‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 89 sur 187 · La ville fut investie le 3 novembre [Gazette, p · texte numérisé non relu

La ville fut investie le 3 novembre [Gazette, p

2. Louis du Faur de Satilieu, marquis de Saint-Silvestre, était major du régiment de Paulmy ; il devint colonel en 1674 et parvint, en 1693, au grade de lieutenant général; il mourut en 1719.

3. Cent dragons seulement purent y pénétrer; le reste fut taillé en pièces par les assiégeants [Histoire militaire, p. 363).

vaise, quoiqu'elle fût très importante, pour soutenir un long siège; cependant M. de Raveillon tint quinze jours, malgré les plus vigoureuses attaques, et ne se seroit pas si tôt rendu, s'il n'avoit pas manqué de mèches. Les Impériaux entrèrent dans Bonn le 14 novembre^, y mirent garnison et prirent leur quartier d'hiver dans l'électorat de Cologne et dans le pays de Liège. Ils occupèrent Huy et le château de Dinant, et, par ce moyen, ils tenoient tout le pays depuis le Rhin jusqu'à la Meuse. [Le prince d'Orange reprit son même chemin pour retourner en Hollande.]

La porte d'Allemagne étant ouverte aux ennemis par la prise de Bonn, la communication des nouvelles conquêtes se trouvoit coupée. Le Roi se détermina à les abandonner, à la réserve de Maëstricht et de Grave, pendant que tous les passages n'étoient pas encore fermés^, joint à cela que l'Espagne étoit sur le point de se déclai^er contre la France. Il envoya ses ordres pour en sortir l'artillerie et les munitions de guerre, qui furent conduites à Grave; on rançonna les villes, et on en fit sortir les troupes. M. de Luxembourg fut chargé de l'évacuation depuis l'Yssel jusqu'à Utrecht, et le maréchal de Bellefont eut la commission de remettre à l'électeur de Brandebourg celles qu'on lui avoit promises par le traité conclu avec lui, et pour évacuer Grèvecœur, Bommel, Nimègue, Arn-

1. La place s'était rendue le 12 [Gazette, p. 1115-1117; voyez le volume Guerre 349).

2. La Gazette ne dit presque rien (p. 1105, 1140-1141 et 1162) de cette évacuation, qui se fit dans le courant de novembre. La correspondance qui y a trait est dans le volume 336 du Dépôt de la guerre.

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heim, et de faire passer la Meuse à toutes les garnisons à Maëstricht. M. de Luxembourg avoit les mêmes ordres pour les garnisons des places qu'il devoit évacuer. [Dès qu'il eut retiré ses troupes, il commença à marcher vers Maëstricht] ; mais le maréchal de Belletbnt, avec lequel il devoit passer de conserve, ne voulut pas quitter Nimègue sans de nouveaux ordres. Il crut que la cour ignoroit que cette ville pouvoit se soutenir par le moyen de celle de Grave [que l'on conservoit ; il laissa passer devant lui M. de Luxembourg. Il le suivit pourtant de près] ; car le courrier qu'il avoit envoyé revint en grande diligence avec une dépêche qui lui enjoignoit de se conformer à ses premiers ordres. Ce contretemps pensa coûter cher; car le prince d'Orange étoit reparti de Hollande, avec trente mille hommes, pour venir couper les troupes de M. de Luxembourg et celles du maréchal de Bellefont près de la Meuse, et il avoit donné avis au général Sporck, commandant des Impériaux en l'absence de Montecucullii, de rassembler en toute diligence ses quartiers, et de retarder la marche des deux généraux françois pour lui donner le temps d'arriver, et de les charger en tête pendant qu'il les chargeroit en queue. Heureusement, le général Sporck ne put ou ne voulut rassembler ses troupes avec la diligence nécessaire ; il suivit seulement, avec cinq ou six mille chevaux, le maréchal de Bellefont, qu'il ne put atteindre.

1. Jean de Sporck (1595-1679) était un très ancien officier qui avait servi avec distinction pendant la guerre de Trente ans ; il avait, sous M. de MontecucuUi, le grade de général de cavalerie.

Toutes les troupes sorties des conquêtes étant arrivées sous Maëstricht, M. de Bellefont alla prendre le fort de Navagne, qui n'en est qu'à deux lieues'. G'étoit un méchant fort de terre gardé par une garnison espagnole de trois à quatre cents hommes. [Il n'eut pas beaucoup de peine à s'en rendre maître.] Le fort fut rasé aussitôt, et toutes les troupes se retirèrent dans leurs quartiers d'hiver.

1 674. — La prise de Bonn et l'abandonnement des conquêtes de Hollande changèrent entièrement la face des affaires. Les Hollandois étoient dans des transports de joie inconcevables. L'Empereur ne se promettoit pas moins que de faire déclarer tout l'Empire contre la France et de la forcer à restituer tout ce qu'elle avoit occupé, tant sur lui que sur les Espagnols, depuis le traité des Pyrénées. Cette couronne se déclara entièrement.

L'archevêque de Cologne, dont l'État étoit occupé par les Impériaux, fut obligé de rappeler quelques régiments qu'il avoit au service de la France, de rendre les conquêtes qu'il avoit faites sur les États- Généraux, à l'exception de Rheinberg, et d'entrer dans la confédération. Le nouvel évêque de Mijnster suivit son exemple, de même que l'électeur palatin, la maison de Brunswick, celle de Wurtemberg, le duc de Lorraine, les électeurs de Saxe et de Brandebourg ; il n'y eut que l'électeur de Bavière qui demeura seul du tiers parti qu'il avoit voulu former par ses intrigues en Allemagne.

1. En amont de Maëstricht, au confluent de la Meuse et d'une petite rivière.

Alors l'Empereur chercha à rompre le congrès qui se tenoit à Cologne, au sujet de la paix, sous la médiation du roi de Suède. Le moyen qu'il imagina fut de faire enlever dans cette ville le prince Guillaume de Furstenherg^, plénipotentiaire de l'électeur de Cologne. En sortant de la maison où se tenoit cette assemblée, il fut arrêté par des officiers et des soldats du régiment de Grana et conduit à Bonn ; de là, il fut transféré à Vienne. On y commença son procès, et il y resta prisonnier jusqu'à la paix générale ^ Non content de cette violence contre le droit des gens, l'Empereur fit encore enlever cent mille écus que le Roi avoit à Cologne 2. L'assemblée fut rompue, et tous les ministres se retirèrent successivement.

[Après ce coup, qui annonçoit la continuation de la guerre, il y en avoit encore un autre à faire] : c'étoit de détacher le roi d'Angleterre de l'alliance de France, et de l'engager à conclure sa paix avec les Hollandois. L'ouvrage étoit déjà entamé : depuis le commencement de la guerre, les émissaires des alliés ne ces-

1. Guillaume -Egon, prince de Fiirstenberg (1629-1704), était frère du premier ministre de l'électeur de Cologne. Louis XIV lui donna l'évêché de Metz en 1663, celui de Strasbourg en 1682, enfin sa nomination au cardinalat en 1686.

2. C'est le 14 février qu'eut lieu cet enlèvement. Emprisonné d'abord à Vienne, puis à Neustadt et à Pottendorf, il ne recouvra sa liberté qu'en 1679, grâce aux efforts de Louis XIV, du roi d'Angleterre Jacques II et des Jésuites. L'abbé Verjus publia en 1676 un Traité curieux de l'enlèvement du prince de Fiirstenberg. Voir le vol. 410 du Dépôt de la guerre.

3. Cinquante mille écus seulement, qu'une voiture du trésorier de l'extraordinaire des guerres transportait pour la solde des troupes françaises.

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soient de tenir en Angleterre des discours qui tendoient à brouiller le roi et ses sujets. On disoit qu'il avoit entrepris cette guerre sans le consentement de son Parlement et avec les sommes que la France lui fournissoit. [Ils ne cessoient de dire qu'il falloit que la cabale françoise fût grande, puisque] le roi, malgré son caractère doux et tranquille qui le portoit au plaisir, continuoit une guerre à laquelle il n'avoit pu être invité que dans l'idée de faire rendre par les Hollandois au prince d'Orange, son neveu, les honneurs dus à son rang et à sa naissance; que le parti des Witt s'y étoit opposé pendant un temps, mais que ces raisons avoient cessé, et que, les charges et les dignités dont avoient joui ses prédécesseurs étant devenues héréditaires dans sa famille, il n'y avoit rien qui ne l'invitât à la paix ; que l'aîTaire du pavillon, celle du commerce étoient si aisées à accommoder, que les premiers pourparlers les finiroient ; que le roi de France avoit insinué depuis longtemps à celui d'Angleterre, pour ses intérêts propres et contre ceux de la nation, qu'il devoit régner en véritable roi et établir dans ses royaumes un pouvoir arbitraire [et despotique, non pas pour l'amour de sa personne (à ce qu'il pouvoit bien penser), par la raison que la bonne politique y étoit absolument contraire, mais bien pour venir plus aisément à bout du dessein qui avoit été formé par les Jésuites d'extirper de l'Angleterre la religion protestante, à quoi ils trouveroient d'autant moins d'opposition que le roi avoit sucé avec le lait le prétendu venin de la catholicité, dans laquelle il s' étoit confirmé pendant le séjour qu'il avoit fait en France et en Flandre jusques à ce qu'il remontât sur

le trône; que, depuis, le libertinage dans lequel il vivoit avoit éteint les étincelles de religion qui aui'oient pu luire en sa personne]. Ils ajoutoient à ces discours que la demoiselle de Keroualle, à présent duchesse de Portsmouth, ne s'étoit rendue en Angleterre que par les ordres du roi de France, qui, connoissant le t'oihle du monarque anglois pour les belles femmes, protitoit de l'ascendant absolu que celle-ci avoit pris sur lui pour venir à bout de tous ses desseins ; que l'argent que la France envoyoit abondamment pour fournir aux plaisirs de ce prince et à l'établissement des enfants naturels qu'il avoit eus de plusieurs maîtresses, que cet argent, dis-je, joint aux caresses de cette dame, offusquoit si fort toutes les lumières de sa raison, que cette habile Françoise, [bien payée pour cela,] lui faisoit faire, contre ses intérêts véritables, tout ce qui convenoit à ceux de la France^. Ils insinuoient encore que ce roi, usé de débauches, ne pouvoit plus vivre longtemps ; que, n'ayant point de fils légitime, la couronne tomboit sur la tête du duc d'York, son frère, zélé partisan des Jésuites; que ce prince ne manqueroit pas d'être soutenu et protégé par la France ; que les Anglois verroient bientôt leurs lois et leur religion bouleversées. Ce fut là une

1. Feu M. Forneron a consaci'é à la duchesse de Portsmouth quatre articles parus dans les tomes XXXVIII et XXXIX de la Revue historique, puis réunis en volume. Il y montre que l'influence de Louise de Keroualle fut, en effet, très grande sur Charles II et s'exerça toujours dans un sens favorable à la France, dont elle recevait une pension. M. Jean Lemoine a publié dans la Revue des Deux Mondes (mars 1903) une étude sur le rôle diplomatique de la duchesse de Portsmouth d'après des documents nouveaux.

manière de prophétie. Le mariage du duc d'York avec la princesse de Modène^, qui se traitoit dans ce temps-là, acheva d'échauffer les esprits des Anglois : ils envisagèrent l'alliance de cette princesse italienne, et de race papale^, comme un dessein concerté entre le Pape et le roi de France de détruire la religion anglicane et de faire revivre la religion catholique à sa place. Il n'en fallut pas davantage au Parlement, alors assemblé, pour le déterminer à rejeter toutes les propositions du roi. Ses raisons et l'éloquence de son chancelier furent inutiles. Avant que d'entrer en aucune discussion, on demandoit que le mainage du duc d'York fût rompu et que la princesse, qui étoit déjà arrivée à Paris, fût renvoyée à Modène. Au contraire, le roi prolongea le Parlement, fit passer la princesse à Londres, où le mariage fut célébré et consommé^ ; mais, pour tempérer le chagrin qu'il donnoit à son peuple et le rassurer contre l'anéantissement de la religion anglicane, [et lui donner des dispositions plus favorables pour la prochaine tenue du Parlement], il crut y pourvoir suffisamment en faisant publier des ordonnances très sévères contre les catholiques, par lesquelles il leur étoit défendu très expressément

1. Marie-Béatrix-Éléonore d'Esté (1658-1710), fille du duc de Modène, épousa Jacques Stuart le 30 septembre 1673.

2. Il n'y avait eu aucun pape de la maison d'Esté; mais elle était alliée aux Médicis, aux Farnèse, aux La Rovère, qui en avaient fourni plusieurs à l'Eglise.

3. Les nouvelles de Paris et de Londres de la Gazette, depuis le commencement de novembre 1673, donnent de nombreux détails sur le voyage de la princesse et de sa mère, son séjour à Paris et son mariage.

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d'approcher des personnes royales et de leur palais, enjoignant à tous juges, officiers et ministres de les poursuivre en cas de contravention et de les punir selon la rigueur des lois^. Cet édit passa aussi en Ecosse, afin qu'il parût plus sérieux.

Si ce remède adoucit un peu les esprits dans le moment, il n'en parut rien dans l'assemblée du Parlement qui se tint au bout du terme où il avoit été prorogé. Au contraire, la chaleur augmenta, et on y conclut nettement qu'il falloit faire la paix. Le roi aima mieux y consentir que de se voir exposé à aller chercher, pour la seconde fois, un asile en France.

Les propositions de cette paix furent aussitôt présentées par le marquis del Fresno, ambassadeur d'Espagne^, et le roi de France, bien instruit de ce qui se passoit en Angleterre, y envoya M. de Ruvigny^ pour traverser la négociation. Il n'y put réussir, et la paix fut signée le 19 février 1674^. L'Angleterre eut satisfaction sur l'affaire du pavillon et du commerce, et les Hollandois s'obligèrent à payer huit cent mille écus,

1. L'analyse des clauses de cet édit a été donnée par Lingard dans son Histoire d'Angleterre, t. XII, p. 356-357.

2. Pierre Fernandez de Velasco, marquis del Fresno, était ambassadeur en Angleterre depuis 1671; il fut conseiller d'Etat en 1699 et mourut en 1713.

3. Henri P"" de Massue, marquis de Ruvigny (1605-1689), lieutenant général des armées en 1652, était député général des églises protestantes depuis 1653. Ce titre devait le faire mieux recevoir que tout autre en Angleterre, et Louis XIV espérait qu'il parviendrait à rompre les négociations de paix. Voyez le commentaire des Mémoires de Saint-Simon (éd. Boislisle), t. IV, p. 20 et suiv.

4. Le texte s'en trouve dans le Corps diplomatique de Du Mont, t. VII, 2« partie, p. 253.

dans quatre années, par payennents égaux, au roi d'Angleterre, qui en toucha deux cent mille comptant.

[Incontinent, les alliés redoublèrent leurs cabales pour faire déclarer l'Angleterre contre la France. Le Roi, qui n'en ignoroit aucunes, para le coup par l'union qui se continuoit entre lui et le roi d'Angleterre, lequel offrit sa médiation à tous les intéressés, afin d'éluder en cette qualité les puissantes sollicitations qu'il prévoyoit lui être faites, et rétablir le calme de l'Europe, s'il étoit possible.]

L'Angleterre étant ainsi séparée de la France, Louis XIV ne négligea rien pour empêcher la diversion de ses forces et détourner celles de l'Empereur de la Franche-Comté, d'où elles pouvoient pénétrer en Bourgogne. Il proposa à la reine-régente d'Espagne^ de conclure avec elle un traité de neutralité pour cette province ; mais cette princesse, ne jugeant pas à propos de fermer cette porte à ses alHés, ne voulut point entendre cette proposition. Le Roi prit donc d'autres mesures ; il n'en trouva pas de meilleures que de s'assurer une seconde fois de cette province, et se disposa à y marcher en personne. Il envoya devant lui le duc de Navailles, lieutenant général, nouvellement rentré en grâce-, avec un petit corps de troupes, pour chasser les Espagnols de Gray et de quelques autres postes qu'ils fortifioient. Le Roi suivit de près^, et

1. Marie-Anne d'Autriche, fille de l'empereur Ferdinand III et veuve de Philippe IV.

2. On a vu ci-dessus (p. 73) qu'il avait été disgracié à la suite de l'expédition de Candie.

3. Saint-Hilaire ne prit pas part à cette seconde conquête : aussi la rappelle-t-il brièvement. M. de Piépape en a raconté

arriva devant Besançon le 28 avril. Il y fit aussitôt ouvrir la tranchée, et cette ville ne tint que cinq ou six jours. Les Espagnols y avoient bâti depuis peu une citadelle, dont ils faisoient grand cas; mais elle étoit commandée et vue à revers d'une hauteur voisine, qu'ils avoient négligé de fortifier pai^ce qu'ils la croyoient inaccessible à cause de son escarpement. On trouva pourtant moyen d'y faire monter trente pièces de gros canon, qui foudroyèrent tellement la citadelle [en ^^ngt-quatre heures de temps, et firent tant d'effet, que, la garnison n'en étant à aucun endroit à couvert, et la maçonnerie, encore toute fraîche, en étant ouverte en plusieurs endroits, les assiégés craignirent d'être emportés d'assaut] et rendirent la place. La présence de M. le prince de Vaudémont, qui s'y étoit jeté, ne leur fut d'aucune ressource*.

De là, le Roi marcha à Dôle, dont les fortifications n'étoient pas encore rétablies. La garnison se défendit assez bien ; mais elle fut contrainte de se rendre le sixième jour de tranchée. M. de Beringhen, premier écuyer et colonel du régiment Dauphin, y fut tué d'un coup de canon ^, qui blessa dangereusement le comte de Saint-Géran, lieutenant général. La ville de Salins

les phases successives dans son Histoire de la réunion de la Franche-Comté, t. II, p. 385-440.

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