‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 301 sur 548 · Entre, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Entre, dans le manuscrit

3. Le premier paragraphe, relatif à Villacerf, a été placé, sous le n° 302, dans notre tome VI, p. 463. Une autre Addition, également commune aux deux cousins, avait déjà pris rang au n° 141, dans notre tome lit, p. :{ ï-2

volontiers la petite croix à la boutonnière, sans avoir imaginé pourtant ce que son successeur1 obtint de M. le duc d'Orléans régent. Il mourut laissant un fils unique extrêmement riche, et marié fort au-dessus d'espérance à l'héritière d'Escoubleau, comme il se verra ailleurs, qui tous deux ont peu vécu, et ont laissé un seul fils, qui, comme son père, a pris le' métier de la guerre et a épousé une Colbert fille de Croissy, père* de M. de Torcy.

348 et 349. Rose, secrétaire du cabinet. (Page -n.)

5 septembre 1684. — Rose, secrétaire du cabinet, l'avoit été du cardinal Mazarin, et de beaucoup de confiance et d'intrigues. 11 étoit hardi et plein d'esprit et de bons mots, dangereux, considéré, bon ami. Il avoit une terre joignant Chantilly, que Monsieur le Prince, le dernier, vouloit avoir, et que Rose, très riche, ne vouloit pas vendre. A la suite de bien des niches et de procédés pour l'y réduire, Monsieur le Prince s'avisa de faire chercher partout des renards en vie et d'en faire jeter trois ou quatre douzaines, par-dessus la muraille, dans son parc. Rose, outré, n'en fit pas à deux fois; il vint trouver le Roi, et, avec cette ancienne familiarité qu'il avoit su se ménager, il lui dit d'abordée : « Sire, je viens vous demander s'il y a en France un autre roi que vous. » Le Roi, surpris, comme on le peut croire, demande à qui il en a. Rose lui conte le tour de Monsieur le Prince, et lui en demanda justice, et il l'eut : le Roi se fâcha sérieusement, ordonna à Monsieur le Prince de faire prendre tous les renards et de bien vivre avec Rose. Oncques depuis il ne reçut que des caresses de Monsieur le Prince, et plus de propositions sur sa terre; mais Rose ne se pouvoit tenir sur lui. Dans les derniers temps de sa vie, le Roi alloit à la messe avant le Conseil, et, sur la fin de sa messe, les ministres s'assembloient dans sa chambre, où les gens de considération prenoient souvent le temps de leur dire un mot en attendant qu'ils entrassent au Conseil. Rose remarqua que Monsieur le Prince, fort bas pour ceux dont il pouvoit avoir la moindre affaire, les y courtisoit tous assidûment dans ce temps-là. Tout à coup il s'en va à lui avec cette privance qu'il avoit toute sa vie usurpée, et, le prenant par le bouton : « Monsieur, lui dit-il en souriant avec malice et lui faisant son petit œil, je vous vois tourner ici tous ces messieurs tous les jours ; je vous connois : ce n'est pas pour rien. Est-ce que vous voudriez vous faire premier prince, du sang ou grand maître de France? » Quelque plein d'esprit que fût Monsieur le Prince, il fut tellement étourdi de la sottise, qu'il ne put répondre un mot ; il en rit comme il put, l'assistance tant qu'elle osa, et Rose de toute sa force. Rose avoit la plume, c'est-à-dire qu'il faisoit

Page 1