‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 88 sur 187 · Aussi sur le Mein, en amont de Wiirtzbourg · texte numérisé non relu

Aussi sur le Mein, en amont de Wiirtzbourg

6. Lohr, en Bavière, au confluent de la rivière du même nom et du Mein.

comme s'ils eussent voulu le passer, afin de faire prendre à M. de Turenne le chemin de Philipsbourg et de le mettre dans la nécessité de courir à la défense de la Lorraine et de l'Alsace ; mais ce n'étoit qu'une feinte : ils rompirent bientôt le pont, rembarquèrent dans des bateaux toute leur infanterie, qui descendit le Rhin et se rendit devant Bonn, à jour nommé, pendant que la cavalerie arrivoit par une autre route.

M. de Turenne entra dans le Palatinat, où son armée fit, pendant son séjour, un grand dégât. Il lui fit ensuite passer le Rhin à Philipsbourg, d'où elle entra en Alsace, et y prit ses quartiers d'hiver^.

Le prince d'Orange sortit de la province de Hollande avec environ vingt mille hommes, [pendant que les armées françoise et impériale s'observoient l'une l'autre], et alla camper à Rosendael, près d'Anvers. Il y eut un entretien avec le comte de Monterey, gouverneur des Pays-Bas espagnols^. Il fit cette marche à deux fins : l'une, de faire croire qu'il vouloit, avec les troupes d'Espagne, qu'on savoit prêtes à entrer dans la confédération, s'opposer à ^lonsieur le Prince, qui étoit, avec un corps d'armée, dans la chàtellenie d'Alost, sujette de cette couronne ; l'autre, qui étoit la véritable, de joindre à ses troupes six mille Espagnols que le comte de Monterey lui donna.

1. Sur le séjour de Turenne en Allemagne, voyez les volumes Guerre 350 et 353, et sur ses opérations et son retour en Alsace, les volumes 344 à 340 et le recueil Grimoard, t. II, p. 272 et suiv.

2. Jean-Dominique de Haro, comte de Monterey, était gouverneur des Pays-Bas espagnols depuis 1670 ; il devint par la suite conseiller d'État, grand veneur, vice-roi de Catalogne, et ne mourut qu'en février 1716.

Après cette jonction, le prince d'Oran^^e revint sur la Meuse et la passa près de Vanloo. M. de Luxembourg l'avoit suivi de loin, avec un corps de sept à huit mille hommes, pour pénétrer ses desseins; lorscju'il lui vit la tête tournée vers le Rhin, il s'approcha de Nimègue, pour mettre en quelque manière de sûreté les derrières des conquêtes.

Enfin le prince d'Orange arriva devant Bonn, qu'il assiégea ^ et où il joignit les Impériaux, encore commandés par M. de Montecuculli. A cette nouvelle. Monsieur le Prince reçut ordre de traverser les Pays- Bas espagnols, quoiqu'il n'y eût pas encore alors de rupture ouverte avec eux. En conséquence, il alla camper aux environs de Bois-le-Duc ; mais son armée étoit trop foible pour attaquer cette place ou secourir Bonn : il envoya seulement le maréchal d'Humières en avant, avec un corps de cavalerie, qui tâcha d'y introduire de petits secours. Il ne put y faire entrer que cent chevaux, sous la conduite de M. de Saint- Silvestre, dans ce temps major d'un régiment de cavalerie^. Cet officier, étant près du camp des ennemis, feignit d'être de leurs troupes et de descendre une garde. En cet état, il traversa en plein jour, trompettes sonnant, le quartier du prince d'Orange, et fondit à bride abattue dans la place ^. Elle étoit trop mau-

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