‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 31 sur 187 · Il était né le 1*"' novembre · texte numérisé non relu

Il était né le 1*"' novembre

ment, et que les conditions en fussent moins dures. Le nonce ^ en parla au Roi, qui ordonna à M. de Lionne, secrétaire d'État^, et fort habile homme, de conférer avec lui sur cette affaire. La négociation ne parvint pas si tôt à maturité ; car le Roi, naturellement fier et jaloux de sa gloire, vouloit que le roi d'Espagne renonçât par écrit à la préséance et désavouât le baron de Watteville comme ayant entrepris de son chef tout ce qui avoit été fait à Londres; et, au contraire. Sa Majesté Catholique prétendoit seulement promettre que ses ambassadeurs ne se trouveroient plus à aucune cérémonie où ceux du Roi assisteroient, et croyoit que cela dût suffire, sans faire aucune déclaration qui lui pût porter préjudice.

Cependant, pour prévenir les actes d'hostilité, le marquis de la Fuente partit de Madrid ; mais il marcha si lentement, que chacun voyoit bien ce qui le tenoit, et, quand il fut arrivé à Orléans, il contrefit encore le malade. Cette affaire traîna plus de cinq mois; et le Roi, qui s'ennuyoit fort, ordonna à M. de Lionne de déclarer nettement de sa part au nonce qu'il falloit ou la terminer au plus tôt, ou entrer en guerre. Ce compliment guérit plus vite le marquis de la Fuente qu'aucun médecin n'auroit pu le faire, et le fit partir d'Orléans pour se rendre à Paris. Le nonce et M. de Lionne convinrent que l'ambassadeur d'Es-

1. Celio Piccolomini, archevêque de Césarée; il était en France depuis 1659.

2. Hugues de Lionne ne fut secrétaire d'Etat que le 20 avril 1663; mais il dirigeait déjà les affaires étrangères sous le titulaire, M. de Brienne, et entrait au conseil d'en haut depuis le 23 juin 1659.

pagne seroit admis à jour nommé à une audience publique du Roi, et qu'il s'y passeroit tout ce qui suit*. Tous les princes du sang, les officiers de la couronne et les quatre secrétaires d'État* eurent ordre de s'y trouver; les ministres étrangers furent aussi priés de s'y rendre. Les princes du sang se placèrent à la droite du trône où étoit le Roi, les ministres étrangers à la gauche ; les quatre secrétaires d'État avoient chacun devant eux un bureau pour dresser un procès-verbal de la déclaration de l'ambassadeur, qui avoit été concertée auparavant mot à mot. Elle fut conçue en ces termes : « Que le Roi son maître avoit eu bien du déplaisir en apprenant l'attentat commis à Londres par le baron de Watteville, son ambassadeur ; qu'il ne souhoitoit rien tant que d'entretenir la bonne intelligence entre les deux couronnes; que, comme cette action y étoit formellement opposée, il avoit non seulement révoqué son ambassadeur, mais lui avoit même donné ordre de retourner à Madrid pour y rendre compte de sa conduite; que, cependant, il avoit commandé à tous ses autres ambassadeurs, dans quelques cours qu'ils pussent être, de ne point se trouver dans les cérémonies où l'ambassadeur de France assisteroit, de peur qu'il n'arrivât encore pareille chose pour le pas^. »

1. C'est le 24 mars 1662 qu'eut lieu cette audience solennelle de réparation.

2. C'étaient alors M. de Brienne fils pour les affaires étrangères et la marine, M. de Guénegaud pour la maison du Roi, M. Le Tellier pour la guerre, M. de la Vrillière pour" le clergé et les protestants.

3. Ce procès-verbal fut imprimé, en français et en latin, en une plaquette in-iol. : Bibl. nat., Lb-'" 3473.

Toutes ces paroles signifioient beaucoup, à les prendre dans le sens où elles étoient entendues. On crut, en France, la préséance cédée par Sa Majesté Catholique, qui, cependant, ne la céda pas en termes formels et crut son honneur à couvert par ceux du dernier article de cette déclaration.

Le Pape, qui s'étoit entremis dans cette affaire, eut à son tour besoin qu'on lui rendît la pareille pour l'insulte faite à Rome au duc de Gréquy\ ambassadeur de France. Ce ministre y fut plus maltraité que ne l'avoit été le comte d'Estrades à Londres; car on n'y fit insulte qu'à ses gens, et là on s'attaqua à la propre personne de l'ambassadeur et à celle de la duchesse sa femme ^. Voici le détail de cet événement.

Alexandre VII, Siennois de naissance et de la famille de Chigi^, étoit assis sur la chaire de saint Pierre. Son caractère avoit assez de rapport à celui de Sixte- Quint, au moins du côté de la gloire. Il s'étoit élevé au pontificat à peu près par les mêmes voies, [c'est-àdire que celui-là s'appuyoit tout courbé sur un bâton, pour faire croire au conclave qu'il n' avoit plus que deux jours à vivre, et le jeta dès qu'il fut élu pape, et

1. Charles III, marquis puis duc de Créquy en 1652, mort en 1687, avait été premier gentilhomme de la chambre en 1643 et devint gouverneur de Paris en 1675. Nommé ambassadeur extraordinaire à Rome le 2 novembre 1661, il y avait fait son entrée le 11 juin de l'année suivante.

2. Armande de Lusignan de Saint-Gelais de Lansac avait épousé le duc de Créquy en juin 1653; elle mourut en 1709. « Si connue pour sa beauté, pour sa vertu, dit Saint-Simon; c'était une femme d'une grande douceur; et qui conserva toujours beaucoup de considération. »

Page 1