‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 230 sur 548 · Ces trois derniers mots sont en interligne · texte numérisé non relu

Ces trois derniers mots sont en interligne

3. Nous avons vu, en 1700 (tome VII, p. 371 et 403, Addition n 344; comparez les tomes IV, p. 60, note 4, V, p. 14, VII, p. 338), que les grands, faute de pouvoir se couvrir devant le roi de France comme devant leur propre, souverain, renonçaient ou hésitaient à se présenter à la cour de Louis XIV; d'autre part, les ducs français ne jouissaient d'aucun privilège à Madrid. Le duc d'Anjou devenant roi d'Espagne, la question s'imposait comme une nécessité capitale (Journal de Dangeau, tome VII, p. 459-461, avec Addition) : ce fut un des points stipulés dans l'instruction de M. d'Harcourt (recueil Ilippeau, tome II. j>. 310), et M. et Mme de Beauvillier le poussèrent également à obtenir le traitement de parfaite réciprocité (tome II, p. 310 et 509). Quand Louis XIV eut commencé par accorder, comme nous l'avons vu, la qualification de « cousin, » son petit-fils annonça que désormais les ducs français et leurs femmes jouiraient à sa cour des mêmes honneurs et traitements que les grands espagnols (texte publié par Lamberty, tome I, p. 546-547, et ajouté par le duc de Luvnes au passage du Journal de Dangeau, tome VIII, p. 119). Au reçu de cette nouvelle, le X juin, quelques instants avant qu'on vint prévenir que Monsieur était à la mort, Louis XIV annonça qu'il agirai! pour les Grands comme son petit-fils pour les ducs.

en pensèrent', et l'abus étrange d'une si sage convention*. Abbé de Poli- L'abbé de l'olignac, qui, depuis son arrivée de Pologne, gnac rappelé, étoit demeuré exilé en son abbaye de Bonport près le

Pont-de-rArche3,eut permission de revenir à Paris et à la

cour*. Torcy, son ami, et bien des gens qui s'intéressoient

en lui avoient travaillé en sa faveur5.

1. C'est l'affaire des ducs d'Arcos ef de Bafios dont il sera question

à la fin de l'année. Sainctot dit dus. Fr. 14 119, p. 310-311) que le Roi voulut bien recevoir les grands dans son cabinet même, et non plus seulement à la porte, présentés par leur ambassadeur et l'introducteur.

2. Lamberty a ajouté au texte du décret espagnol quelques réflexions sur la portée politique de cet acte; voyez aussi les Nouvelles des cours d'Europe, août 1701, p. 499-300.

3. C'est le 21 avril 1698, en revenant do Pologne, que l'abbé avait été exilé, ainsi que son collègue Châteauneuf, à la suite de L'échec du prince de Conti : tome IV, p. 211 et 212.

■4. Journal de Dangeau, tome VIII, p. 108 ; Mémoires de Sourcke», tome VII, p. 69; Papiers du P. Léonard, Arcb. nat.. MM 827, fol. 32 V et 33; Affaires étrangères, vol. France 1087, fol. 52, ordre du 23 mai.

5. Torcy avait obtenu son rappel, et le P. de la Cbaise eut pour lui la permission de voir le Roi le 26 mai; mais l'accueil fut très froid, disent les notes du P. Léonard (Arcb. nat., MM 827, fol. 32 V; comparez une lettre de Mme de Coulanges, dans les Lettres de Mme de Séngné, tome X, p. 461, et la Gazette d'Amsterdam, n"xi.v). Six mois auparavant, le 19 novembre 1700, l'abbé avait écrit au Roi. de son abbaye de Bonport, cette lettre de félicitation sur les affaires d'Espagne : « Sire, Votre Majesté voudroit-elle bien souffrir que le plus malbeureux de tous les bommes, et le plus accablé de sa disgrâce, prenne la liberté de lui témoigner le ravissement dont il a été saisi de voir les bénédictions que Dieu répand à pleines mains sur Votre Majesté et sur son auguste famille? J'ose dire, et il est vrai, que, depuis trois ans, voilà le seul moment où je me sois trouvé sensible à la joie. Continuez, Sire, à vous combler de gloire. Si je ne puis obtenir la lin de mes malheurs, j'ose espérer au moins que vos prospérités me les feront oublier. » 11 eu envoya une copie à M. de Torcy, avec cette autre lettre, qui est aux Affaires étrangères, vol. Espagne 85, fol. 416 : « En apprenant la grande nouvelle d'Espagne, je n'ai pu contenir la joie dont je me suis senti pénétré, et, sans songer que rien n'est ordinairement bien reçu d'un homme en disgrâce, dont le partage est le silence, j'ai eu la hardiesse d'écrire au Roi.... Je n'ai jamais eu de plus grand desir au monde que de voir son sang régner partout, et, si nies efforts pour cela ont été rendus inutiles, au inoins la volonté n'en a pas été douteuse.... »

Le duc de Popoli1, frère du cardinal2 Cantelnii, arche- i>uc de Popoli

vêque de Naples', y retournant d'Espagne4, fut présenté au . ,u. prome't

Roi par l'ambassadeur d'Espagne5. C'est une maison an- l'Ordre, cienne et illustre6, qui est puissante à Naples, et le car-

1. Rostaing Caatelmi, titré duc de Popoli et prince de Pettorano, s'était retiré à Naples en 1696, comme général des troupes de ce royaume, après avoir fait les fonctions de major général de bataille en Sicile, en Espagne, en Afrique et en Flandre, et il avait été des premiers à acclamer Philippe V. Ce roi le fit mestre de camp général du même royaume en février 17()"2, puis, en novembre 1703, lui donna le commandement de la compagnie italienne des gardes du corps nouvellement organisés, et lui accorda la grandesse de première classe et une commanderie de Saint-Jacques en 1706. Le duc se distingua à Almanza, fut fait capitaine général en 1710, eut le commandement de la Catalogne en mars 1713, la Toison d'or en juillet 1714, une place de conseiller aux conseils de la guerre et des finances en mai 1715, la charge de. gouverneur du prince des Asturies en juillet 1716, le collier du Saint- Esprit en 1717, et la charge de majordome-major en 1721. Il mourut le 16 janvier 1723, dans sa soixante-douzième année. Voyez ce que notre auteur a dit de lui dans son mémoire de 1714 au Roi : tome XIX de l'édition de 1873. p. 282 et 283.

"2. DuCard. surcharge de l'Ar[clt.\.

3. Jacques Cantelmi, né le 27 juin 1645, fut inquisiteur à Malte en 1678, puis nonce à Venise en 1083, à Varsovie, à Vienne, à la diète d'Augsbourg, revint à Home en novembre 1689, pour faire les fonctions de secrétaire de la congrégation des évêques et réguliers, fut créé cardinal par Alexandre VIII en 1690, devint légat d'Urbin et archevêque de Capoue, passa archevêque de Naples en juillet 1691, fut des premiers à reconnaître Philippe V dans cette ville, l'y reçut en avril 170"2, et mourut le 11 décembre suivant.

4. C'est par lui qu'en décembre 1700 le vice-roi de Naples avait envoyé ses compliments au nouveau souverain [Dangeau, tome VII, p. 467-468).

o. Le 18 mai : Dangeau, tome Mil, p. 104.

6. « La maison Cantelmi prétend venir des Stuarts d'Ecosse, qui est la maison du roi d'Angleterre, » dit Dangeau. La tradition, reconnue officiellement par Charles II d'Angleterre, en 1683, était que cette famille remontait au dernier fils du roi d'Ecosse Duncan l"', qui, obligé de s'expatrier après l'assassinat de son père par Macbeth, aurait pris en Angleterre le surnom de Cantclm ou Kanclam, puis se serait établi en France; son petit-fils devint un seigneur important en Provence, et les enfants de celui-ci suivirent Charles d'Anjou à Naples. Popoli fut érigé en duché par le roi Philippe II. On trouvera une généalogie des Cantelmi, écrite en or sur vélin, dans le ms. Clairambault 1171, fol. 12-16.

dinal Cantelmi avoit1 très bien fait pour le roi d'Espagne*. Le Roi traita donc fort bien le duc de l'opoli, et si bien, que ce seigneur, qui desiroit fort l'Ordre, et qui avoit pris ses précautions sur cela avant de quitter Madrid, se crut en état de le pouvoir demander. Le Roi le lui promit, et lui dit qu'il lui en coûteroit un voyage parce qu'il seroit bien aise de le revoir, et qu'il3 vouloit le recevoir luimême *. Nous lui verrons faire une grande fortune en Espagne, et il donnera lieu d'en parler plus d'une fois3. 11 fut très peu ici, et s'en alla à Naples. Banqueiouif La Touanne5 et Sauvion 7, trésoriers de l'extraordinaire

1. Avoit est en interligne, au-dessus d'à, au présent, emprunté à Dangeau, puis biffé.

2. Quand Philippe V arriva à Naples, l'année suivante, il se déclara tout prêt à renvoyer son chapeau à Rome plutôt que de manquer à rien de ce qui pouvait plaire à son maître (Journal de Dangeau, tome VIII, p. 430).

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