Charles-Théodore-Othon, prince de Salm, qui avait épousé
156 iVIÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. [1674
de Nassau', le comte de Mérode^, plusieurs officiers principaux et beaucoup de subalternes. On prit cent sept étendards ou drapeaux, trois pièces de canon, deux petits mortiers, plusieurs pontons, et plus de trois mille chariots de bagage, dont on brûla la plus grande partie. Les Hollandois y perdirent aussi deux cent mille écus destinés au payement des troupes. [Les François y perdirent sept à huit mille hommes, dont une moitié resta sur le champ de bataille, et l'autre fut blessée.] Le chevalier de Fourilles^ et le marquis de Rochefort, Heutenants généraux, furent blessés; le premier en perdit la vie. M. du Montai, maréchal de camp"^, plusieurs officiers principaux et subalternes furent aussi tués ou blessés. On perdit quatre ou cinq étendards. Ce fut ainsi que se passa la journée de Seneffe, glorieuse à la nation et à Monsieur le Prince, qui s'y montra le même qu'il avoit paru à la bataille de Rocroy, à celles de Nordlingue, de Fribourg, d'Arras, de Dunkerque et de Saint-Antoine. Celle-ci auroit été plus glorieuse pour lui, s'il eût pu s'emparer du
en 1671 une princesse palatine, sœur aînée de la duchesse d'Enghien, belle-fille du grand Condé.
1. Georges -Frédéric de Nassau -Siegen, gouverneur de Berg-op-Zoom et mestre de camp de la cavalerie hollandaise. Il reçut une grave blessure, et en mourut peu après.
2. Maximilien, comte de Mérode, avait un régiment d'infanterie wallonne au service d'Espagne ; il mourut en mars 1675.
3. Ci-dessus, p. 78. Voyez les Mémoires de Gourville, t. II, p. 78, sur ses derniers moments et sur son admiration pour le Grand Condé. Il avait été pour Louvois un précieux auxiliaire dans l'œuvre de la réforme de la cavalerie.
4. M. du Montai fut gravement blessé d'un coup de mousquet à la jambe.
troisième défilé, ou s'il se fût contenté d'avoir emporté les deux premiers, d'avoir défait une partie considérable de l'armée et pris tout le bagage.
Peu de jours après cette action, Monsieur le Prince alla camper vers Maubeuge, et les ennemis vers Quiévrain. Ils y rafraîchirent leur armée et réparèrent le dérangement causé par le combat précédent. Ayant ensuite été renforcés par quelques nouvelles troupes qui leur arrivèrent, ils assiégèrent Audenarde'. Monsieur le Prince les suivit aussitôt, ramassant les troupes des garnisons dont il grossit son armée, et marcha par Tournay et le pont d'Espierres^ pour leur faire lever le siège. Il y avoit huit jours que la tranchée étoit ouverte, quand Monsieur le Prince se trouva sur eux. Le prince d'Orange ne voulut pas lever le siège, mais tenter un second combat. M. de Souches, loin d'être de cet avis, commença par faire retirer vers Gand les troupes impériales, et le prince d'Orange fut contraint de le suivre^. Heureusement pour lui qu'il survint au point du jour un gros brouillard, qui cacha sa retraite; car Monsieur le Prince n'auroit pas manqué de battre au moins son arrière-garde, dont la perte de toute l'armée se seroit peut-être ensuivie [à cause de la dis-
1. La tranchée fut ouverte le 16 septembre; auparavant, le marquis de Ranes avait pu se jeter dans la place, avec deux cents cavaliers, pour suppléer le gouverneur, très âgé.
2. Espierres, sur l'Escaut, à deux lieues et demie au sud de Courtray.
3. Le 23 septembre. Les Allemands repassèrent dans le Palatinat; l'armée espagnole se sépara, et le prince d'Orange alla au siège de Grave. Les lettres relatives au débloquement d'Audenarde sont dans les volumes 400 et 401 du Dépôt de la guerre.
sension des chefs]. Le prince d'Orange ne put pardonner au comte de Souches le tour qu'il prétendoit qu'il lui avoit joué. Il lui imputa tout le mauvais succès de cette campagne, quoiqu'il eût sauvé l'armée hollandoise à Seneffe ; il fit de grandes plaintes de ce général, et, soit que l'Empereur les crût fondées, ou bien qu'il voulût donner cette satisfaction au prince d'Orange, il rappela bientôt M. de Souches, et ne lui donna plus d'emploi depuis.
Après cette retraite, les Allemands entrèrent dans leurs quartiers d'hiver, et le prince d'Orange mena les troupes hollandoises achever le siège de Grave, que M. de Rabenhaupt avoit commencé depuis plus de deux mois [et qui se tiroit en lenteur par la bonne défense de ceux de dedans. Quoique ce siège se réchauffât par l'arrivée du prince d'Orange, qui le poussa avec vigueur, M. de Ghamilly, qui défendoit la place avec toute sorte de bonne conduite et de valeur, ne l'auroit pas rendue si tôt, quoiqu'il n'attendit aucun secours, sans un ordre qu'il reçut de la cour de le faire sous des conditions honorables : ce qui fut exécuté'].
Entre plusieurs actions mémorables qui se firent durant ce siège, celle de M. de Melin, brigadier de cavalerie 2, ne doit pas être oubliée. Il s'agissoit de
1. Grave, ville forte sur la Meuse, que nous avons vu prendre par Turenne en 1672, était assiégée depuis le mois de juillet et défendue par Noël Bouton, marquis de Ghamilly, alors brigadier, qui se distingua par sa valeur et son opiniâtreté. En quatre-vingt-treize jours de tranchée, les assiégeants perdirent douze mille hommes, et la ville ne se rendit, le 26 octobre, que sur l'ordre formel du roi. (Vol. Guerre 399-401.)
2. N. de Melin était à la tête d'un régiment de cavalerie depuis 1658.
fournir à cette place des secours en argent et d'en tirer les otages hollandois qui y avoient été conduits pour sûreté du payennent de deux millions dus pour reste de contribution ou de rachat des villes abandonnées. Ce brigadier entreprit de faire ces deux choses en même temps. Il paitit de Maëstricht avec six cents chevaux et dix mille pistoles. Arrivé près de Grave sans être découvert, il traversa le camp des ennemis en plein jour et se jeta à bride abattue dans la place. Après qu'il y eut fait repaître, il en sortit avec les otages et ses troupes, et revint à Maëstricht sans avoir fait aucune perte considérable^. La prise de cette ville finit la campagne de Flandre.
[Parlons un peu de ce qui se passa sur mer. La paix que les États d'Hollande avoient conclue avec l'Angleterre les rendit maîtres de la mer, et, n'ayant plus cette armée à combattre, ils partagèrent la leur en deux corps. Le premier, sous M. de Ruyter, fit voile vers les îles de la Martinique, à dessein d'en chasser les François; mais il y fut si bien reçu, qu'il fut obligé de faire rembarquer ceux qu'il avoit fait descendre à terre, et y perdit beaucoup de monde.]
[M. Tromp, avec l'autre corps, vint faire une descente à Belle-Isle, où il ne fit rien. De là il passa dans l'île de Noirmoutier, où il séjourna quinze jours ou trois semaines, et, voyant qu'il ne pouvoit rien entreprendre sur les côtes voisines, parce qu'elles étoient trop bien gardées, il rembarqua son monde, après avoir fait enlever le bétail et rançonner les habitants de l'île de Noirmoutier. Puis cette armée alla passer