Le q de qui surcharge un (/. — 5. La cour de la Reine
fi. Avant ce qui, Saint-Simon a biffé dans celle de ce caveau.
7. Comparez une autre description dans le tome XIX, p. 48. Le soir, quand il n'y avait ni appartement ni comédie, Monseigneur descendait dans son caveau pour y jouer avec ses familiers, d'où la locution : « Il y a Caveau, » signalée en 1690 par Callières comme une nouveauté (.Journal de Dangeau, tome IV, p. 13 et note). A Marly, la chambre du prince s'appelait « le Cabaret » (ibidem, tome Y, p. 382). L'appartement de Versailles est occupé maintenant par les séries de portraits des amiraux, connétables et maréchaux de France.
8. On l'avait étendu sur son lit tout nu, « comme il étoit, » disent les Mémoires de Son relies.
9. Ici, les Mémoires de Sourehes disent : « Pendant que l'on connut de tous côtés pour avoir du secours, on s'aperçut qu'il avoit les dent'-
sonne, et se défendit tant qu'il put contre Félix, qui, dans cette nécessité pressante, se hasarda de le saigner en l'air, et y réussit1 : la connoissance revint, il demanda un confesseur; le Roi avoit déjà envoyé chercher le curé2. On
extraordinaireraent serrées, et un garçon qui avoit soin de ses chiens, nommé Salentin, s'avisa de les lui desserrer, quoique avec peine, avec la laine d'un méchant couteau qu'il avoit; et ensuite, ayant tourné cette lame pour les ouvrir davantage, il eut l'esprit d'approcher le manche du couteau, qui étoit pliant, et de le fourrer entre les dents de Monseigneur, qui, moyennant cela, ne purent plus se refermer. » Les mêmes détails, recueillis aussi dans la lettre xxxvm de Mme Dunoyer, se retrouvent dans un éloge funèbre du fds de ce bon serviteur que les représentants actuels du nom gardent précieusement, avec le couteau dont il usa si à propos. Dans l'éloge funèbre, il est dit que c'était un officier du Roi, connu pour son talent sur la viole, et que Louis XIV créa pour lui une charge spéciale dans sa musique. Cependant son nom n'est donné par Y Etat de la France, ni en 1698, ni en 1702. La version de la Gazette d'Amsterdam (n° xxv) est que Monseigneur tendait un bras au valet de garde-robe, pour ôter son justaucorps, quand il tomba en faiblesse, ne pouvant plus qu'indiquer qu'il étouffait de la gorge. Quoi qu'il en soit, Salentin, on plutôt Sallantin, reçut une pension perpétuelle sur le Trésor royal, et ses héritiers l'ont touchée jusqu'à la Révolution. L'éloge funèbre qui m'a été obligeamment communiqué dit aussi qu'un tableau commémoratif, intitulé : le Vœu de la France, et représentant Monseigneur soutenu par Sallantin, fut placé aux Jacobins, sans doute dans l'église de la rue Saint-Honoré. Est-ce le portrait de ce prince qui y existait en 1790? — Tout cela se passait avant que la nouvelle parvînt en haut. « Cependant, disent les Mémoires de Sollicites, on avoit couru à la chambre du Roi, qui n'étoit pas encore couché, pour faire venir le premier médecin Fagon, et il y eut des gens assez indiscrets pour dire au Roi, sans préparation, que Monseigneur étoit tombé en apoplexie. Ce coup frappa le Roi terriblement, et, tout goutteux qu'il étoit, il descendit en diligence à l'appartement de son tils, qu'il trouva dans un fauteuil, encore sans connoissance. »
1. Félix, devenu très maladroit pour saigner, et qui, une fois déjà, avait « piqué l'artère » de son bon ami de Nyert, et même avait « manqué » le Roi (Mémoires de Sourrlies, tome lli, p. 160), fut plus heureux cette fois : la veine était à peine ouverte, que Monseigneur reprit connaissance (ibidem, tome VII, p. 34). On laissa d'abord le sang couler par terre, puis on le recueillit dans le dessous du pied d'un flambeau. -2. <• Le premier soin du Roi, en entrant dans la chambre de Monseigneur, fut d'envoyer chercher un confesseur; quand Monseigneur eut
lui donna1 force cinétique2, qui fut longtemps à opérer, et qui, sur les deux heures, lit une évacuation prodigieuse haut et bas '. A deux heures et demie, n'y paroissant plus de danger, le Roi, qui avoit répandu des larmes*, s'alla coucher, laissant ordre de l'éveiller, s'il survenoit quelque accident. A cinq heures, tout l'effet étant passé, les médecins le laissèrent reposer, et firent sortir tout le monde de sa chambre. Tout y accourut5 toute la nuit de Paris.
repris connoissance, il en demanda un lui-même, et M. le curé demeura toute la nuit dans sa chambre. » (Journal de Dangeau, p. .">9.) La cure de la Paroisse appartenait aux prêtres de la Mission, et le titulaire, en 1701, était François Hébert, qui fut nommé évèque d'Agen à la Noël do 1703, et mourut à Paris, le "20 août 1728, dans sa soixante-dixhuitième année : homme d'un grand esprit, d'une science éminente, disait-on, et très remarqué dans la cure la plus chargée qui fût au monde.
1. Lui) est en interligne, et donna surcharge un premier donna.
"2. 11 est bien connu que ce remède à l'antimoine, mis en vogue par Renaudot et Guénault, mais combattu violemment par Guy Patin, était une des bases de la thérapeutique, avec les saignées, les purgations et les lavements. Les Mémoires de Sourches disent, en 1680 (tome I, p. 383; comparez tome IV, p. 320) : « On prenoit alors la coutume d'en donner aussi familièrement que d'autres remèdes, et le bonhomme M. le duc de Montausier ne se purgeoit jamais autrement. » La Bruyère s'écrie, dans le chapitre De quelques usages (tome II, p. 200) : « 0 Fagon- Esculape! faites régner sur toute la terre le quinquina et l'émétique.... »; et Regnard dit, en 1696, dans le Joueur (acte II, scène xv) :
Aux maux désespérés il faut de l'émétique.
3. L'expression est empruntée à Dangeau, et se retrouve dans la gazette à la main du Musée britannique. Les Mémoires de Sourches disent : « On donna successivement à Monseigneur huit onces de vin émétique, une médecine et un lavement, qui en étaient encore composés, et qui lui firent des effets extraordinaires, de sorte qu'avant le matin il fut hors de danger. » Le vin émétique était une infusion de « safran des métaux » ou de « verre d'antimoine • dans du vin blanc (Dictionnaire de Trévoux).
4. « Le Roi, dit Dangeau, éloit dans une affliction inconcevable, ne pouvant retenir ses larmes et n'ayant presque pas la force de parler. Mme la duchesse de Bourgogne fondoit en larmes. Toutes les princesses vinrent, toutes les dames se relevèrent; M. de Chartres arriva de Saint-Cloud entre trois et quatre heures du matin.... »
,'>. Accouru, par menante, dans le manuscrit.
Il en fut quitte pour garder sa chambre huit ou dix jours ', où le Roi l'alloit voir deux fois par jour, et où, quand il fut tout à fait bien, il jouoit ou voyoit jouer toute la journée. Depuis, il fut bien plus attentif à sa santé, et prit fort garde à ne se pas trop charger de nourriture5. Si cet accident l'eût pris un quart d'heure plus tard, le premier valet de chambre qui couchoit dans sa chambre l'auroit trouvé mort dans son lit3. Paris aimoit Monseigneur, peutêtre parce qu'il y alloit souvent à l'Opéra*. Les harengères3
1. Toutefois, le jour suivant, on lui tira encore quatre pâlottes de sang, in plus des six de la nuit; le surlendemain matin, il fut saigné pour la troisième fois; le 22, il se remit à manger et boire comme d'ordinaire, et reçut les ministres étrangers, pour qui c'était jour d'audience; le 23, il prit médecine, et il reparut entin le jeudi saint 24.
2. 11 eut aussi des scrupules de conscience et promit de congédier la Raisin, de qui il avait un ou deux enfants; Correspondance de Madame, éd. Jaeglé,totne I, p. 268; Lettres de Mme Dunoyer, lettre xxxvm. Quant à la santé, il fut réglé qu'on le purgerait six fois par an et qu'on le saignerait deux fois.
3. « Ce n'étoit point une apoplexie, dit Dangeau (p. 00); il n'a eu nulle convulsion, ni la bouche ni les yeux ne sont tournés, il ne reste aucun dépôt sur aucune partie: c'étoit plénitude de sang et ce que les médecins appellent jectus sanguinis, qui auroit été bien dangereux, s'il avoit pris à Monseigneur dans son lit surtout, parce qu'il ne fait courber personne dans sa chambre. Si le mal même l'avoit pris à Meudori ou en revenant, il n'auroit pu être secouru si à propos. »
\. Kn effet. Monseigneur était assez assidu à l'Opéra, ce qui le faisait voir aux Parisiens (Cours galantes, par M. Gustave Desnoiresterres, tome 1, p. 239-240 ; Jal, Dictionnaire critique, p. 924). C'est lui qui, en décembre 1098, avait fait renouveler le privilège au profit de Prancme, avec un quart (les bénéfices pour son écuver Du Mont, et, le mois suivant, il avait demandé six représentations consécutives du Carnaval de Venise [Gazette de Rotterdam, 1099, n° 5). Mais l'Opéra n'était pas seul à jouir de la faveur du prince : la comédie italienne, que nous avons vu expulser en 1097, l'avait toujours considéré' comme son protecteur en titre, et les comédiens français donnaient souvent devant lui des pièces légères, licencieuses même (Dangeau, tome IX, p. 82; Mémoires de Sourches, tome 11, p. 195; Mémoires de Mathieu Marais, tome I, p. 142)-.
3. Il écrit : luirangèrcs. — Ce nom désignait, non seulement les débitantes de hareng ou autre poisson, frais ou salé, les « grosses vilaines vendeuses de morue, ■ qui se tenaient dans un tonneau, en plein vent,
force milice.
des Halles imaginèrent de se signaler1 : elles en députèrent quatre de leurs plus maîtresses commères pour aller savoir des nouvelles de Monseigneur. 11 les fit entrer : il y en eut une qui lui sauta au collet, et qui l'embrassa des deux côtés; les autres lui baisèrent la main. Elles turent très bien reçues : Bontemps les promena par les appartements et leur donna à dîner, Monseigneur leur donna de l'argent, le Roi aussi leur en envoya. Elles se piquèrent d'honneur : elles en firent chanter un beau Te Deum à Saint-Eustache2, puis se régalèrent3.
Capitation; Le Roi, voyant enfin que l'alliance unie contre lui à la
'randeaugmen- c|ernjere guerre se rejoignoit, et se préparait à y rentrer troupes; contre lui en même temps que ces puissances essayoient et auxquelles notre auteur a comparé la maréchale de Luxembourg (tome II, |>. 40), et aussi Mme de Charlus (Addition au Journal de Dangeau, tome XVII, p. 469), mais la généralité des marchandes établies aux Halles, et dont la verve triviale fut de tout temps légendaire lArcliivcs de la Bastille, tome VII, p. 224). C'est sous Louis XV qu'on commença;! leur donner la qualification plus respectueuse de « dames de la halle » (Mémoires de Luynes, tome XI, p. 260-261).
1. « Le jeudi saint, 2o mars, les femmes de la halle de Paris députèrent quatre d'entre elles pour venir savoir des nouvelles de Monseigneur. Il voulut bien les voir; il y en eut même une <pii l'embrassa, les autres lui baisèrent la main. Il les remercia, leur donna de l'argent; le Roi leur en fit donner aussi. Le petit Bontemps les emmena dîner chez lui, et elles s'en retournèrent à Paris charmées d'avoir vu Monseigneur en bonne santé et de la réception qu'on leur a faite. » (Journal de Dan- (je.au, tome VIII, p. 64-65.) Comparez les Mémoires de Sourches, tome VII, p. 36-37, et, ci-après, l'appendice XVI.
"2. A raison du voisinage des Halles, Saint-Eustache, rebâti de 1532 à 1642, était la paroisse de toutes les corporations de marchandes, et. aujourd'hui même, celles-ci témoignent encore pour l'église et pour le curé un attachement très sincère. C'est là qu'elles avaient fait longtemps prier pour le retour du duc de Beau fort, le « roi des Halles. » C'était aussi la paroisse du Palais-Royal. — Le Ti avril, Du Mont, l'écuyer du prince, lit chanter un magnifique Te Deum à l'Oratoire, où Bossuet officia.
3. L'usage s'établit peu à peu que ces dames vinssent haranguer le Roi et la Reine dans les occasions solennelles: Mémoires de Luynes, tomes IX, p. 350-341, et XI, p. 260-261. Dès la Fronde, nous voyons (Muse historique, tome I, p. P24) les harengères du Marché-Neuf convier le petit roi à venir à leur paroisse de Saint- Germain-le-Vioui.
[1701! DE SAINT-SIMON. 24a
de l'amuser pour se donner le temps de mettre ordre à leurs affaires', songea aussi à s'y préparer*. Il augmenta son infanterie de cinquante nulle hommes3; il forma soixante-dix bataillons de milices1, et augmenta sa cava-
1. Voyez ci-dessus, p. 68-61), ce qu'il a dit des Hollandais.
"2. Lors dos dernières guerres, l'armée avait été portée à près de trois cent mille hommes en 1678, à quatre cent mille et plus en 169a. La réforme faite après les traités de Rvswvk avait réduit les effectifs au chiffre ordinaire de cent trente ou cent quarante mille hommes (voyez un état exaet, à la fin de 1699, dans la copie des Dépêches vénitiennes, ms. Ital. 1916, p. 754-759, et le Journal de Dangeau, tome VI, p. 234-235 et 295, les Mémoires de Sourches, tome V, p. 364-36S et 371, et un article de l'Esprit des cours de l'Europe, janvier 1700, p. 40-50). On ne dépassa pas le chiffre de quatre cent mille dans la guerre de 1701 à 1713.
3. Danaeau, tome VIII, p. 27 : augmentation de dix hommes par compagnie et d'un bataillon de miliciens (note suivante) dans les régiments qui ne comptaient qu'un bataillon. Jusqu'en 1710, les bataillons de campagne furent de cinq cent quatre-vingt-cinq hommes.
4. Au commencement de la guerre précédente, un règlement du 29 novembre 1687 avait décrété la mise sur pied, pour le ier janvier 1689, de trente régiments de milice d'infanterie (25 050 hommes) qui fussent toujours en état de « marcher aux lieux où S. M. le jugerait à propos pour la sûreté de ses places, tant frontières que maritimes. » Chaque paroisse, les plus pauvres étant exceptées à raison d'une sur trois, fournissait un homme ou plus selon son taux de taille, soit qu'elle choisit parmi les garçons propres au service, soit qu'elle procédât par tirage au sort. Chacune aussi pourvoyait à l'équipement, à l'entretien, à la solde de ces miliciens, qui devaient deux ans de service, soit sur place, dans leur pays, soit en campagne. Les hommes d'un même canton se réunissaient par compagnies. Les officiers étaient proposés par le gouverneur de la province, parmi les gentilshommes ayant servi. Comme l'ont fait remarquer les écrivains spéciaux, cette création de milices permanentes et enrégimentées sur tout le territoire constituait une vraie révolution dans l'organisme militaire de la France. Elle avait donné autant d'embarras et de complications que de faux frais pour les paroisses, et néanmoins les milices avaient fait un bon service à côté des troupes régulières, en Catalogne, dans les Alpes, en Savoie, aussi bien que sur les cotes, dans les places du Royaume, ou dans les provinces nouvellement converties On les avait licenciées à la fin de la guerre. La nouvelle ordonnance du 26 janvier 1701, pour la levée d'un ou plusieurs hommes dans chaque paroisse, porta que ces miliciens ne formeraient
lerie de seize mille, et ses dragons à proportion1. Ces dépenses renouvelèrent la capitation, dont l'invention < sst due à Bâville, intendant ou plutôt roi de Languedoc2. Elle eut lieu pour la première fois à la fin de la dernière guerre3. Pontchartrain y avoit résisté tant qu'il avoit pu comme au plus pernicieux impôt par la facilité de l'augmenter à volonté d'un trait de plume, l'injustice inévitable de son imposition à proportion des facultés de chacun, toujours ignorées, et nécessairement livrée à la volonté des intendants des provinces, et l'appât de le rendre ordinaire, comme il est enfin arrivé malgré les édits et les
plus dos régiments dietincts, niais seulement dos bataillons à incorporer dans chaque régiment de l'armée qui no comptait qu'un bataillon. « Il n'y eut plus do milices enrégimentées, dit M. Roussot (Histoire de Louvois, tome III, p. 3*23), et les miliciens ne furent plus que des victimes désignées d'avance à la rapacité des recruteurs. » Fénelon et ■ M. do Chèvreuse eussent voulu, au contraire, l'enrôlement libre et le service réduit à cinq ans pour tous. — Ces recrues, commandées par des capitaines réformés, ne devaient d'abord faire que cinquante-sept bataillons; mais le nombre on fut bientôt porté à soixante-dix. et l'effectif atteignit un chiffre de trente mille hommes en 1703 (Journal de Danyeau, tomes VIII, p. 27 et 88, et IX, p. 3-43). Deux ordonnances des 10 et 24 décembre 1701 obligèrent les communautés de marchands et artisans à fournir des recrues comme les paroisses, et, la guerre se prolongeant, on trouva le moyen d'augmenter encore cette ressource.
1. Dangeau, tome VIII, p. 22, "21 , 28 et 31 ; Gazelle d'Amsterdam, ïï" x, xiv, xvi, xx, etc. Selon Vauban (Oisivetés, tome I, p. 237-240), la cavalerie, y compris la maison du Roi, la gendarmerie, etc., en 1693, formait un
.effectif total de quatre-vingt-dix-huit mille hommes, contre trois cent quarante mille hommes de pied. En janvier 1701, elle fut augmentée de dix hommes par compagnie, plus cent vingt nouvelles compagnies, et il y eut en outre soixante-douze compagnies nouvelles de dragons, en six régiments. Les capitaines reçurent cinquante écus par cavalier et quarante par dragon, plus des gratifications, ou, selon la Gazette d'Amsterdam, quarante-cinq écus par dragon de nouvelle levée, et soixante-quinze par dragon d'augmentation. Une déclaration royale prorogea d'un an le sauf-conduit qui protégeait les officiers contre leurs créanciers.
2. Comparez ce qu'il a déjà dit de la capitation de 1695, supprimée en 1698 : tomes II, p. 223, et VI, p. "287.
3. Non pas tout à fait à la tin, mais avant que la septième année fût terminée.
"tos
[ 1701 j DE SAINT-SIMON. 247
déclarations remplies des plus forles promesses de la1 faire cesser à la paix. Mais, à la fin, il eut la main forcée par la nécessité des dépenses, par les persécutions2 de Bàville, et par les mouvements des financiers1. Celle-ci fut beaucoup plus forte que n'avoit été la première, comme sont toujours les impôts, qui vont toujours en augmentant4.
I. Le manuscrit porte bien ici la, et le deux lignes auparavant. "2. Persécution, au singulier, dans le manuscrit.
3. Il a déjà dit tout cela en 1695 et en 1699, et les erreurs qu'il commet sur l'origine de la capitation ont été relevées dans l'appendice IV de notre tome II; il faut également se reporter aux objections que Nicolas Desmaretz faisait d'avance à ce genre d'imposition, dans un de ses mémoires de 1693 : tome VII, Appendice, p. 586. L'abbé d'Auvigny, dans la biographie de Cbamillart [Vies des hommes illustres, tome VI, p. 300 et 305), dit que ce ministre, lui aussi, était opposé à la capitation, et qu'il ne la rétablit qu'à contre-cœur. Il écrivait alors au premier président de Harlay que c'était le seul remède praticable à son sens, quel que fût son éloignement pour les expédients tyranniques (Depping, Correspondance administrative, tome III, p. 3U21).
4. Dangeau dit d'abord, le 10 février (p. 34) : « En cas que la guerre commence, on établira la capitation, mais différemment de ce qu'elle l'avoit été la première fois; on prétend en tirer davantage, et par des moyens encore plus aisés et plus doux; » puis, le 17 mars (p. 57) : « La capitation est enregistrée et publiée; elle sera plus forte que la dernière. Le Roi a réservé à son Conseil de taxer les courtisans. » La capitation de la cour fut en effet l'objet d'un règlement à part, de même que celles des compagnies supérieures et de la ville de Paris, lesquelles firent par elles-mêmes la répartition du taux d'imposition qui leur revenait. Huant au clergé, il se racheta d'abord par un don gratuit annuel, puis s'affranchit définitivement en 1710, en payant six fois la valeur de ce don. — La déclaration royale qui rétablissait dans ces conditions la capitation fut signée le 12 mars 17111, et enregistrée le 17 : voyez une des expéditions originales aux Archives nationales, K124B, u° 36-. Le texte en a été publié, en dernier lieu, dans l'Appendice du tome II de la Correspondance des Contrôleurs généraux des finances, p. 504-508. Les considérants placés en tète furent l'objet de quelques critiques des gazettes de Hollande que nous indiquerons ci-après, appendice XVII. Là aussi, je pourrai dire quels furent les produits des premières années. Comme il y avait alors une tendance très positive à appliquer le même régime, en tout, à l'Espagne qu'à la France, Ubilla, le secrétaire du despacho universal, voulut, en 170*2, faire l'établissement d'une c'apitation, qui toutefois n'eût porté' que sur les grands, les personnes
Électeur \\ y avojt plusieurs années que l'électeur de Bavière'
de Bavière à , . , , . . . , , ,, , . . . . , , ,
Munich; Iticous n avoit ete chez lui . Bruxelles lui plaisoit plus que le sel'y suit. Bedmar jour de Munich, et, après avoir passé toute la dernière
commandant ., n ■ . •• ., -, ■■ ,
général des guei>1*e aux Pays-Bas, dont il etoit gouverneur, il y de- Pays-Bas espa- meura encore pendant la paix3. A la fin, ses affaires d' Ailetitrées et les officiers royaux, quitte à la généraliser ensuite; mais cette idée ne fut pas du goût de M. de Torcj : Mémoire» de Noailles,
p. KM), d'après la lettre de Louville datée du 3 mars 170-2. t. Il a écrit : Bavière*, ici et à la manchette.
2. Journal de Dangeau, tome VIII, p. 69. C'est le 3 décembre 1691 que Charles II avait déclaré gouverneur général des Pays-Bas espagnols à la place du marquis de Gastanaga, mais avec des pouvoirs exceptionnels, l'électeur Maximilien-Emmanuel, qui venait de commande]- l'armée impériale sur le Rhin et se trouvait alors à Venise, avec le prince Eugène, pour les fêtes du carnaval. L'Électeur s'était installé à Bruxelles le 26 mars suivant, et, le 1K mai, il avait été nommé chevalier de la Toison d'or. (Mémoires du maréchal de Mérode-Weslerloo, tome I, p. 71-74; Gazette, 169-2, p. 23, 33, 43, 60, 167 et 263.) L'Électrice, qui était issue du mariage de l'empereur Léopold avec la fille de Philippe IV d'Espagne, était venue aussi s'établir à Bruxelles, y avait mis au monde, en 1692, le petit prince électoral qui faillit hériter du royaume d'Espagne, et y était morte le 24 décembre de la même année. C'est elle qui, en dépit des inclinations primitives de l'Electeur, l'avait entraîné parmi les ennemis de la Fiance et l'avait fait élever au commandement de l'armée impériale envoyée sur le Rhin, puis à celui de l'année des Flandres, sous le prince d'Orange et au-dessus de M. de Vaudémont. Peutêtre aussi gardait-il un ressentiment des manœuvres de Louis XIV pour enlever à sa famille le siège électoral et archiépiscopal de Cologne. En secondes noces, il avait épousé une tille du roi Sobieski, bien moins Autrichienne. Quand il avait perdu le fils issu de son premier mariage, la cour de Versailles avait eu soin de lui faire faire de discrètes condoléances par le marquis de Pomponne, et de préparer ainsi une meilleure entente ; l'Espagne avait riposté en lui confirmant à vie le gouvernement, qui, selon la règle, n'eût dû lui rester que trois ans, ou six au plus. Selon les Mémoires de Westerloo (p. 132-133), son administration était fort critiquée.
3. Nous avons vu qu'en 1700 (tome VII, p. 333-336) sa conduite avait été très correcte, et son empressement fort marqué à prendre toutes les mesures nécessaires en faveur du nouveau souverain des Espagnes, quoique le marquis d'Harcourt manifestât encore quelque défiance à son égard. Dangeau revient plusieurs fois sur la satisfaction que l'on en éprouva à Versailles en 1701 (tome VIII du Journal, p. 33, 36, 38 et 64.) Ce n'était d'ailleurs qu'un retour pur et simple aux sentiments
magne le pressèrent d'y retourner. II le fit trouver bon au gnols par Roi1, et le pria, en même temps, de lui donner quelqu'un qui fût homme de guerre pour être témoin de ses actions, et à qui il pût communiquer les propositions de traités qui ne manqueroient pas de lui être faites, parce qu'il vouloit que le Roi et le roi d'Espagne fussent informés de tout ce qui le regarderoit, et ne rien faire que de concert avec eux2. On lui envoya Ricous3. C'étoit un homme de
français que l'Électeur tenait de son père, et dont Pomponne augurait favorablement dès 1680 (voyez ses Mémoires, tome I, p. 258 et suivantes) ; ils se soutiendront désormais jusqu'à la fin de la guerre, au prix des plus durs sacrifices. Si le jeune roi avait, refusé de lui renouveler ses pouvoirs, comme il l'en sollicitait, avant de quitter Versailles, c'est qu'on avait remis toutes les nominations au temps de l'arrivée en Espagne [Journal de Dangeau, tome VII, p. 443).
i. On remarquera que c'est Louis XIV qui, par une lettre du 19 mars (publiée aussitôt dans la Gazelle d'Amsterdam, n° xxv, de. Bruxelles), approuva la rentrée de l'Électeur dans ses États et la remise de ses pouvoirs à M. de Bedmar. L'ingérence de la France dans les affaires du gouvernement espagnol était donc complète. Au reçu de cette autorisation, Maximilien quitta tout aussitôt Bruxelles, le 22. Treize jours auparavant, son envoyé Monasterol avait signé à Paris un traité d'alliance, par lequel, en tant que Bavarois, il s'engageait à considérer comme ennemi quiconque troublerait Philippe V dans la succession d'Espagne, à interdire, même par la force, le passage des armées impériales à travers ses propres États, et à fournir quinze mille hommes à Louis XIV moyennant un subside mensuel de quarante mille écus. Par un article secret, le Boi promettait à la Bavière son appui « lorsqu'il s'agirait de l'élection d'un empereur ou d'un roi des Romains. » (Affaires étrangères, vol. Bavière 44, fol. 36,79-87 et 122-134.) L'Éleetrice ne partit que le 6 avril, et elle accoucha d'un fils, à Munich, le 10 juillet suivant.
2. C'est le texte de Dangeau (p. 64), qui ajoute : « M. de Bavière ne. sauroit avoir un procédé plus plein de franchise et de bonne foi que celui qu'il a. »
3. « Le Boi lui envoie M. de Ricousse (sic), qui est homme d'esprit et de courage, et S. M. lui donne dix-huit mille francs d'appointements pour cet emploi. » (Ibidem; comparez les Mémoires de Sourches, tome VII, p. 37, et la Gazelle, d'Amsterdam, n" xxvm.) Louis-Gaspard de Ricous était fils d'un premier maître d'hôtel du prince de Condé et neveu d'un Jean Ricous roué en 1653, avec Berthault, pour des menées contre l'État et contre le cardinal Mazarin, où la belle duchesse de
beaucoup d'esprit, qui avoit servi avec valeur1, ami particulier de M. et de Mine de Castries*, qui étoit de Languedoc, et qui avoit déjà eu quelques commissions en Allemagne. Castries, fort ami de Torcy, le lui avoit fait connoitre, et, par lui, à Croissy. Depuis que Ricous étoit revenu, il s'étoit toujours entretenu fort bien avec Torcy, s'étoit fait des amis de considération, et il étoit souvent à Versailles dans les bonnes maisons, où on étoit bien aise de le voir3.
Chàtillon et Condé lui-môme avaient été impliqués. (Mémoire» de Mademoiselle, tome II, |). 437, 43N et 530-538; Histoire amoureuse des Gaules, tome I, |>. 1X2 et 234-234; Mémoires de Gourville, p. 509; Gazelle, 1653, p. L051-1052; Arch. nat., 01 11, fol. 14-2; Bibl. nat., ms. Fr. 4197, fol. 150; J. Lair, Nicolas Foucquet, tome I, p. 2*2-2X0, etc.)
1. Ricous, ayant une compagnie dans le régiment d'Enghien-Bourbon et la même charge de premier maître d'hôtel que son père, accompagna Condé dans sa campagne de Franche-Comté, en 1608, et dans celle de 1672, où il fit fonction de premier aide de camp du duc d'Enghien et alla brûler le pont de Strasbourg [Gazelle, 1672, p. 1206-1207 ; Mémoires du comte de Guiche, p. 338). Il eut la compagnie de grenadiers de son régiment le 27 août 1682; mais, mécontent des Coudés, il s'attacha au maréchal de Luxembourg pendant la guerre de la ligue d'Augsbourg. se distingua sous ses ordres à Fleurus, fut un de ses aides de camp en 1692 et 1693, et vint plusieurs fois de sa part à la cour (Mémoires de Sourches, tomes IV, p. 65, et VII. p. 37 ; Journal de Dangeau, tome IV, p. 107 et 323). Quoique revêtu du titre d'envoyé extrordinaire à .Munich, il continua de servir sous les ordres de l'Electeur, reçut le grade de brigadier le 12 février 1703, fut blessé à Hochstedt en 1704, et revint en France avec le grade de lieutenant général de l'armée bavaroise. En 1707, Louis XIV le désigna pour aller remplir à Stockholm les mômes fonctions d'envoyé extraordinaire; mais il mourut à Versailles, le 11 août 1709, sans avoir pris possession de son nouveau poste. 11 jouissait d'une pension de mille livres depuis la création de l'ordre de Saint-Louis. L'instruction qui lui fut remise à Versailles, le 14 avril 1701, vient d'être publiée par M. André Lebon dans le recueil des Instructions aux ambassadeurs en Bavière, p. 104-147.
2. Ici, il a écrit : Castres, conformément à la prononciation, et, plus loin : Castries.
3. L'annotateur des Mémoires de Sourches dit (tome VII, p. 37, note 2) que Ricous avait fait connaître au maréchal de Luxembourg le mérite de Puységur, et que Puységur, en retour de ce service, le proposa pour aller en Bavière.
L'Électeur partit donc' et se fit suivre par toutes ses troupes, et laissa le marquis de Bedrnar commandant général des Pays-Bas espagnols en son absence5.
On fit en même temps3 imprimer les propositions que les Hollandois et les Anglois avoient faites àd'Àvaux dans les conférences de la Haye*. Les premiers demandoient d'avoir leurs garnisons dans une douzaine de places5, parmi lesquelles Luxembourg, Namur, Charleroy et Mons; et les Anglois, dans Ostende et Nieuport8. Cela montroit qu'ils ne cherchoient qu'à rompre, et la faute si lourde de leur avoir renvoyé leurs vingt-deux bataillons7. Ce n'étoit pas tout* : ils ajoutoient qu'on donnât satisfac-
1. Dangeau, tome VIII, p. 62; Gazette d'Amsterdam, n" xxv et xxvm.
2. Nous avons vu que l'Electeur avait envoyé Bedmar, gouverneur ries armes, pour complimenter les deux rois à Versailles : tome VII, p. 336, 338 et 339. 11 ne reçut que vers le 15 juillet son brevet de commandant général, avec toute l'autorité de gouverneur général, mais sans les prérogatives exceptionnellement accordées à l'Électeur, et commença aussitôt les tournées et réformes nécessaires : Gazette d'Amsterdam, nM xxxm et lviii. Nous verrons que cet emploi fit sa fortune.
3. Journal de Dangeau, tome VIII, p. 67, 29 mars. Comparez les Mémoires de Sourches, tome VII, p. 39-43.
i. Ci-dessus, p. 50-54. Ces conférences s'ouvrirent à la Haye le 14 mars, avec l'assistance de l'ambassadeur anglais Stanhope. Une partie des documents étaient imprimés au fur et à mesure dans la Gazette d'Amsterdam, u" xxu, xxv, xxvm, etc., et ils se retrouvent dans l'Esprit des cours, dans le ras. Arsenal 4137, p. 227-259, etc.
5. Voyez, au sujet de ces places, les lettres de Puységur au ministre, publiées dans le premier volume du général Pelet, p. 29-43.
6. Nous avons déjà rencontré (tome IV, p. 209) le nom de Nieuport; Ostende, plus au nord, présentait une double importance, et par son port sur la mer du Nord, et par les fortifications redoutables qui lui avaient permis, cent ans auparavant, de résister pendant quarante mois à l'armée espagnole d'Ambroise Spinola. Les généraux fiançais avaient songé a s'en saisir par surprise en 1691 (Mémoires de Yillars, tome I, p. '142-143). Nous la verrons prendre en 1706 par Marlborough.