit incessamment. Ce fut là la manière dont il répondit à Monsieur d'Embrun dans l'audience qu'il ne put lui refuser quelques jours après ; mais celui-ci ne s'en contenta pas, et, la trouvant captieuse, s'en plaignit, et menaça de se retirer.

La Reine mère'* s'entremit dans cette affaire et se chargea de tirer du roi son frère une explication plus précise. Elle lui manda par un courrier exprès que le Roi son fils exigeoit une satisfaction toute autre que celle qui avoit été offerte, ou bien qu'il falloit se résoudre à recommencer la guerre ; qu'elle lui demandoit là-dessus une réponse prompte et positive.

Le conseil d'Espagne se rassembla à l'arrivée de ce courrier, et se trouva fort embarrassé ; car, d'un côté, il étoit pressé vivement et comprenoit sans peine que l'effet suivroit de près la menace; de l'autre, les

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