Mémoires, tome III de 1873, p. 4G
Mme des Ursins, et elle s'en étoit défaite honnêtement peu après le départ du cardinal d'Estrées, à qui le Roi et notre ministère avoient étroitement recommandé d'être attaché aux deux cardinaux, dont, après, la princesse eut l'art de lui faire un crime. Ainsi, l'abbé d'Estrées parti, il n'y avoit plus là de françois de capacité et de confiance : c'est ce que vouloit Mme des Ursins, qui, de Toulouse, gouvernoit l'Espagne comme le cardinal Mazarin avoit gouverné la France de ses deux éloignements. Elle laissa longtemps croire qu'elle n'appeloit pas de son retour en Italie1 ; puis elle sonda la permission de se venir justifier à la cour auparavant, en protestant bien que c'étoit pour sa satisfaction et son honneur uniquement qu'elle demandoit cette grâce, sans aucune pensée de retour en Espagne. Cela fut rejeté; mais, peu à peu, on lui permit de demeurer tant qu'elle voudroit à Toulouse, et, à la fin, de venir à Paris, mais sans approcher plus près de la cour. Arrivée là par degrés, elle triompha de bien dire et refusa Paris et tout autre lieu, si elle n'étoit admise aux pieds du Roi en ses justifications. Cela dura encore longtemps à ce point, tandis que la reine d'Espagne, soutenue du roi son mari, mêloit les instances et les soumissions avec les tempêtes, et que Mme de Maintenon faisoit adroitement valoir son esprit, son bon cœur, son âge, son crédit sur son mari et sur sa cour, tous les avantages qui s'en pouvoient tirer, et qui ne se pourroient jamais seulement tenter tandis qu'elle demeureroit outrée au point qu'elle l' étoit. Tant de fortes et d'artificieuses batteries réussirent à la tin, et, vers la fin de l'été de 1705, elle eut permission de venir à la cour. Elle partit et voyagea lentement, disposant cependant toutes ses affaires, et, après s'être reposée quelques jours à Paris, où elle se tint fort renfermée, elle alla, à jour nommé, dîner chez Torcy, à Versailles, où il ne fut question de rien, et de là dans le cabinet du Roi, où Torcy la conduisit, mais sans entrer, et où elle demeura près de trois heures tète à tête. Elle y étoit entrée avec l'air fort assuré, et nullement en personne qui va tâcher de se justifier : elle en sortit radieuse, et, dès ce moment, son triomphe commença. Les premiers mois, après avoir vu Mme de Maintenon, Monseigneur et Mme la duchesse de Bourgogne en particulier, elle parut peu à la cour ; mais sa maison fut ouverte à ses amis à Paris, et on peut croire qu'elle ne manqua pas de gens qui en usurpèrent le nom. Après Fontainebleau, elle fut du voyage de Marly, et elle n'en manqua plus, mais peu à Versailles, et sa faveur alla toujours croissant. Il n'étoit pourtant pas encore question de retourner en Espagne ; mais on ne parloit plus de Rome, et c'étoit déjà beaucoup. La considération augmentoit, et ir ne se passoit point de Marlis, dès la fin de l'hiver, qu'elle n'eût des particuliers avec Mme de Maintenon, et quelquefois avec le Roi. La cour grossissoit chez elle, et, vers le printemps, il fut question d'Espagne : elle se laissa conduire à Mme de Maintenon, et ne montra d'empressement sur rien; seulement, elle commença à parler des lettres qu'ellô