Bontemps, premier valet de chambre du Roi. (Page
18 janvier 1701. — .... Blouin1, premier valet de chambre et père de celui dont il est parlé ici, s'étant rompu le col dans la descente de Saint-Germain du côté de Versailles, faute d'une barrière à un tournant de la montagne, qu'on y mit aussitôt après, Bontemps eut l'intendance de Versailles qu'il avoit, parce que son fils étoit enfant i, à qui la charge de premier valet de chambre fut conservée. Bontemps étoit un gros homme lourd et brutal en apparence, au fonds le plus humain, le plus reconnoissant, le plus serviable, le plus généreux, le plus désintéressé qui fût au monde, et qui a fait mille biens et rendu service, et souvent importants, toute sa vie. Il étoit dans toutes les confidences du Roi pour ses maîtresses, pour mille dépenses cachées, pour tous les gens à qui le Roi vouloit parler, écrire ou faire savoir quelque chose en secret, et sa fidélité étoit à toute épreuve. Cela l'avoit tellement accoutumé au secret, qu'il faisoit mystère des choses les plus simples, et on en rioit. Parmi tout cela, la bonté et la vertu même, avec une grande justice et une modestie qui étoit même humilité, chose bien rare à un valet dans un tel degré de faveur et de confiance. Il faisoit la dépense particulière du Roi pour Versailles, pour Marly, pour les tables que le Roi y tenoit, excepté les dernières années, que le Roi retrancha fort ses tables et en fit faire la dépense, comme à Versailles, par la bouche et le grand maître; mais le bois, les bougies, en un mot tout le détail, et ces détails où le Roi s'est toujours plu, donnoient à Bontemps une relation continuelle et directe avec lui. Il avoit fait comme son maître, et cela même étoit un autre lien ; mais, en son espèce, il avoit mieux rencontré que lui. 11 avoit épousé une Mlle de la Roche sans le déclarer, qui vivoit avec lui et lui étoit précisément ce que Mme de Maintenon étoit au Roi; modeste, retirée, bonne, généreuse, désintéressée, aimée et considérée pour son mérite et sa vertu, elle avoit de l'esprit et les sentiments nobles. Son fils3 devint premier valet de garde-robe, et passa à ce titre en Espagne, où il eut l'estampille et la confiance du roi d'Espagne, avec une modestie et un désintéressement qui l'y ont soutenu avec estime et considération sous tous les divers gouvernements, et ne se mêlant que de son fait jusqu'à sa mort, en 1733. Bontemps avoit été un des témoins du mariage du Roi avec Mme de Maintenon. On ne sauroit croire l'affliction générale qu'il y eut de la mort de cet homme, et le nombre de services magnifiques qui lui furent faits a Paris et dans les provinces sans que sa famille y eût la moindre part. Il n'y fut pas heureux. Il avoit fait le
1. Le commencement de cette Addition, sur Bontemps, a déjà été placé dans notre tome I, p. 366, Addition n° 4-1.
2. Que Blouin avait, parce que le fds de celui-ci était encore enfant.