‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 194 sur 548 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

8. Ceci est une addition faite par Dan-eau le jour suivant (p. 68) : « Dans la proposition qu'ont faite à M. d'Avaux les députés de Hollande et l'envoyé d'Angleterre, ils demandent encore qu'on donne contentement à l'Empereur et qu'il entre dans le traité qu'ils proposent. Le Roi,

tion à l'Empereur, et cela n'étoit pas facile à un prince qui prétendoit tout, et qu'il entrât dans leur traité. Aussi ces conférences ne durèrent-elles pas longtemps après des propositions si sauvages. Les Holiandois, pour gagner temps1 n'oublièrent rien pour amuser toujours2; mais, à

à son lever, a parlé de ces propositions-là à M. de la Rochefoucauld, et lui a dit : <• Vous les verrez imprimées, et vous les trouverez encore « plus insolentes qu'on ne vous le dit. » Dangeau rapporte pins loin (p. 74) que les Hollandais eux-mêmes, après avoir rail imprimer ce document, curent la pudeur de le supprimer. Voltaire, qui lit toujours mal Dangeau, a cru (Siècle, éd. Bourgeois, p. 312) que c'étaient des propositions de l'Empereur. L'original, envoyé par d'Avaux le 22 mais, est aux Affaires étrangères, vol. Hollande 193, fol. 102, 106 et 1 10 ; ou eu trouve le texte dans la Gazette d'Amsterdam, n° xwui, dans l'Appendice du tome VII des Mémoires de Sourches, p. 450-452, dans la copie des Dépêches vénitiennes, ms. liai . 1918, p. 376-378, 397-402 et 403-415, ou dans l'imprimé du temps, à la Bibliothèque nationale. L'auteur des Mémoires de Sourches dit, à ce propos (p. 42) : « Le Roi connoissant que ces mémoires avoient été dressés dans le cabinet du roi d'Angleterre, qui n'avoit fait outrer ces propositions que pour obliger la France à rompre la paix la première, S. M. voulut faire voir à toute l'Europe sa modération et son amour pour la paix en protestant qu'elle ne meltroit l'épée à la main que quand elle se verrait attaquée par les puissances jalouses de sa grandeur. » Les mêmes Mémoires (p. 39-40) racontent avec quelle indignation « tous les François, et ceux qui avoient le plus d'aversion pour la guerre, » accueillirent le texte hollandais. Comparez ce que rapportent Lamberty, dans ses Mémoires, tome I, p. 403-409, et Targe, dans l'Histoire de l'avènement des Bourbons, tome 1, p. 342-351. Malgré cet incident, M. d'Avaux fut autorisé à reprendre les conférences (Galette d'Amsterdam, n" xxxix), et la même feuille en publia (Extr. xi.iv et lxi) deux comptes rendus, l'un fait par les États-Généraux, l'autre par l'ambassadeur. Comparez les Mémoires de Lamberty, tome 1. p. 472-498, et le Mercure, juillet 1701, p. 354-364, et août, p. 331-334.

1. « On dit aussi : gagner temps, gagnerait temps, pour dire : ménager le temps, employer le temps pour avancer ou pour différer. ■> [Académie, 1718.) Une ellipse tout analogue a été employée deux fois desuite par Corneille, dans le Menteur, sans qu'il s'aperçût de la répétition:

L'un et l'autre

Pressent sans perdre temps

L'autre, sans perdre temps eu cet événement....

Nous disons encore, et l'Académie l'autorise : gagner temps, gagner pays.

2. La rupture définitive ne se produira qu'à la lin de juillet.

la fin, Briord, convalescent, revint1, et d'Avaux peu après, [Add S'-S. $72] qui ne laissa qu'un secrétaire à la Haye, lequel même n'y demeura pas longtemps2. Tallard aussi quitta Londres, et y laissa Poussin, espèce de secrétaire, qui, dans la suite, fut subalternement3 employé et lit bien partout'. Presque

1. Brionl (ci-dessas, p. 50-51) arriva à Paris, encore souffrant, vers le 15 avril, et à Versailles le 21 (Journal de Dangeau, tome VIII, p. 84).

2. On annonça, dès le retour de Briord, que son successeur allait aussi revenir, laissant à la Haye le secrétaire de M. de Briord, nommé Wray, « un garçon qui écrit assez bien, et dont on est content ici Œ » (Journal, p. 85) ; mais, de délai en délai, il ne reparut à Versailles que le 21 août (ibidem, p. 85, 95, 152, 153, 162, 163 et 174). Le texte de ses lettres de rappel et de recréance fut publié dans la Gazette d'Amsterdam, n° i.xi et Extr. lxxii, et dans l'Esprit des cours, 1701, 2e partie, p. 556-557.

3. Seul exemple de cet adverbe cité par Littré. On ne le trouve ni dans Furetière, ni dans le Dictionnaire de V Académie, ni ailleurs.

4. C'est le 18 avril que Dangeau (p. 82) annonce le retour de Tallard pour un prochain jour de la semaine, et il ajoute : « Le Boi laisse un résident à Londres, et ce résident est M. Poussin, qui avoit été longtemps avec M. de Rebenac dans ses ambassades, et depuis à Home, avec M. le cardinal de Bouillon, qui s'en plaignoit fort. » En effet, Poussin, dans ce dernier poste, desservait tout simplement son patron au profit des plus acharnés ennemis de celui-ci, à en juger par l'éloge que Mme des L'rsius faisait de lui en 1699 (Bibl. mit., ms. Fr. 6919, fol. 137-158), par les efforts qu'elle lit eu même temps pour le replacer auprès du prince de Monaco (Lettres inédites, publiées par M. Geffroy, p. 51), et par cette lettre autographe de Bossuct au contrôleur général Poncharlrain (Arch. nat., G7 542) : « A Meaux, 26 avr. 1702. — Monsieur. Il est Urai que ie connois particulièrement Mr Poussin. C'est un homme d'esprit, d'application et d'exactitude. Nous avons eu occasion de le uoir mon neueu l'abbé et moy agir à Borne avec adresse et fidélité dans une affaire que le Boy luy contioit en partie, et sur laquelle il auoit des ordres qu'il executoit avec habileté et courage. Ainsi Monsieur ie puis uous asseurer qu'il est digne des emplois et des grâces. Il ne me reste qu'à uous asseurer du respect sincère avec lequel ie suis Monsieur uostre très humble et très obéissant serviteur. J. Bénigne, E. de Meaux. » Comparez, dans le ms. Clairamhault 915, fol. 309-311, le récit de l'affaire du cardinal de Bouillon. — Arrivé à Londres en avril 1701, Poussin y resta jusqu'au mois d'octobre; nous le verrons plus tard rési-

" Wray (telle est sa signature) venait de faire aussi avec succès l'intérim de Turin : Gazelle <t Amsterdam, a" vm.

en même temps, Moles', ambassadeur d'Espagne à Vienne, fut congédié2. Sous prétexte de pourvoir à ses dettes il s'arrêta dans les faubourgs, et fit si bien, qu'il y fut arrêté contre le droit des gens, quoiqu'il eût pris congé et dépouillé le caractère3. Je dis qu'il lit si bien qu'il y fut arrêté, parce que la suite fit juger que ç'avoit été un jeu*,

der en Danemark de 1702 à 1714, puis à Hambourg, où on lui donna le titre d'envoyé à partir de 1715. Sa carrière diplomatique fut singulièrement longue, puisque, à l'âge de cent huit ans, il occupait encore le poste d'envoyé extraordinaire auprès du cercle de la liasse-Saxe et des villes hanséatiques, quand il mourut, le 1!) juillet 1719 (Gazette, \>. 401 .

1. François Moles, napolitain d'origine, conseiller de cape et d'épée au conseil d'Italie depuis le mois de mai 1699, avait commencé par une charge de président de la chambre des finances de Naples, ''tait passé à Milan à la fin de 1678, y avait fait les fonctions de grand chancelier à partir de juin 1682, sous l'amirauté de Castille, puis était devenu régent de la Vicairie de Naples, ambassadeur à Gènes en septembre 1693, à Venise en 1694- (Gazette, p. 582), et c'est dans ce poste qu'on lui avait conféré un titre de duc de Parete. Son attachement aux intérêts de la reine et de l'Autriche l'avait fait désigner, en 1699, pour prendre à Lisbonne la succession de M. de Castel dos Kios, comme il a été raconté dans notre tome VI (p. 373 et 613), puis pour aller à Vienne. Il n'était arrivé à la cour impériale que le 10 juillet 1700, et un des premiers soins du gouvernement de Philippe V fut de lui enjoindre d'obtenir l'investiture du Milanais, ou sinon, de revenir de Vienne.

2. Journal de Dang eau, tome y U\, p. 85, 22 avril; Gazette, p. 183 et 195. Le ministre d'Espagne auprès de la Diète et l'ambassadeur de Savoie ne furent expulsés que bien plus tard (Gazette, p. 423 et 427).

3. Ayant dépouillé le caractère d'ambassadeur et renoncé à ses immunités. Comparez ci-dessus, p. 234.

4. C'est le 6 novembre qu'un bruit courut parmi les ambassadeurs (Journal de Dangeau, tome VIII, p. 230) que le duc Moles avait été arrêté par ordre de l'Empereur. La Gazette annonça (p. 53 1 1 qu'il était à Nussdorf, à deux lieues de Vienne, se préparant à rejoindre ses équipages partis en avant, lorsque, le 20, le maréchal de la cour vint l'arrêter, en représailles, disait-on, de l'arrestation des rebelles récemment emprisonnés à Naples, et dont plusieurs complices avaient pu se réfugier à Vienne, ou (Mémoires de Viîlars, tome 1, p. 325 et 328) en revanche du renvoi brusque de M. d'Auersperg, ci-dessus, p. 233-234. Quelques jours plus tard (correspondance du 12 novembre), on l'autorisa à s'installer dans un faubourg de la capitale. Voyez le Supplément au Journal de Verdun, tome II, p. 143 et 168-169.

qui finit1 en tournant casaque2 et se donnant à l'Empereur'.

En même temps le Roi eut nouvelle de la signature de Traités

..,.., t i» 1- - i ia i o • -a et fautes.

trois traites avantageux . Par 1 un8, le Portugal taisoit avec lui une alliance offensive et défensive, interdisoit ses ports aux Anglois et aux Hollandois, et défendoit " tout commerce avec eux à ses sujets7. C'étoit un coup de partie que de fermer cette porte d'Espagne8. Mais, faute d'argent et de troupes à temps pour joindre à celles que le Portugal fournissoit, et qu'il réclama en vain'J, il fut forcé, le pied

1. Qui finit est en interligne, au-dessus de parce qu'elle finit, biffé.

2. Cette locution ne se trouve pas dans l'Académie de 1718, mais dans Furetière : « On dit figurément qu'un homme a tourné casaque, pour dire qu'il a changé de parti. »

3. Nous verrons cela en 1703 : tome III de 1873, p. 410 et 411. L'Archiduc partant alors pour l'Espagne, Moles lui fut attaché comme majordome-major. De retour à Vienne, il fut chargé, avec le prince de Liechtenstein, de diriger la banque d'emprunt. En 1708, l'Empereur lui donna sa nomination au cardinalat; mais elle n'eut point d'effet, à cause de l'opposition de la France. En 4709, il était ambassadeur ou agent de l'Empereur auprès de l'Archiduc, à Barcelone.

4. Le 3 avril : Dangeau, tome VIII, p. 72, 139 et 140; Sotirches, tome VII, p. 32, 33 et 43; Gazette d'Amsterdam, n° xxxii; Targe, Histoire de l'avènement des Bourbons, tome I, p. 367-372.

5. Traité du 18 juin 1701 entre l'Espagne (non pas la France) et le Portugal : Du Mont, Corps diplomatique, tome VIII, 1*" partie, p. 31. Le document textuel est aux Affaires étrangères, vol. Espagne 91, fol. 15-39.

Page 1