‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 304 sur 548 · I.e dernier correcteur a ajouté Ln Roche avant son pis · texte numérisé non relu

I.e dernier correcteur a ajouté Ln Roche avant son pis

frère de sa femme, qui s'appeloit Du Bois, procureur général de la Cour des aides, puis prévôt des marchanda et conseiller d'Etat. La fille unique de Bontemps étoit belle comme le jour, et avoit épousé Lambert, président des requêtes du Palais. M. d'Elbeuf mit le désordre dans le ménage, et on la mit quelques années dans un couvent. Elle en sortit et se raccommoda, puis mourut avant son père, et laissa des enfants. Elle eut deux frères : l'un, mort premier valet de garde-robe longtemps après le père; l'autre, premier valet de ebambre, au fils duquel le duc de Saint-Simon fit donner la survivance de premier valet de chambre pendant les premiers temps de la Régence.

35"2. M. de Clèrmont-Tonnerre, évêque de Noyon, el son oraison funèbre.

(Page 71.)

15 février 170 1 . — On trouva dans les papiers de Monsieur de Novon des mémoires pour son oraison funèbre. 11 faudroit un livre pour épuiser ce prélat.

353 et 351. L'abbé Bignon.

(Page 72.)

7 décembre 1692. — C'est cet abbé Bignon parvenu depuis à être le modérateur de toutes les académies, doyen des conseillers d'État et bibliothécaire du Roi. Ses deux frères parvinrent aussi à être, l'un intendant des finances, l'autre de Picardie, puis de Paris, et tous deux à être conseillers d'État. Leur père l'étoit aussi, et leur mère étoit sœur de M. de Pontchartrain qui a été chancelier de France, et qui, avant aimé tendrement cette samr, fit leur fortune et les chérit comme se> enfants. 11 ne put parvenir à faire évêque cet abbé, dont la vie répondoit peu aux sermons, et dont l'esprit et le savoir en tout genre firent amèrement regretter les mœurs et ce pis encore que l'âge ne corrige point. 11 fut peu reconnoissant pour son protecteur et sa famille, quoique si proche, et, quoique cela fût poussé fort loin, cet oncle eut toujours un foible pour lui, dont il avouoit sa honte de bonne grâce.

17 février -1701. — L'abbé Bignon étoit fils de la sœur du chancelier de Pontchartrain et de Bignon conseiller d'État. C'étoit un homme savant, accort, et qui vouloit faire fortune. 11 avoit prêché avec succès ; mais il n'avoit prêché que de paroles. Le Boi, qui étoit informé du pèlerin, eut regret aux bénéfices qu'il lui avoit donnés, et se garda bien de le faire évêque. Son oncle, qui avoit tendrement aimé sa sœur, et qui avoit du foible pour ce fils, quoiqu'il les eût tous, pour ainsi dire, adoptés, força le Boi à lui donner une, place jusqu'alors remplie par des évèques, pour le dédommager de l'épiscopat, et le mit après à la tète de toutes les académies. Ce dernier emploi étoit son vrai ballot. Il a mené depuis une vie peu contrainte, puisque la contrainte ne

MÉMOIRES m SAUT-SIMON Mil i"<

l'avoit pas servi à son gré, et il est devenu doyen du Conseil et bibliothécaire du Roi. Il avoit amassé plus de cinquante mille volumes, que son emploi lui fit vendre chèrement au fameux Law, qui, pour placer de l'argent, voulut une bibliothèque. Depuis l'abbé Bignon, aucun évêque1 n'a été conseiller d'État.

355 et 356. — L'abbé d'Aubigny fait évêque de Noyon. (Page 76.)

19 octobre 1692. — L'abbé d'Aubigny qui fut depuis évêque de Noyon, et enfin archevêque de Rouen avec un brevet de conservation d'honneurs, étoit frère de M. de Tigny, père de H. d'Aubigny maréchal de camp, inspecteur d'infanterie et gouverneur de Saumur. C'étoient des gens de condition bonne et ancienne, avec très peu de biens. Entre Aubigny et Aubignè il n'y a pas de différence sensible : Mme de Maintenon, qui, avec raison, en trouvoit fort pour la naissance, s'enta sur eux, et les récompensa largement de leur complaisance.

26 mars 1701. — Cet abbé d'Aubigny2 étoit une grosse bête, frère d'un homme d'esprit, mais obscurs gentilshommes3 d'Anjou, de fort bon lieu, mais qui n'avoient pas de chausses. Ils firent accroire à Mme de Maintenon qu'ils étoient de même maison, et en effet il n'y avoit que la terminaison à dire entre Aubigny et Aubigné; elle y gagnoit trop pour n'en être pas ravie. Elle donna cette manière de buffle à décrasser à Monsieur de Chartres, Godet, qui le fit son grand vicaire, niais qui, avec tout son esprit et sa science, n'en put rien faire qu'un homme de bien. A la piété près, ce fut un pitoyable évêque; on le verra pourtant passer à l'archevêché de Rouen et y porter personnellement le rang et les honneurs de Noyon, ce qui étoit sans exemple4, et qui a toujours été pratiqué depuis. Il en sera parlé encore. Son neveu fut promptement avancé, et eut tout jeune le gouvernement de Saumur.

Page 1