‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 141 sur 548 · N'est point surcharge est de fer · texte numérisé non relu

N'est point surcharge est de fer

4. Le manuscrit porte : au déspends, avec un accent ajouté après coup. B. Llave capona, que le dictionnaire de l'Académie espagnole traduit

en latin par elaeis lionoraria reij'ae camerse. Voyez les Mémoires de Mme d'Aulnoy, tome I, p. 413, et la Gazette de 1686, p. 549. C'est par suite que notre auteur, daus notre tome III, p. 129, a appliqué cette expression de caponne au mot charge, pour dire : une sinécure sans fonctions.

cette distinction'. Les plus grands seigneurs sont gentilshommes de la chambre de ces deux sortes, et, s'il en4 vaque une place en exercice, elle est souvent donnée à un des gentilshommes de la chambre qui n'en a point, quelquefois aussi à un seigneur qui n'est pas gentilhomme de la chambre. Tous sont égaux, sans aucun premier entre eux, et ceux d'exercice y entrent tour à tour suivant leur ancienneté d'exercice entre eux.

J'ai oublié un emploi assez subalterne par la qualité de Estampilla. celui qui l'a toujours successivement exercé, non pas héréditairement, mais qui est de la plus grande contiance et importance. L'emploi, l'employé et l'instrument de son emploi ont le même nom, qui ne se peut rendre en françois : il s'appelle estampille*. C'est un sceau d'acier

1. 11 faut rapprocher do cet article un passage tout pareil des Mémoires du duc de Luynes (tome X, p. 2H7), daté de juin 1750, temps où vivait encore Saint-Simon : « J'ai trouvé M. de Pignalclli avec une grande clef de vermeil attachée au-dessus de la poche droite avec un ruban; c'est la marque de la dignité de chambellan (sic). Cette clef, qui est grande et très apparente, désigne non seulement les entrées que cette charge donne, mais encore elle ouvre les appartements du roi : de sorte que, si celui qui porte celte clef la perd, il lui en coûte environ deux mille pistoles pour payer les frais qu'il en coûte pour changer les gardes de toutes les serrures que cette clef ouvre. Cette clef est envoyée d'Espagne ; mais les chambellans qui n'habitent point en Espagne, ni même à la cour, ont grand soin, pour éviter pareils frais, d'en faire faire une pareille qui est sans panneton, et qu'ils portent ordinairement. » Notre Gazette de 1750 (p. 233) distingue trois sortes de clefs de gentilshommes, la première donnant l'exercice, la seconde les entrées seules, et la troisième ne conférant aucun droit à l'exercice ni aux entrées. Aussi cette feuille avait-elle soin de faire la distinction toutes les fois qu'elle annonçait des nominations dans sa correspondance de Madrid. Dangeau parle (Journal, tome I, p. 256; comparez la Gazette de 1685, p. 690) d'une autre clef, la llave de 1res dubtos, ou clef à trois tours, qui ouvrait aussi tous les appartements du palais, même les plus secrets, même les tribunes d'où l'on pouvait entendre 1rs délibérations des conseils, et que, très rarement, le roi donnait à la reine, comme marque de sa confiance absolue.

"1. En est en interligne.

3. Le dictionnaire de l'Académie espagnole ne connaît que le sub-

sur lequel est gravée la signature du roi, niais semblable à ne la pouvoir distinguer de la sienne. Avec une espèce d'encre1 d'imprimerie ce sceau imprime la signature du roi, et c'est Y estampilla lui-même qui y met l'encre et u Roche. qui imprime. Je l'ai vu faire à la Roche2, qui l'a eue en arrivant avec le roi en Espagne1, et cela se fait en un instant. Cette invention a été trouvée pour soulager les rois d'Espagne, qui signent une infinité de choses, et qui

stantif féminin estampilla, nom de chose, que Saint-Simon a d'ailleurs

employé dans la manchette. Le mot n'était pas encore passé en français au dix-septième siècle; mais, peu après, il apparaît dans le Dictionnaire de Trévoux, seulement aussi comme nom de chose. En ce temps-là, d'Argenson, dans ses Essais dans le goût de Montaigne (p. 30-1-302), à propos de la petite académie instituée au Luxembourg par l'abbé de Choisy, parle d'un « fer à queue » dont M. Arnauld, évèque d'Angers (1649-92), se servait pour souscrire de son seing les papiers sans importance, et il dit que cela s'appelle le cachello chez les princes d'Italie, la stampilla en Espagne, où le seing royal ne se compose que des trois mots Yo el Rey, sans nom. Nous trouvons même un procédé semblable en usage à la cour de France dès la première partie du règne de Louis XIV : quand le comte de Vermandois, à deux ans, puis le comte de Toulouse, à cinq ans, furent décorés du titre d'amiral de France, le greffier le Fouyn fut chargé, pour l'un et pour l'autre, d' « empreinter • au bas des expéditions une sorte de griffe, caractère ou estampe, portant les noms et qualités du petit prince, et qui donnait toute validité aux actes : Arch. uat., lettres patentes du 12 novembre 1669, X'a 8668, fol. 54 V; brevet du 9 décembre 1683, Ol 27, fol. 358. Au siècle suivant, l'usage de la signature en griffe devint courant dans certains ministères ou services, et, si je ne me trompe, pour le Roi lui-même.

1. Il écrit : ancre, tandis que nous avons eu (tome VII, p. 278) encrer dans le sens de fixer par une ancre, et nous trouverons aussi encre pour ancre.

2. Claude-Etienne de la Roche, fils de l'amie de Bontemps (ci-dessus, p. 42-43) : tome VII, p. 345. Comparez les tomes III de 1873, p. 471, XVII, p. 318-319, et XVIII, p. 148.

3. C'est la Roche qui, en 1723, apposa l'estampille aux lettres de grandesse pour le marquis de Ruffec, après avoir délivré, comme secrétaire de la chambre, le certificat de couverture du 14 juin 1722 ; ces deux pièces sont imprimées dans le tome XXI et complémentaire de l'édition de 1873, p. 349-356. Comparez la digression sur les grands, dans le tome III de 1873, p. 97-98. Après la Roche, l'estampille fut confiée au chirurgien le Gendre, « un drôle hardi, souple, intéressé, qui se faisoit compter. »

passeroient, sans cela, un quart de leurs journées ' à signer2. Les émoluments sont continuels, mais petits, et la Roche, qui étoit un homme de bien, d'honneur, doux, modeste, bienfaisant et désintéressé, l'a faite jusqu'à sa mort avec une grande fidélité et une grande exactitude. 11 étoit fort bien avec le roi, et généralement aimé, estimé et considéré, et vovoit chez lui les plus grands seigneurs3. Cet estampilla ne peut jamais s'absenter du lieu où est le roi, et les ministres le ménagent.

J'attendrai àv parler des infants, infantes, et de leur maison, quand l'occasion s'en présentera5, parce qu'il y en a eu peu, et encore moins de maisons pour eux en Espagne, jusqu'aux enfants de Philippe Y6.

Aussitôt après que le roi d'Espagne fut arrivé à Madrid, il prit l'habit espagnol et la golille1, et fit quelques chan- changements

à la cour

1 . Ici tinit le premier des onze portefeuilles du manuscrit original des Mémoires, contenant 256 pages. Par erreur, Saint-Simon avait répété deux fois la numérotation 247 et "248, ce qui fait un feuillet de plus que. la pagination; l'erreur a été corrigée plus tard de 247 à 256, mais non sur le second portefeuille, qui débute par 255.

2. On a vu plus liant (p. 145) que le roi se contentait de parapher les consultes du conseil de Castille. Selon les Mémoires du maréchal de Mérode-Westerloo (tome I, p. 178), c'est le cardinal Portocarrero qui aurait mis après coup l'estampille au testament de Charles II.

3. Mine des Lrsins, de même, le regardait comme un très bon garçon, tout altaché à Philippe V, ne s'occupant que de son devoir, et dont aucun Espagnol n'eût dit du mal : Lettres inédites, publiées par M. Geffroy, p. 120, et recueil Bossangc de 1820, tome III, p. 232. C'est lui qui, selon les Mémoires de. Louville, tome I, p. 287, poussa Philippe V à aller se mettre à la tête de l'armée d'Italie, en 1702, et, quand ce roi abdiqua, la Roche, cédant la charge de valet de chambre à son fils, reçut un titre de marquis (Gazelle, 1724, p. 115). Il signait : Delaroche. On trouve nombre de lettres de lui aux Affaires étrangères.

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