‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 239 sur 548 · lui donnait deux mille livres d'appointements · texte numérisé non relu

lui donnait deux mille livres d'appointements

7. 11 avait eu auparavant le P. Zoccoli, très accommodant, et le P. Mathias de. la Bourdonuaye, tous deux jésuites. Ce dernier eût voulu se dérober à sa tâche dès 1696; n'ayant pu l'obtenir, parce qu'on lui reconnaissait beaucoup d'autorité sur le prince, il l'avait du moins empêché, autant que possible, de communier (Correspondance générale de Mme de Maintenon, tome IV, p. 89, 276. 277 et 31.')).

Bretagne, qui s'appeloit le P. duTrévou1. 11 lui retrancha, non seulement d'étranges plaisirs, mais beaucoup de ceux qu'il se croyoit permis, pour pénitence de sa vie passée. 11 lui représentoit fort souvent qu'il ne se vouloit pas damner pour lui, et que, si sa conduite lui paroissoit trop dure, il n'auroit nul déplaisir de lui voir prendre un autre confesseur. A cela il ajoutoit qu'il prît bien garde à lui, qu'il étoit vieux, usé de débauches, gras, court de col, et que, selon toute apparence, il mourroit d'apoplexie, et bientôt*. C'étoient là d'épouvantables paroles pour un prince le plus voluptueux et le plus attaché à la vie qu'on eût vu de longtemps, qui l'avoit toujours passée dans la plus molle oisiveté, et qui étoit le plus incapable par nature d'aucune application, d'aucune lecture sérieuse3, ni de rentrer en lui-même. 11 craignoit le diable4, il se souvenoit que son précédent confesseur5 n'avoit pas voulu mourir dans cet emploi, et qu'avant sa mort il lui avoit tenu les mêmes discours. L'impression qu'ils lui firent le forcèrent6 de rentrer un peu en lui-même, et de vivre d'une manière qui, depuis quelque temps, pouvoit passer pour serrée à son égard. 11 faisoit à reprises beaucoup de prières, obéissoit à son confesseur, lui rendoit compte de la conduite qu'il lui avoit prescrite sur son jeu7, sur

t. Pierre du Trévou, né à Tréguicr le 27 janvier 1649, entré dans la Compagnie en 1666, avait professé pendant sept ans et prêché pendant douze, avant de devenir le confesseur de Monsieur (1698). Il le fut ensuite du duc d'Orléans jusqu'en 1723, eut le même poste auprès de la duchesse de Berrv, et mourut, retiré à la maison de la rue Saint- Antoine, le 1" juillet 1729.

S. Un accès de fièvre quarte, en 1700, avait donné beaucoup d'inquiétude : Correspondance de Madame, recueil Brunet, tome I, p. 48.

Page 1