Comparez ci-après, Appendices XXVI et XXVII
3. Ces quatre mots ont été ajoutés par le correcteur qui a préparé le manuscrit pour l'impression.
AU JOURNAL DE DANtiEAU. 403
D'Effiat, sans s'étonner, lui fit excuse, et dit que, mourant de soif, il avoit cherché là un verre d'eau à boire, et fit semblant d'essuyer un verre de quelques-uns qui étoient là, puis entra dans l'appartement. Deux heures après, l'affaire de Madame fut faite. Le Roi, outré de la plus sensible douleur, et dans la dernière inquiétude sur Monsieur, envoya chercher secrètement, la nuit qui suivit la mort de Madame, (Purnon, premier maître d'hôtel de Madame1], qu'il jugea bien avoir été du complot, et se le fit amener par les derrières de son appartement. Dès qu'il le vit : « Regardez-moi bien, lui dit-il, et soyez sur de la vie, et que vous ne serez jamais recherché, si vous nie dites tout ; mais, si vous me mentez, comptez aussi que vous êtes mort sans ressource. Madame est morte empoisonnée, je le sais; mais je veux savoir tout le reste. » 11 n'y avoit de présents que deux valets affidés et principaux, et un officier des gardes du corps, qui ne l'étoit pas moins, qui avoit amené cet homme. Il ne se déconcerta point ; il conta au Roi le fait du chevalier de Lorraine, celui du marquis d'Effiat,. comment le comte de Beuvron, leur ami et capitaine des gardes de Monsieur, oncle paternel du duc d'Harcourt, étoit du complot, et par qui le poison apporté. « Et mon frère, lui demanda le Roi, le savoit-il ? — Monsieur, répondit l'homme, nous le connoissons trop, et nous nous sommes bien gardés de lui livrer ce secret. » Alors le Roi, soulagé- au dernier point, renvoya cet homme libre, qui n'a pas reçu depuis le moindre mauvais traitement. Celui qui a écrit ces notes2 a su cette anecdote de M. Joly de Fleury, procureur général du Parlement, qui l'a sue lui-même de la bouche d'un des trois témoins, et elle a paru digne de trouver ici sa place. Le bruit qui se fit en France et en Angleterre de ce genre de mort, qui ne put être ignoré de personne, et Tanière douleur du Roi pensèrent perdre les empoisonneurs; mais la peur que quelqu'un d'eux osât y impliquer Monsieur fit tant d'impression sur le Roi, quoique assuré par ce qu'on vient de rapporter, et les apparences étoient si fortes contre ce prince, qui, en effet, en a toujours été cru l'auteur, que le Roi aima mieux laisser tomber toute recherche et toute punition. Le merveilleux est que, sachant ce qu'il savoit, et ce dont personne au monde ne doutoit, sur le chevalier de Lorraine, il l'ait rendu à Monsieur, et que, pour tenir ce prince soumis à toutes ses volontés, ce même chevalier de Lorraine ait joui toute sa vie d'une espèce de faveur marquée, d'une considération du Roi très distinguée, et que, par raison proportionnée, d'Effiat ait toujours été bien avec lui, qui, sur la fin de son règne, s'y mit extrêmement bien en se rendant3 et livrant à M. du Maine. Le maréchal de Villeroy, son ami, par les anciennes liaisons que, par Monsieur le Grand, son beaufrère, il avoit eues fort étroites avec le chevalier de Lorraine, en fut le
1. Il y a un blanc ici, dans l'Addition. On a vu (p. 376) que le nom de Purnon a été ajouté après coup dans les Mémoires, où un blanc pareil avait été laissé lors de la mise au net.