Les gouverneurs du conseil de Castille. (Page
15 juillet 1715. — Dangeau est aussi trop mal informé des choses d'Espagne. Les conseils ne furent point rétablis comme du temps du roi Charles II; mais on en prit quelque bagatelle extérieure, qui fut une junte, où entrèrent les conseillers d'État, et qui dura peu, où il ne se faisoit rien, et tout se décidoit en particulier entre le roi et un ministre, en présence de la reine, qui ne tarda pas à prendre du crédit et à se modeler sur la feue reine, en dernier lieu sur Mme des Orsins. A l'égard du président du conseil de Castille et du gouverneur de ce même conseil, on a vu au long ce que c'est : il n'y eut rien de changé à leur rang. Jamais Philippe V ne lit aucun président de Castille, mais toujours des gouverneurs, pour la commodité de les pouvoir changer, et il les changea souvent. 11 fit même une chose inouïe, et je pense que ce fut en ce temps-ci, qui fut deux gouverneurs à la fois du conseil de Castille, pour diminuer leur autorité ; ils ne durèrent pas. A leur renvoi, ils ne purent se résoudre à la solitude qui suit ces démissions, et ils demandèrent comme une grâce de n'être pas obligés à conserver leur rang, fondés sur ce qu'ayant été deux ensemble, aucun des deux n'avoit pu être véritablement gouverneur du conseil de Castille. Ils l'obtinrent, et, depuis cet exemple, quelques-uns de ceux qu'on a ôtés de cette grande place ont demandé et obtenu la même chose en la quittant, quoiqu'ils eussent été seuls à la fois. Voilà ce que l'auteur de nos Mémoires1 aura confondu, et ce qu'il falloit expliquer. Il auroit pu ajouter les cardinaux aux ambassadeurs et aux grands, qui n'ont pas plus la main chez le gouverneur du conseil de Castille que ces derniers, mais qui, comme on l'a déjà dit, en sont reçus au lit, sous prétexte d'indisposition, ainsi que les ambassadeurs 2.