Voyez ci-après l'appendice XVIII, p
4. L'abbé de Choisy a dit que Cosnac, « sous une figure assez basse, avoit tout l'esprit, toute la hauteur et toute l'industrie d'un Gascon qui veut faire valoir les qualités qu'il n'a pas aux dépens de celles qu'il a. » Et plus loin : « C'est un homme d'une vivacité surprenante, d'une éloquence qui ne laisse pas la liberté de douter de ses paroles, bien que, à la quantité qu'il en dit, il ne soit pas possible qu'elles soient toutes vraies. Il est d'une conversation charmante, d'une inquiétude qui fait plaisir à ceux qui ne font que l'observer et qui n'ont point affaire à lui. » Aussi Mme de Sévigné, qui l'aimait et goûtait beaucoup, depuis longtemps, pour son esprit, sa gaieté vive et ses « grandes pensées, » le comparait-elle aux chevaux qui ruent, et dont il ne faut pas s'approcher (Lettres, tome VIII, p. 421). L'abbé le Gendre l'a qualifié de vir lynceis ocutis et persuadendse rei intricatissinue summe idoneus, dans sa Vita Harlsei, et, dans ses Mémoires (p. 104-105), d'enfant perdu.
Sa vivacité étoit prodigieuse ; avec cela, très sensé, très \ plaisant en tout ce qu'il disoit sans penser à l'être, et d'excellente compagnie. Nul homme si propre à l'intrigue, ni qui eût le coup d'ceil plus juste ; au reste, peu scrupuleux, extrêmement 'ambitieux, mais, avec cela, haut, hardi, libre, et qui se faisoit craindre et compter par les ministres. Cet ancien commerce intime de Madame dans beaucoup de choses, dans lequel2 le Roi étoit entré, lui avoit acquis une liberté et une familiarité avec lui, qu'il sut conserver, et s'en avantager toute sa vie. Il se brouilla bientôt avec Monsieur après la mort de Madame, pour laquelle il avoit eu force prises3 avec lui, et avec ses favoris4. Il vendit sa charge à Tressan5 évêque du Mans, autre ambitieux
d'homme tout de feu, avec de l'esprit, » mais un esprit folâtre qui badinoit dans les choses les plus sérieuses, et qui négligeoit trop les bienséances de son état. » Comparez les études que lui ont consacrées Sainte-Beuve (Causeries du lundi, tome VI, p. 231-248) et M. Aubineau (Notices littéraires, 1859, p. 225-255). Ce qui caractérise plus particulièrement la première partie de sa vie, c'est un dévouement pour ses maîtres successifs, le prince de Conti, Monsieur, Madame, poussé jusqu'à la témérité la moins politique : ainsi on le vit tour à tour s'exposer au ressentiment de Mazarin pour rester fidèle à M. de Conti, et heurter les volontés de Louis XIV pour faire sortir Monsieur d'un rang inférieur ou pour sauver Madame des embûches du chevalier de Lorraine. Monsieur ne répondit à tant de services que par une ingratitude dont l'archevêque s'est plaint amèrement dans ses Mémoires (tomes I, p. 375, et II, p. 445). A l'égard du Roi, la reconnaissance du prélat s'exprime en termes singulièrement exagérés (tomes I, p. 443-444, et II, p. 180-182).