‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 96 sur 187 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

3. Camille Roussel, dans son Histoire de Louvois (t. II, p. 84), a parlé à peine de l'incident que Saint-Hilaire va raconter; on peut voir à ce sujet le recueil de Grimoard, t. II, p. 548- 550 (lettre du 8 août), et les Mémoires de Saint-Simon, éd. 1873, t. XII, p. 21 et 55-58, où ces détails sont confirmés.

sonne; on craignoit, de plus, que l'armée du prince d'Orange, composée des troupes de l'Empereur, de celles d'Espagne et des Provinces-Unies, n'entrât en France, comme il en avoit répandu le bruit, malgré tous les efforts que Monsieur le Prince pourroit faire pour l'en empêcher, son armée étant inférieure en nombre à celle des alliés. On prétendoit donc, quoique ce fût exposer la frontière de France la plus considérable, que M. de Turenne vînt en Lorraine, pour qu'il fût à portée d'arrêter une irruption qu'on appréhendoit sur les frontières de Champagne.

M. de Turenne, qui savoit parfaitement prévenir les événements, ne put se résoudre à souscrire à cet ordre, qui lui parut suspect, lui venant par le canal de M. de Louvois, dont il avoit à se plaindre depuis quelque temps. Il prit le parti d'écrire au Roi en droiture et de lui remontrer qu'il ne croyoit point qu'il fût du bien du service de Sa Majesté d'obéir en cette occasion; que celui qui lui avoit envoyé l'ordre de sa part n'en avoit pas, sans doute, prévu toutes les conséquences, ou ne lui avoit pas rendu un compte tidèle de l'état des affaires, dont il n'étoit peut-être pas bien informé; que, pour lui qui l'étoit mieux, il se sentoit obligé, comme son fidèle serviteur, de lui représenter que, dans la situation où il avoit appris qu'étoient les armées en Flandre, les ennemis ne pouvoient rien entreprendre impunément devant Monsieur le Prince, qui assurément ne leur laisseroit prendre aucun avantage, et que sa supériorité sur les chefs des ennemis, jointe à la valeur de ses troupes, le rendoit plus fort qu'eux ; que, pour ce qui concer-

noit les affaires d'Allemagne, qu'il lui avoit fait l'honneur de lui confier, il pouvoit l'assurer qu'il ménageroit si bien le terrain et les conjonctures, que les ennemis n'auroient aucun avantage; que, quand même ils pénétreroient en Alsace, vu le peu de troupes qu'il avoit à leur opposer, il se promettoit de les en chasser avant la fin de la campagne, si le Roi consentoit à lui envoyer une partie de ses troupes de Flandres sitôt qu'elle y seroit finie; qu'au surplus, après que Sa Majesté auroit eu la bonté d'examiner ce qu'il avoit l'honneur de lui représenter, il obéiroit sans réplique, mais qu'il lui demandoit en grâce de vouloir bien dorénavant lui faire passer ses ordres par le canal de M. le cardinal de Bouillon, son neveu, pour des raisons qu'il espéroit un jour avoir l'honneur de lui dire, et de trouver bon qu'il se servît du même moyen pour lui rendre compte de ses actions et de tout ce qui se passeroit en Allemagne.

[Ceci ne plut point du tout à M. de Louvois, qui porta si loin l'animosité qu'il avoit contre M. de Turenne, qu'il ne tint pas à lui que le Roi ne le fît arrêter sous prétexte qu'il n'avoit point voulu déférer aux premiers ordres; mais, comme S. M. est naturellement modérée et pénétrante, elle connut bien le motif qui faisoit agir son ministre] et que M. de Turenne ne proposoit rien qui ne tendit au bien de son service : ainsi, elle lui permit de faire tout ce qu'il jugeroit à propos pour le mieux.

M. de Turenne se tint quelques jours aux environs de Neustadt, pour consommer les fourrages et pourvoir à la sûreté de Philipsbourg. Il alla ensuite camper

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contre Landau ^ [se couvrant du ruisseau qui y passe]. Pendant qu'il étoit dans ce camp, il reçut la nouvelle de la journée de Seneffe, et en fit des réjouissances avec son armée.

Les Impériaux, sous la conduite du comte de Souches-, les Espagnols, commandés par M. de Monterey, et les Hollandois, par le prince d'Orange, avoient assemblé aux environs de Louvain une armée de plus de quarante mille hommes et menaçoient d'entrer en France. L'exécution de ce projet n'étoit pas facile. Monsieur le Prince pouvant leur opposer une armée de trente mille hommes, avec laquelle il les observoit soigneusement. Ils changèrent donc de dessein et résolurent de le prévenir lui-même en formant le siège de quelques places. Ils quittèrent leur camp de Seneffe, le 210 août, pour le placer entre Binche et Marimont^. Les Impériaux avoient l'avant-garde, les Hollandois formoient la bataille, et les Espagnols l'arrièregarde, qui étoit fermée par quatre mille chevaux détachés des trois corps et commandés par le prince de Vaudémont*. Monsieur le Prince alla reconnoître

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