‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 52 sur 187 · Traité d'Aix-la-Chapelle, 2 mai · texte numérisé non relu

Traité d'Aix-la-Chapelle, 2 mai

moderne fût mis en œuvre avec grand soin, on n'a pas laissé, dans la suite, d'y trouver des défauts essentiels.

Les Turcs pressoient vivement alors la ville de Candie, qu'ils tenoient assiégée depuis longtemps^. Les Vénitiens profitèrent du repos de l'Europe pour demander du secours aux princes chrétiens. Le Roi leur envoya le duc de la Feuillade, avec six cents officiers réformés, plusieurs volontaires de la principale noblesse du royaume, et environ deux mille hommes d'infanterie, qui débarquèrent à Candie le 3 novembre 1668^.

Ils trouvèrent que cette place n'étoit plus qu'un chaos de pierres et de terres bouleversées par les fourneaux et les batteries continuelles des Turcs. On y combattoit à la main presque partout, et les Vénitiens n'avoient plus d'autres défenses que des retranchements ou des retirades pratiqués dans les ouvrages que les Turcs avoient ruinés. Le duc de la Feuillade partagea ses troupes en six brigades, dont la première monta la garde le premier jour du débarquement, la

1. La Gazette de 1668 et de 1669 contient, dans de nombreux Extraordinaires, la relation du siège jusqu'à la chute de la ville.

2. Le secours commandé par le duc de la Feuillade n'eut aucun caractère officiel et n'était composé que de volontaires ou de troupes levées par eux. C'est ce qui explique que les archives de la Guerre et de la Marine ne semblent conserver aucune suite de documents sur cette expédition. Un aidemajor, nommé Des Roches, fit paraître en 1670 un Journal ^■'éritable de ce qui s'est passé en Candie sous M. le duc de la Feuillade. Une autre relation avait paru à Lyon l'année précédente.

seconde le lendemain, et les autres successivement; il leur fit faire de petites sorties, dans lesquelles on reprit quelques ouvrages. Lorsqu'il eut ainsi tàté les Turcs et accoutumé ses troupes à leur manière de combattre, il résolut d'aller à eux avec toutes ses forces, pour tenter de sauver la place. Il convint avec les Vénitiens qu'ils feroient poster un de leurs bataillons dans la plaine, sous le fort de Saint-Dimitri, qu'ils occupoient encore, afin de piquer de jalousie la queue de la tranchée des Turcs et la batterie qu'ils avoient sur la hauteur, et les empêcher par ce moyen de secourir la tête de leur tranchée, qu'on avoit résolu d'attaquer. Il convint de plus qu'ils feroient deux attaques sur les flancs de cette tranchée; qu'ils fourniroient un nombre suffisant de travailleurs, avec des outils propres à combler les travaux qu'on se promettoit d'emporter; qu'ils emploieroient en même temps des hommes choisis pour attaquer les boyaux qui communiquoient à la brèche, et qu'ils prendroient également soin de les combler.

Ce projet étoit réduit au moins de ce qu'on se promettoit d'exécuter, et les apparences étoient favorables, parce qu'il étoit bien conçu, et les troupes paroissoient bien disposées. Les Vénitiens, néanmoins, ne laissèrent pas de se méfier du succès, comme on doit le penser pour en user charitablement à leur égard, au lieu de leur imputer des sentiments de jalousie contre une nation qui venoit se sacrifier pour leurs intérêts : ils n'exécutèrent qu'une des choses qu'ils avoient promises. Le 16 décembre fut choisi pour cette sortie^. Au point du jour, les troupes fran-

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